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Décoder le western. A propos d'une grille de lecture

 

 

Par Jean-Jacques Sadoux

 

 


En 1969 Jim Kitses dans Horizons West (1) proposait une grille de lecture du Western cinématographique fortement influencée par le structuralisme et par l'ouvrage de l'historien Henry Nash Smith, Virgin Land (2). Aujourd'hui loin d'être datée ou démodée elle constitue toujours un modèle d'approche et de compréhension d'un genre codé à l'extrême et par la même déconcertant par la variété des pistes qu'il offre au spectateur non averti.
Kitses était partti de la constatation que le Western, avait souffert comme d'autres formes de culture populaire spécifiquement américaines du mépris et de l'indifférence de nombreux critiques obnubilés depuis les années 50 par l'opposition entre " high " et " low " cultures.

Selon eux les films hollywoodiens dont le Western était la figure emblématique ne visaient qu'à exploiter le mauvais goût et la vulgarité inhérente au public américain alors que l'art cinématographique se trouvait chez les grandes figures émergentes du cinéma mondial : Kurosawa, Bergman, Fellini, Antonioni et bien sur la Nouvelle Vague française.

Persuadé que l'étude systématique des grands genres du cinéma américain révélait au contraire leur richesse artistique et leur ancrage dans le fond culturel et l'imaginaire de la nation il. introduisit dans cet ouvrage une approche radicalement nouvelle basée sur une série d'antinomies qui constituent la trame et l'essence même du Western classique.

 

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The Wilderness (Le Désert) (3) / Civilisation (La Civilisation)

 

The Individual / The Community


freedom (La liberté) / restriction (les contraintes)

honour (l'honneur) / institutions (Les institutions)

self-knowledge (la connaissance de soi) / illusion (l'illusion) (4)

integrity (l'intégrité) / compromise (le compromis)

self-interest (l'intérêt personnel) / social responsability (la responsabilité sociale)

solipsism (le solipsisme) (5) / democracy (la démocratie) (6)

 

Nature / Culture


purity (la pureté) / corruption (la corruption)

experience (l'expérience) / knowledge (la connaissance)

empiricism (l'empririsme) / legalism (le légalisme)

pragmatism (le pragmatisme) / idealism (l'idéalisme)

brutalisation (l'abrutissement) / definement (le raffinement)

savagery (la sauvagerie) / humanity (l'humanité)

 


The West / The East


America (l'Amérique) / Europe (l'Europe)

the Frontier (7) / America ( l'Amérique)

equality (l'égalité) / class (les classes sociales)

agrarianism (l'agrarianisme) (8) / industrialism (l'industrialisme)

tradition (la tradition) / change (le changement)

the past (le passé) / the future (l'avenir)

 

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Notes


(1) Kitses, Jim : Horizons West directing the Western from John Ford to Clint Eastwood, New Edition London, British Film Institute, 2004

(2) Smith, Henry Nash : Virgin Land, The American West As Symbol And Myth, 1950, Harvard University Press . On peut consulter cet ouvrage fondamental pour la compréhension de l'histoire et de la mythologie de l'Ouest américain sur intemet où il a été mis en ligne par l'American studies group de l'université de Virginie (taper
Virgin Land).

(3) Le terme wilderness pose quelques problème de traduction tant il est vrai qu'il recouvre comme Frontier une réalité spécifiquement américaine. Défini par le Webster comme étant "a tract of land or a region uncultivated and uninhabited by human beings", il correspond aux notions françaises de désert, lieu sauvage, pays inculte, solitude et éloignement. Nous avons choisi de le traduire par Désert en référence à l'appellation Great American Desert qui était le terme couramment employé aux Etats-Unis pendant la première moitié du 19ème siècle pour désigner les vastes étendues de l'Ouest américain. C'est aussi en pensant aux pages lumineuses que consacre Pierre-Yves Petillon à la notion de Wilderness dans son ouvrage L'Europe aux anciens parapets, Editions du Seuil, 1986, pages 21 à 25).

(4) On peut se demander en quoi l'illusion s'oppose à la connaissance de soi. Il faut sans doute y voir une manifestation de la vieille méfiance des américains à l'égard des doctrines intellectuelles qui privilégient la connaissance abstraite au détriment de l'expérience personnelle et qui ne sont le plus souvent qu'illusion.

(5) "Théorie d'après laquelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même" (Robert).

(6) Le président Abraham Lincoln définissait la démocratie comme étant " the government of the people, by the people, for the people" (Gettysburg Address, 1863).

(7) La Frontière dans l'acceptation américaine du terme désigne les terres vierges non encore occupées et mises en valeur par les pionniers. Elle ne cessera de se déplacer vers l'Ouest tout au long de l'histoire des Etats-Unis pour être finalement déclarée close en 1890 année qui marque la fin des guerres indiennes (Frontier Wars). Dans le texte fondateur de Frederic Jackson Turner : The Significance of the Frontier in American History (1893) elle est présentée comme le point de rencontre entre wilderness et civilisation.

(8) Le mythe agrarien ou agrarianisme s' appuie sur la pensée politique du père spirituel de la nation Thomas Jefferson dont il est l'illustration la plus connue. Le cinéma hollywoodien dans son ensemble a été fortement influencé par cette théorie selon laquelle l'Amérique est le nouveau jardin d'Eden où l'homme peut repartir à zéro loin des corruptions et des contraintes de l'histoire européenne. Le continent bénéficie d'une nature vierge, immense et bienfaisante qui va communiquer à ceux qui s'y installent une sagesse et des vertus naturelles. Comme il le soulignait dans ses Notes on the State of Virginia le petit fermier indépendant est l'archétype de l'Américain autonome, autodidacte et vertueux (Those who labour in the earth are the chosen people of God) Quant à la ville elle symbolise violence et corruption (The mobs of great cities) ; et l'industrie devrait être cantonnée à l'Europe (Let our work-shops remain in Europe)