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La diffusion numérique dans les salles de cinéma

 

Actes de la 5ème édition des tables rondes annuelles

27-30 septembre 2006
L'Embarcadère -Lyon

 

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ALLOCUTION D'OUVERTURE

. PIERRE-ALAIN MUET, Adjoint au Maire de Lyon, Vice-président de la Communauté Urbaine de Lyon, Chargé du Développement Economique et des Nouvelles Technologies

 


ADIEU A LA PELLICULE ? LES ENJEUX DE LA PROJECTION NUMERIQUE

. Etat des lieux et synthèse du rapport Goudineau sur la diffusion numérique dans les salles de cinéma
. ETIENNE TRAISNEL, International Digital Film Forum (I.D.I.F.F)
Questions réponses avec le public


2K, 4K, MPEG 2, JPEG 2000 …

. Laboratoires, salles de screening et type d'équipement choisi. Rappel des impératifs techniques (recommandations DCI et normes AFNOR) et de leurs enjeux.
. PASCAL GERVAIS, Directeur Christie France
Questions réponses avec le public


UN MODELE DE DEPLOIEMENT

. Commentaire du rapport Goudineau et enjeux d'un support physique.
. PASCAL HEUILLARD, Directeur Cinéma Numérique Kodak France Questions réponses avec le public.


LE PASSAGE DES SALLES EUROPEENNES AU NUMERIQUE

. Le modèle économique d'Éclair Digital Cinéma.
. GWENDAL AUFFRET, Directeur Général d'Éclair Digital Cinema
Questions réponses avec le public


LE PASSAGE DES SALLES FRANCAISES AU NUMERIQUE

. Le modèle économique de XDC France.
. ALAIN REMOND, Directeur Général -XDC France
Questions réponses avec le public.

 

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ETIENNE TRAISNEL (IDIFF)

Ingénieur diplômé de l'E.N.S.T, Etienne Traisnel rejoint la société Ortech en 2001 et participe très rapidement au développement du salon I.D.I.F.F. Il décide avec Jean-Paul Gillet de créer la société CN films. Il a travaillé pendant 9 mois sur la Plateforme d'Expérimentation du Cinéma Numérique avec Matthieu Sintas (C.S.T).

 

PASCAL GERVAIS (CHRISTIE)

Pascal Gervais est depuis 5 ans, le Directeur du développement de Christie pour la France et la Belgique, avec, entre autres, la charge du Cinéma Digital.

 

PASCAL HEUILLARD (KODAK)

Titulaire d'une licence de cinéma à Paris III, et d'un diplôme d'ingénieur de l'Institut d'Informatique d'Entreprise, Pascal Heuillard commence sa carrière en 1987 en tant que consultant en organisation et gestion industrielle auprès de diverses entreprises (Sollac, Péchiney, La Poste, E.D.F, Michelin, …). Il rejoint Kodak en 1992 pour occuper divers postes de management (production, planning, logistique) à l'usine de Chalon-sur-Saône, puis pour prendre en charge divers projets européens d'organisation. Après avoir été nommé Directeur Qualité pour la France et le Benelux en 2000, il rejoint l'équipe Cinéma/Télévision de Kodak en 2002 en tant que Directeur Financier pour la France, le Benelux, l'Espagne et le Portugal. Depuis 2005, il est Directeur des Ventes Cinéma Numérique pour la France.

 

GWENDAL AUFFRET (ECLAIR)

35 ans, Directeur Général d'Eclair Digital Cinéma. En 2001, après avoir conçu et mis en place un modèle pour l'indexation et la recherche des archives audiovisuelles numériques à l'Institut National de l'Audiovisuel (I.N.A), Gwendal Auffret prend en charge le projet de numérisation de la collection du Forum des Images (7000 films sur Paris) ainsi que la modernisation de sa salle de consultation (60 postes automatisés). En 2004, il crée AvantiDigital, une société de conseil spécialisée dans le cinéma numérique. Cette activité l'amène à conseiller des exploitants, des distributeurs et des laboratoires dans toute l'Europe. En Septembre 2005, il prend la direction d'Eclair Digital Cinéma, nouvelle filiale d'Eclair Group (premier groupe de post-production et premier laboratoire français), dédié à la distribution et à l'exploitation numérique des films, en salle de cinéma. Gwendal Auffret est ingénieur et Docteur en Informatique de l'Université de Technologie de Compiègne (U.T.C). Il est membre actif de Society of Motion Picture and Television Engineers (S.M.P.T.E) et de European Digital Cinema Forum (E.D.C.F).


ALAIN REMOND (XDC)

Passionné par les technologies audiovisuelles, c'est dans ce secteur qu'Alain Rémond effectuera l'essentiel de ses missions, avant d'intégrer Barco France en 1990. Organisant et accompagnant le développement de la filiale française du groupe belge, il accède à la direction générale de celle-ci en 2000 et occupe ce poste jusqu'en 2005. Parallèlement, convaincu de l'émergence rapide du cinéma numérique, il fédère, dès 1999, le premier groupe de travail sur le sujet, au sein de la C.S.T, qui se concrétise par l'organisation de la première projection numérique d'un film français. Souhaitant s'impliquer à plein temps dans cette mutation profonde que représente la distribution et l'exploitation numérique des films, il crée au 1er Janvier 2006, la filiale française d'XDC, leader européen dans le déploiement du numérique, dans les salles de cinéma.

 

 

FESTIVAL CINEMA NOUVELLE GENERATION

 

Depuis 5 ans, le Festival Cinéma Nouvelle Génération est le seul Festival de cinéma en France exclusivement consacré au cinéma numérique. Cette année, nous sommes heureux de renouveler les tables rondes professionnelles, en partenariat avec le Centre National de la Cinématographie, la Région Rhône-Alpes, les groupements d'exploitants de cinéma régionaux et nationaux, et Images Rhône-Alpes.

Comme l'année dernière, nous organisons à nouveau, deux colloques autour du festival. En lien direct avec la réalité, les tables rondes professionnelles sont conçues comme des outils à la fois, de rencontre professionnelle et de veille technologique." La diffusion numérique dans les salles de cinéma " répond aux interrogations et aux besoins de tous les exploitants de cinéma. En effet, La révolution numérique est réelle dans les domaines de la production et de la post-production cinématographique. La diffusion numérique dans les salles de cinéma est, quant à elle, déjà visible en Amérique du Nord, en Asie... En France, cette évolution est inéluctable : comprendre le numérique et en maîtriser les enjeux économiques, juridiques, administratifs et culturels est devenu une nécessité pour les exploitants de cinéma.

 

CONTACT
Festival International Cinéma Nouvelle Génération
14, rue Basse Combalot - 69007 Lyon


T. 04 78 61 77 89 -www.cinemanouvellegeneration.com
Marc Ferrieux Directeur artistique
mferrieux@cinemanouvellegeneration.com


Linda Phongmany Chargée de mission
colloque@cinemanouvellegeneration.com

 

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Stéphane Thénoz (Festival Cinéma Nouvelle Génération) : Bonjour, on tenait à vous remercier d'être tous là ce matin, pour ce colloque qui fait partie de la cinquième édition du festival Cinéma Nouvelle Génération. Avec Marc Ferrieux, on tenait à remercier tous les gens qui nous ont aidés à mettre en place ce colloque. Je souhaite passer la parole à Monsieur Pierre-Alain Muet, adjoint au maire de Lyon et chargé du développement économique et des nouvelles technologies.

Pierre-Alain Muet (Adjoint au Maire de Lyon, Vice-président de la Communauté Urbaine de Lyon, Chargé du Développement Economique et des Nouvelles Technologies) : Merci. Mesdames, Messieurs, bonjour. Bienvenue à l'hôtel de ville.

Je suis très heureux d'y accueillir cette réunion sur la diffusion numérique dans les salles de cinéma. Je sais le rôle que jouent Marc Ferrieux et Stéphane Thénoz dans le festival Cinéma Nouvelle Génération. Ce sujet est au confluent, en fait, de deux thèmes qui me sont chers. C'est vrai que je ne suis pas adjoint à la culture mais au développement économique, mais je pense que la révolution numérique bouleverse tous les domaines de la société.

C'est la raison pour laquelle à Lyon, j'ai lancé le programme pour la société de l'information, laquelle intervient dans tous les domaines, y compris parfois dans la composante culturelle.
Le deuxième thème qui m'est cher est le cinéma. Parce que je pense que Lyon n'est pas seulement le berceau du cinéma. Notre agglomération a aujourd'hui encore, un formidable potentiel dans les industries de l'image et du cinéma, avec des personnalités présentes et passées qui jalonnent l'histoire du cinéma, avec une puissance de diffusion des films en salle, une vraie dynamique de l'art et essai, de très nombreux festivals thématiques (Bron, Villeurbanne sur le court et le long métrage et naturellement le festival Cinéma Nouvelle Génération) et enfin, un vrai tissu de formation aux métiers techniques et artistiques. Nous avons aussi une richesse exceptionnelle en lieux de tournages, de nombreux producteurs et distributeurs indépendants qui sont très actifs, des chaînes de télévision locale, nationale et même internationale.


Aujourd'hui la région Rhône-Alpes, qui était pionnière dans le soutien décentralisé aux cinémas, a perçu complètement les enjeux du cinéma dans le domaine économique, puisque Jean-Jacques Queyranne a annoncé un des Clusters importants dans l'image et l'industrie de l'image. Et puis, nous avons à Villeurbanne depuis longtemps, un studio qui joue un rôle important et qui aujourd'hui, se développe, avec l'arrivée du projet PICSEL (lieu de tournage de " Kaamelot " en haute définition) et enfin la construction de nouveaux studios.


Sur la révolution numérique, on dit souvent qu'elle peut conduire au pire ou au meilleur. Le meilleur, c'est la formidable capacité de création, d'enrichissement culturel. Le pire, ce serait la production d'une société uniforme, monocolore, ce qui serait un réel appauvrissement. Mais je pense que le cinéma, comme toutes les autres composantes de la société, connaît aussi ces deux évolutions potentielles. D'un côté, il y a la possibilité de formidable démocratisation de la production cinématographique. Je pense que l'association Cinéma Nouvelle Génération là-dessus, l'a très bien perçu, à travers son festival. Il y a une phrase que j'aime bien, dans le texte que j'ai parcouru : " il est important d'avoir un cinéma qui s'échappe des contraintes financières et qui fasse la part belle à une nouvelle écriture cinématographique". Et c'est vrai que d'un autre côté, comme dans tout bouleversement technologique, dans toute révolution technologique, il y a le risque d'une nouvelle concentration des moyens, d'un affaiblissement de la liberté et celui de la richesse de la programmation des salles indépendantes. Et je pense que le rôle des pouvoirs publics, c'est d'être attentifs à ces évolutions.
C'est pourquoi je pense que les pouvoirs publics tant au niveau national qu'au niveau local, doivent tout faire pour que ce soit la première composante qui se développe. Donc je souhaite, je sais que c'est au coeur des débats que vous allez avoir ce matin, je vous souhaite des débats fructueux.

Marc Ferrieux (Festival Cinéma Nouvelle Génération) : Merci Monsieur Muet. Je vais vous présenter rapidement le programme de ce matin. Etienne Traisnel qui organise l'I.D.I.F.F (International Digital Film Forum, lequel aura lieu début février à Cannes, un salon des professionnels du cinéma numérique, depuis déjà trois ou quatre ans : il vous en dira peut-être quelques petits mots tout à l'heure), va être le modérateur de cette table ronde. Il commencera d'abord par présenter, bien évidemment, les quatre intervenants qu'on a ce matin, avec nous. Et ensuite, il fera un résumé du rapport Goudineau, qui a été rendu il y a quelques semaines, commandé par le C.N.C (et que vous connaissez, j'imagine, déjà plus ou moins). Après, on passera la parole aux quatre intervenants qui présenteront leurs activités et leurs modèles d'affaire. Bien évidemment, entre chaque intervention, le public pourra poser toutes les questions possibles et imaginables. Laissons place aux acteurs.

Etienne Traisnel (Modérateur) : Bonjour, merci d'être venus nombreux ce matin, pour participer à cette table ronde sur le cinéma numérique, donc l'enjeu de la diffusion numérique dans les salles de cinéma. D'abord je voudrais remercier la Ville de Lyon qui nous accueille, avec le soutien de Pierre-Alain Muet. Je voudrais remercier bien évidemment, le festival Cinéma Nouvelle Génération, Marc Ferrieux et Linda Phongmany qui nous ont invités. Je voudrai remercier également, les différents intervenants que je vais présenter brièvement.


Marc m'a introduit. Je ne suis pas un professionnel du cinéma numérique. Je ne me considère pas comme un acteur, mais plutôt comme un observateur du numérique. C'est la raison pour laquelle je vais essayer de modérer cette session. Donc, sur ce que nous, on fait : on a quelques brochures qui sont sur la table, là-bas. Si vous avez des questions, je serai à votre disposition, à la fin.
Je vais présenter très vite, les différents intervenants.


Tout d'abord, à ma droite, Pascal Gervais, Directeur de Christie France. Christie est une société dans le domaine de la projection en salle, depuis très longtemps (depuis les années trente, je crois). C'est une société présente sur le marché de la projection vidéo et sur le marché de la projection numérique dans les salles de cinéma. Ils ont développé aux Etats-Unis, un modèle relativement intéressant, dont Pascal Gervais nous parlera tout à l'heure.


Ensuite Pascal Heuillard, Directeur Cinéma Numérique Kodak, que tout le monde connaît pour ses activités dans le domaine de la pellicule. Kodak est en train de regarder attentivement ce qui se passe dans le domaine de la projection numérique en salle. Pascal est un ancien chez Kodak : il connaît bien la pellicule, il regarde ce que Kodak, avec son histoire, sa tradition, peut apporter à l'arrivée de ces nouvelles technologies dans le domaine du cinéma.

Ensuite Gwendal Auffret, Directeur Général de Eclair Digital Cinéma : Gwendal a mené à bien une opération de numérisation du Forum des images, à Paris. Il a rejoint le groupe Eclair. Je ne sais pas si vous connaissez Eclair : c'est un des plus gros laboratoires français pour le cinéma. Il a pour mission de développer l'activité de cinéma numérique. Et enfin, Alain Rémond, Directeur Général de XDC, une société de service qui propose un certain nombre de prestations pour l'équipement et la mise à disposition de films, pour les salles de cinéma en numérique. Alain a créé la structure XDC France, l'année dernière et il était auparavant très impliqué chez Barco France. Il avait notamment mené dès l'année 2000, un groupe de travail sur le cinéma numérique au sein de la C.S.T. Donc c'est un sujet qu'il suit, depuis assez longtemps.

Je vais être chargé de vous faire une petite présentation du rapport Goudineau qui a été présenté dans le cadre du congrès des exploitants à Lyon, ici même, il y a à peu près deux semaines. Il faudrait juste savoir un petit peu le profil de la salle. Je voudrais savoir si parmi vous, il y a des gens qui sont exploitants de cinéma ? Bien. Je voudrais savoir si vous aviez eu connaissance du rapport Goudineau, ou pas ? Je voudrais savoir si vous considérez avoir une bonne connaissance du cinéma numérique (pour adapter le niveau de la présentation de ce matin) ? Est-ce que vous considérez que vous avez beaucoup de choses à apprendre ce matin (auquel cas, on essaiera d'aborder la question de manière plus pédagogique) ?


D'accord, on va essayer de ne pas être trop technique, de ne pas faire un débat d'initié et de plutôt avoir quelque chose de relativement ouvert, bien évidemment avec des temps qui vous seront proposés pour intervenir, poser les questions les plus pertinentes.

Je vais maintenant vous faire un bref compte-rendu du rapport Goudineau.

Tout d'abord il faut savoir que lorsqu'on parle de cinéma numérique, on s'intéresse au placement de l'équipement de projection dans les salles de cinéma, pour projeter des films, bien évidemment. Il faut savoir que c'est un phénomène qui a commencé à se développer aux Etats-Unis de façon lourde, depuis l'année dernière, avec un certain nombre de modèles dont on vous parlera plus tard. Et ce départ ayant eu lieu aux Etats-Unis, le C.N.C a commandé à Daniel Goudineau (qui est un hautfonctionnaire, connaissant bien le milieu du cinéma, pour avoir été le directeur adjoint du C.N.C) de faire des préconisations par rapport au passage au numérique.


Mon premier transparent va permettre d'essayer de regarder quelles sont les différences structurelles entre le marché américain et le marché français, pour voir si le modèle qui est en train de permettre le déploiement de cinémas numériques aux Etats-Unis, est applicable en France ou pas.

Ce sont des constatations simples que vous connaissez pour la plupart, mais ce n'est pas un mal de les rappeler. Six studios dominent largement le marché, aux Etats-Unis. A peu près 90% des films du box office sont des films américains. Le système qui a permis l'équipement de salles est un système qui est assez simple : la copie numérique coûte moins chère que la copie 35 millimètres. Imaginons par exemple que la copie 35 mm coûte 1000 dollars et que la copie numérique coûte 200 (enfin, c'est un chiffre que je prends au hasard, pas du tout représentatif) : la différence entre les deux, peut être mise à l'équipement de salle. En fait, il faut un accord entre les distributeurs qui paient les copies 35 mm, pour accepter, sur la copie numérique, de verser un peu plus. Et par l'intermédiaire d'une société tierce, ces économies seront reversées aux exploitants, pour l'équipement de leurs salles.
Trois sociétés proposent ce service :

-la société Christie-AX (qui est une association de la société Christie, dont Pascal
Gervais fait partie)
-Access-IT (qui est un opérateur américain de télécommunications : Pascal pourra peut-être en parler de façon plus précise tout à l'heure)
-et enfin, Technicolor Digital Cinéma (filiale de Technicolor, que tout le monde connaît).

S'agissant du rythme d'équipement, c'est vrai que par rapport au nombre total de salles, ce n'est pas gigantesque. Il y a simplement 800 salles qui sont équipées actuellement. Il faut savoir que c'est un taux d'équipement assez rapide. Alors moi-même, je ne suis pas exactement au point sur les chiffres, mais je pense que Gwendal pourra nous dire exactement les rythmes et les prévisions pour la fin de l'année et surtout, le rythme de croissance. Donc voilà pour les Etats-Unis. Ce déploiement a démarré en raison de la volonté forte des studios qui ont décidé d'y aller. Ils y voient leur intérêt. Et effectivement, c'est un marché assez large et très cohérent.

Quand on regarde l'Europe et la France, on se rend compte que les économies d'échelles pour les passages au numérique sont moins grandes, parce que :

- Marchés par marchés, on a des parts de salles plus petites,

- On a des secteurs de la distribution beaucoup plus fragmentés (on n'a pas six studios dominant le secteur, comme c'est le cas aux Etats-Unis. On a beaucoup de distributeurs indépendants, de petits distributeurs, d'exploitants indépendants également),

- Et puis, il y a aussi la présence du C.N.C qui a un rôle d'encadrement et de régulation de toute la profession et qui a des relations avec l'ensemble des acteurs. D'ailleurs un certain
cinéma numérique allait arriver et ceci, pour voir dans quel cadre le C.N.C pouvait accompagner ce passage. Le C.N.C a au-delà de sa mission d'encadrement, une volonté politique de promouvoir les films français, dont la part de marché représente pour la
France, à peu près 40%. Il faut savoir qu'il existe également en Europe, des débats sur le passage au cinéma numérique, d'autant plus qu'en Europe, les films nationaux n'ont pas autant de part de marché que les films français en France. Donc eux essaient de voir dans quelle mesure, le cinéma numérique peut permettre de promouvoir les films nationaux.

Cela soulève une question : le C.N.C doit-il encadrer le passage au cinéma numérique ? Le C.N.C a demandé à Daniel Goudineau de faire un rapport, que je vais vous présenter brièvement. Il faut savoir que c'est un rapport qui n'engage que son auteur, en l'occurrence Daniel Goudineau. Le C.N.C va mettre en oeuvre toutes les préconisations du rapport Goudineau : il va les écouter, les discuter, les débattre. Cette petite précaution étant faite, je vais passer à la suite. Donc, le rapport Goudineau, vous pouvez tous le télécharger : il est disponible sur le site web du C.N.C www.cnc.fr. Donc il fait à peu près
90 pages. Je l'ai amené, s'il y en a qui veulent le consulter à la fin de la présentation…

Daniel Goudineau a travaillé autour de trois thématiques :
-les choix techniques, avec pour lui, un enjeu qui est celui de l'universalité,
-les choix stratégiques, avec pour lui deux enjeux : la transparence et la diversité
-et les choix économiques pour le développement durable de la filière : l'enjeu de la
Je vais donc reprendre la présentation de Monsieur Goudineau, moi-même n'étant que son porte-voix.

Premièrement : les choix techniques.

C'est le plus simple, en raison d'un accord de tous les acteurs autour des préconisations. Il faut savoir qu'il y a une norme passée en France : la norme AFNOR NF S-27 pour la projection numérique en salle. En fait cette norme reprend les recommandations D.C.I. Il s'agit d'un regroupement des studios américains qui ont décidé de mettre au point des recommandations techniques pour la projection numérique en salle. Donc ces recommandations ont été publiées l'année dernière et elles sont adoptées par l'ensemble de la profession (c'est-à-dire les constructeurs et prestataires de service), pour avoir un niveau de qualité égal pour toute la projection numérique, à travers le monde. A l'origine c'est pour les films américains, mais de fait, vu leur prédominance à travers le monde, il s'agit aussi de permettre l'interopérabilité, c'est-à-dire, retrouver un modèle équivalent au 35 mm, le 35 mm étant un support qui peut être lu partout dans le monde et dont la longévité effectivement fait aussi l'intérêt. Donc l'idée, c'est de prévoir des normes suffisamment pérennes, pour permettre un passage au cinéma numérique qui se fasse le plus rapidement possible et dans la durée.

Alors pour suivre ces recommandations, Daniel Goudineau dit qu'il faut que le projecteur soit au minimum de qualité 2K. Plus précisément, il y a derrière l'appellation 2K, une résolution, c'est-à-dire 2000 points par ligne, pour le projecteur. Il y a aussi une technologie de capacité de restitution de couleurs, de contrastes, etc. Pour l'instant, il y a deux technologies permettant le respect de la colorimétrie, du contraste et de la résolution :
-la technologie de Texas Instrument
-la technologie de Sony.

Daniel Goudineau dit : " il faut réserver les aides à l'investissement pour les projecteurs 2K. " Cela sous-entend qu'il faut que tout le monde soit sur un même niveau de qualité : il ne veut pas de cinéma numérique à deux vitesses, avec un niveau de qualité haut pour les grandes salles et les grands films et un niveau de qualité inférieur pour les autres. Il n'y a pas de séparation, de différenciation.

Ensuite au niveau du serveur : quand vous avez un projecteur numérique, il faut l'alimenter, par un serveur (qui est un ordinateur relativement puissant). Cet ordinateur donc, sur lequel on va charger les films, est capable de les lire, avec un certain nombre de contraintes (sécurité, redondance, etc.). Et il y a plusieurs formats de fichiers qui sont proposés pour le cinéma numérique.

-Le premier, qui était finalement une évolution de technologie issue de la télévision, soit le
MPEG 2. Il s'agit d'un format qui a fait ses preuves, mais qui posait un certain nombre de contraintes, en terme de qualité d'image, pour de très hautes résolutions d'images. Ce
format peut paraître inférieur à d'autres formats et surtout, il est limité à une résolution donnée, en sachant que les normes D.C.I prévoient pour l'instant, de travailler en 2K, mais
elles prévoient aussi de pouvoir travailler dans une résolution supérieure, le 4K, c'est-à-dire, 4000 points par ligne.
-Et cela ne sera possible que si on utilise un autre format de compression qui est le JPEG
2000, permettant d'avoir à la fois des fichiers qui sont préparés, qui sont masterisés à la fois au format 4K, lus en 2K, donc qui permet d'avoir un niveau de lecture indifférent du format de fichier. Donc, les recommandations de Daniel Goudineau préconisent que le
JPEG 2000 va s'imposer, mais il va y avoir du MPEG 2, proposé par les constructeurs. Le
JPEG 2000, il faut le savoir, est proposé par les constructeurs. Ils ne délivrent leurs filmsque dans ce format-là. Ils ne le délivrent plus dans le format MPEG 2.

Cela veut dire que, quand vous êtes une salle de cinéma et que même si vous faites de la programmation de films français, européens, etc., vous vivez aussi, bien sûr, avec les films américains, donc c'est quelque chose à prendre en compte dans le choix de l'équipement. Daniel Goudineau dit ne pas prononcer d'exclusif. Naturellement, le JPEG 2000 va s'imposer, mais il considère que le MPEG 2 peut être intéressant pour les bandes annonces, pour la publicité, pour tout ce qui est " contenu alternatif ", notamment tout programme issu de la télévision.
Comme je vous l'ai dit, le MPEG 2, c'est le format de la télévision. Donc l'idée c'est de promouvoir la polyvalence de ces serveurs, pour pouvoir permettre à vos salles de faire de la projection de films au format JPEG 2000 (qualité maximum), mais de vous donner l'opportunité aussi, d'utiliser les capacités de décodage du MPEG 2, pour faire d'autres choses avec le projecteur numérique.

Et en terme d'interopérabilité, c'est la grande question : celle de savoir si une fois que l'on fait le choix d'aller au numérique, est-ce que tous les fichiers seront lisibles sur tous les serveurs et réciproquement ? Daniel Goudineau souhaite confier à la C.S.T une mission de validation de l'interopérabilité des matériels, c'est-à-dire pour se retrouver dans un schéma d'opération qui soit le même que celui du 35 mm, où n'importe quel film peut être lu sur n'importe quel projecteur. Précision : la C.S.T, je suppose que tout le monde connaît, c'est la Commission Supérieure Technique qui dépend du C.N.C en France, qui est chargée de tout un tas de missions et d'expertises dans le domaine technique, également du contrôle des salles de cinéma, pour donner l'agrément C.N.C.


Voilà pour les choix techniques. Je suppose que tout le monde à la table sera d'accord pour dire que ce sont des choses admises par tout le monde. Après, si vous avez des questions pointues, on pourra y répondre. Vous avez toutes les compétences réunies ici, pour le faire.
Des questions qui ne sont pas résolues encore, pour l'instant : ce sont les choix stratégiques.


Deuxièmement : les choix stratégiques.


Alors au préalable, je souhaitais parler de l'offre de films, parce que c'est quand même le plus
important. L'arrivée du numérique doit améliorer l'offre des films français, européens. C'est la volonté de Daniel Goudineau, quand il fait son rapport pour le C.N.C : le cinéma numérique ne doit pas déséquilibrer l'équilibre qu'on peut avoir en France. Actuellement, il faut savoir que la plupart des films distribués en numériques sont des films américains. Et ceci, pour deux raisons :
-les films numériques ont démarré aux Etats-Unis : ils sont donc disponibles dans ce format
-il y a une vraie volonté de la part des studios américains d'aller vers le numérique : donc ils les fournissent.

Il faut savoir que pour faire un film en numérique, il est nécessaire d'avoir une post-production numérique. Si vous repartez d'une post-production 35 mm, les coûts sont tels pour faire un fichier, que cela n'est pas rentable. Donc, une fois que vous avez fait une post-production numérique, que vous avez fait un étalonnage numérique de votre film, là il est assez facile de récupérer ce gros fichier qui n'est pas compressé et qui n'est pas au bon format. C'est assez facile de le récupérer et justement de le mettre au bon format et de le compresser, pour pouvoir proposer un fichier qui puisse être lu, sur les serveurs de cinéma numérique.


Il faut savoir que la France est relativement en pointe dans le domaine de la post-production numérique, puisqu'on a à peu près 40% des films français qui passent par une filière numérique pour la post-production.

Alors, pourquoi est-il indispensable d'avoir ces films qui soient disponibles en numérique rapidement ? C'est pour éviter ce déséquilibre entre les films d'un certain budget qui pourraient avoir accès à la technologie numérique et les autres. Pour éviter de créer une sorte de phénomène marketing : " le film est en numérique : donc c'est mieux / le film n'est pas en numérique : donc c'est moins bien ". Donc, éviter ce déséquilibre et deuxièmement au regard des salles, pour une salle qui a un écran ou deux écrans, si elle décide d'installer un projecteur numérique et que finalement elle se rend compte qu'elle ne peut pas avoir autant de films que cela, pour alimenter son projecteur, ou que ce ne sont pas des films qu'elle aurait programmés naturellement… cela va poser un problème : est-ce qu'elle va devoir garder un projecteur 35 mm en plus ? Comment va-t-elle s'approvisionner pour les copies ?

Conclusion : le passage au numérique, cela représentera en plus de l'investissement, un double poste de dépense, dans la mesure où il y aura à gérer : la projection 35 mm et la projection numérique, en même temps.

La recommandation de Daniel Goudineau est d'exiger des producteurs, qu'à l'horizon 2009, tous les films français disposent d'un support numérique pour l'exploitation en salle. C'est
relativement volontariste. Après, la question est de savoir s'il faut se mettre d'accord, sur le fait de savoir comment on arrive à cela. Et je pense qu'ici, tout le monde, tous les acteurs présents à la table sont d'accord pour dire qu'effectivement, c'est une bonne chose : il faut des films en numérique le plus rapidement possible. Il faut que ce soit des films français et des films européens.

Alors choix stratégiques : on va entrer dans des problématiques de " re-formations "… comment va évoluer la chaîne technique, en l'occurrence, les industries techniques du cinéma ?

Actuellement, bien évidemment, les industries techniques fournissent des prestations pour le 35 mm, mais regardent de très près ce qui se passe au niveau du cinéma numérique. Et pour les plus grosses, elles peuvent proposer beaucoup de choses. Elles proposent le mastering, c'est-à-dire, elles ont une activité de laboratoire : elles sont capables de faire la préparation des films. Elles peuvent proposer le transport, elles peuvent proposer la génération et la gestion des clefs…

Les clefs, on va en parler, c'est un point qui est très important. K.D.M, c'est une abréviation pour " Key Delivery Message " : c'est le message qui permettra à un film donné d'être lu sur une machine donnée, dans la salle de cinéma. C'est-à-dire que bien évidemment, quand on dispose de films en numérique, qui sont d'une qualité très grande et que ces films sont envoyés chez les exploitants, avant les sorties DVD, télé, etc., bien évidemment, ces films sont protégés. Ils sont protégés par des algorithmes de sécurité, ce qui sous-entend de pouvoir les décrypter, pour les jouer dans les salles.
Et donc, vient se poser la question de : comment se fait la gestion des clefs ? Qui a la possibilité de générer ces clefs, donc de lire les films ? Sachant que ces mêmes sociétés peuvent proposer également le financement à l'installation et la maintenance des équipements dans les salles. A partir du moment où elles ont équipé les salles, est-ce que ce sont ces sociétés qui disposent des clefs ? Est-ce que ce sont les exploitants ?

Et la même question peut se poser de l'autre côté, pour les distributeurs. Puisque pour créer cette clef de lecture, vous avez besoin d'avoir la clef du film et la clef de la salle. Est-ce que le distributeur aura la libre utilisation de sa clef ? A priori : oui… mais il faut voir comment les choses s'organisent. Donc les groupes industriels qui sont intégrés veulent proposer des prestations. Ils sont indispensables, comme on l'a vu aux Etats-Unis, pour permettre le passage au cinéma numérique, parce que ce sont eux qui permettent la compensation des économies, des copies vers les équipements dans les salles. Mais Daniel Goudineau soulève le risque d'une perte de liberté de programmation pour les distributeurs et pour les exploitants.

Alors voici un petit tableau qui essaie de résumer ce que je viens de dire. Donc vous avez l'activité laboratoire, à gauche. Une fois que le film a été encodé, une clef est générée, laquelle va permettre l'encodage et l'encryptage de ce film.

De l'autre côté, vous avez le projecteur, le serveur. En fait le serveur lui-même aussi, a une clef (appelée clef publique ou certificat) qui va permettre de jouer le film sur ce projecteur, pour peu que l'on ait donné l'autorisation que ce film soit joué.

Donc il est nécessaire d'avoir l'association de la clef du film et de la clef de l'équipement dans la salle, pour pouvoir générer un K.D.M, donc une clef de décryptage, qui sera envoyée dans les salles pour jouer. Donc ces clefs de décryptage contiennent un certain nombre d'informations :
- sur quel matériel, le film peut-il être joué,
- la durée, soit la fenêtre pendant laquelle le film peut être joué.

Donc celui qui possède le moyen de générer ces clefs et qui en fait la gestion a beaucoup d'atouts dans les mains. Alors il se trouve qu'effectivement, il y a des sociétés qui proposent tout cela. Par exemple, Technicolor fait à la fois une activité de laboratoire, ils font une activité d'équipement, d'installation et de maintenance dans les salles, et bien évidemment de transport et de supervision, etc. XDC peut proposer des choses similaires, Eclair Digital Cinema également. La question que pose Daniel Goudineau : est-ce que cette concentration, cette intégration verticale de l'industrie peut poser un problème, en terme de liberté, pour les exploitants et les distributeurs ?

Il propose de mettre en place la notion de tiers de confiance, une société qui soit tiers de confiance.


Première recommandation :


" Mettre en place sans délai et dans un lieu technique, neutre, un annuaire des clefs publiques ou certificat des matériels numériques installés dans les salles. "
L'idée est que n'importe quel distributeur peut avoir accès à n'importe quelle clef publique de n'importe quelle salle. Pour peu qu'il ait passé un accord avec l'exploitant, il est capable de délivrer la clef, qui permettra de lire le film, dans la salle. J'espère que je suis clair, mais s'il y a des questions, je vous donnerai l'occasion de me les poser un peu plus tard. Donc, si ces clefs ne sont pas publiques, si elles ne sont pas accessibles à tout le monde, effectivement, il peut y avoir un problème.

Deuxième recommandation :

" Etudier sans délai, les conditions de désignation par appel d'offre d'un prestataire techniquement indépendant, chargé d'opérer pour le compte et sous l'autorité du C.N.C, une plateforme de génération et de gestion des clefs de lecture du film. " L'idée est que la partie de gestion des clefs ne soit plus confiée à ces industries intégrées, ou alors qu'elle le soit, mais sous des conditions que ces industries soient approuvées et qu'elles respectent une certaine charte, afin d'éviter qu'un film ne puisse pas être joué dans une salle, alors que le distributeur et l'exploitant se seraient mis d'accord, pour que cela se fasse.

J'ai essayé de résumer cela à travers un schéma. Le C.N.C au milieu, qui d'un côté, met à disposition les clefs publiques de l'ensemble des salles qui sont en France. Et en dessous, les prestataires générateurs et les gestionnaires de clefs : des sociétés qui seraient sous l'autorité du C.N.C, et qui seraient neutres et indépendantes, chargées pour n'importe quel distributeur qui lui demande, de générer ces clefs de décryptage (ces K.D.M) et de les envoyer aux salles, pour pouvoir permettre la lecture des films.


Voilà, j'espère que j'ai été suffisamment clair : on pourra y revenir s'il y a des questions.

Troisièmement : les choix économiques.

Enfin troisième point et non des moindres : quels choix économiques ? D'abord on va regarder ce qu'il se passe ailleurs. Le modèle américain, c'est celui que j'ai un petit peu expliqué, tout à l'heure. On a remarqué qu'il était relativement efficace, puisque le déploiement du cinéma numérique a commencé aux Etats-Unis, sur un rythme assez élevé. Comme je l'avais indiqué en première présentation, il n'est pas adapté à la structure fragmentée de la distribution et de l'exploitation qu'on peut avoir en France. Et puis se pose la question de l'intégration dont je viens de vous parler. Aux Etats-Unis, il faut savoir, que ce sont eux qui ont le pouvoir. Ils ne sont pas confrontés aux mêmes problématiques.

Si on regarde les modèles qui existent en Europe, le leader c'est XDC (Alain pourra nous en parler) : ils ont un modèle qui est sur la base du leasing et des copies virtuelles. Mais je pense qu'il y a un modèle spécifique à la France, qui est prévu… et c'est pour cela que XDC France a été créé et qu'Alain en a la responsabilité. C'est que le marché français est un peu différent. On va proposer à Alain de nous expliquer cela un peu plus en détail.

Il y a aussi des initiatives publiques, notamment en Angleterre, ce qui est assez surprenant pour l'Angleterre : ils ont un projet d'équipement de 250 salles en numérique, pour la valorisation des films dits spécialisés, c'est-à-dire les films un peu plus difficiles, l'art et essai européen, qui n'ont pas accès aux écrans. C'est un modèle qui est intéressant, surtout pour un pays comme l'Angleterre qui est plutôt un pays libéral. Mais c'est réservé à ces 250 salles et ce n'est pas un modèle qui sera applicable à l'ensemble des salles. Daniel Goudineau cherche pour le C.N.C, un modèle universel.

On a aussi Europa Cinemas (que vous connaissez), qui s'intéresse à la question, qui met en place des opérations d'offre spécifiques. Mais là c'est pareil : la notion d'universalité n'est pas tout à fait respectée, dans la mesure où il y a des contraintes de programmation de films européens. Donc c'est une intention louable, mais ce n'est pas un modèle universel.
En plus de cela, Daniel Goudineau se pose la question suivante : est-ce qu'il faut faire un modèle en France, sur le modèle américain ? C'est-à-dire, baser la notion d'investissement sur les économies liées à des copies, dans la mesure où la notion de copie va disparaître avec le numérique ? Qu'est ce que cela va devenir, une copie ? Est-ce que jouer un film pour une séance, c'est une copie ? Alors que jouer un film pendant trois mois, c'est une copie ? Est-ce que c'est la même économie, pour ces deux choses ?

Ce que Daniel Goudineau, propose, c'est d'associer la notion de taxe, qui va permettre
l'investissement dans les salles, non pas à une copie, mais, justement à ce qu'il a souligné tout à l'heure dans la notion de gestion de clef, donc à une clef. C'est-à-dire : on envoie une clef pour jouer le film, dans une salle. Donc, à cette clef, est liée la durée de lecture du film, est lié le matériel sur laquelle on la joue (cette clef)… Et c'est à cela, qu'il faut réfléchir en terme de taxe parce qu'effectivement, quand on regarde les circuits, notamment pour tout ce qui est cinéma indépendant, les circuits de copies qui peuvent passer de salles en salles, qui peuvent faire des durées de vie plus longues, sur plusieurs mois… comment va-t-on associer cette notion de Virtual Print Fee à une copie, alors que la copie ne va pas rester sur le même écran, dans la même salle et qu'elle va circuler, qu'elle va peut-être être jouée une fois pour une rétrospective, et qu'elle va peut-être être jouée une centaine de fois (si c'est un gros blockbuster qui va rester trois semaines à l'affiche)… Donc cela, c'est une question qu'il pose. Et c'est vrai que c'est une notion qu'il a introduite et qui n'était pas apparue auparavant, dans les débats sur le cinéma numérique.

Il y voit plusieurs avantages :

- Cette notion de prélèvement d'une taxe, ne fait pas obstacle au choix d'un tiers investisseur, c'est-à-dire qu'elle serait en plus, des offres proposées par tous ces industriels, qui se positionnent sur l'équipement des salles et dont la plupart sont présents ici.
- Elle offre une garantie de contrôle de neutralité et de sécurité des transactions pour les distributeurs (liée à la plateforme de génération et de gestion des clefs, dont on a parlé tout à l'heure).
- Et une simplicité d'utilisation pour les distributeurs, dans la mesure où il y aura un interlocuteur unique.

Voici un schéma pour essayer d'expliquer un petit peu. Le C.N.C au milieu toujours, le prestataire générateur et gestionnaire des clefs récupèrerait le paiement de suppléments, sur les clefs auprès du distributeur et il le reverserait, soit directement à l'exploitant, soit au tiers investisseur (donc voir de quelle manière tout cela s'organise…).

En plus de cela, interviennent les outils qui existent déjà. C'est-à-dire : le compte de soutien, qui verse une contribution à la fois :
- pour les investissements qui sont les investissements classiques,
- et il propose également des aides spécifiques pour un certain type d'exploitants (les indépendants, pour les salles mono écran ou avec deux écrans),
- et pour un certain type de distributeurs (les indépendants également, qui font des petites sorties sur un petit nombre de copies).

Ses deux recommandations sont :
- examiner la possibilité d'une modulation du soutien, ou d'une aide sélective renforcée, au profit des salles les plus fragiles, notamment celles qui ne disposent que d'un écran, (pour les raisons que j'ai évoquées tout à l'heure)
- et pour les distributeurs les plus petits : examiner la possibilité d'une modulation de soutien, ou d'une aide sélective renforcée, au profit des distributeurs les plus fragiles, notamment ceux qui mettront en oeuvre des plans de sortie mixtes (numérique et 35 mm).

Voilà, je ne sais pas combien de temps j'ai pris, pour faire cette présentation, je ne sais pas non plus, si j'ai été très clair. Je vais peut-être vous proposer tout de suite les réactions et puis après, je vais aussi poser la question à nos intervenants, à savoir : ce qu'ils pensent du rapport Goudineau ? Comment ils voient les choses ? Est-ce qu'il y a des questions dans la salle ?

(…) Pas de questions : c'est que j'ai été très clair ? Bon, merci beaucoup, je suis flatté. (…)

Je voudrais lancer le débat : ici on a Pascal Gervais qui est représentant de la société Christie France.On a vu qu'aux Etats-Unis, on a la société Christie-AX qui a lancé le cinéma numérique, avec un modèle particulier : le modèle des V.P.F. Et je voulais poser la question à Pascal : est-ce que pour lui, le modèle peut être appliqué en France ? Ou est-ce que, comme le soulignait Daniel Goudineau, il doit y avoir des aménagements spécifiques pour le marché français et plus généralement, pour les pays européens ?


Pascal Gervais (Christie France) : Etienne, veuillez m'excuser. Avant tout, je ne vais pas répondre à votre question directement. Etant entendu que nous ne sommes que fabricants de projecteurs, nous sommes vraiment à la fin de la chaîne, même si nous sommes effectivement très présents sur certains marchés, notamment au travers de Christie-AX aux Etats-Unis. La réponse sera probablement apportée, de manière beaucoup plus précise et beaucoup plus claire, par mes confrères qui sont autour de la table, qui eux, sont plus impliqués dans l'ensemble de la chaîne. Si je suis ici aujourd'hui, c'est plus pour essayer de vous apporter un certain nombre de précisions, peut-être techniques ou technologiques, autour de la partie projecteur, qui représente une part importante de l'investissement,pour un exploitant. C'est quasiment 80% de l'investissement, le serveur représentant 20 à 25%, je crois. Et c'est effectivement re-préciser le contexte, peut-être, entre Christie-Ax et entre les différents intervenants qu'il y a sur ce marché. Et vous représenter aussi Christie, qui était absent pendant très longtemps du territoire français, étant typiquement nord-américain et étant présent en France, que depuis cinq ans.


Etienne Traisnel : Alors je vais me permettre de poser la question à Gwendal ou à Alain…

Gwendal Auffret (Eclair Digital Cinema) : L'une des questions du rapport Goudineau est : " Est-ce France, ou pas ? ". En ce qui concerne Eclair, nous pensons qu'il est adaptable ici.
Petite précision, pour bien remettre les choses au clair : le modèle dont il s'agit consiste tout simplement à imaginer que le déploiement - qu'il soit financé via une tierce partie ou pas - donne lieu à une contribution volontaire à l'équipement des salles de la part des distributeurs.
Puisque, comme l'a précisé tout à l'heure Etienne, la copie numérique devrait évidemment être à un prix inférieur à une copie 35mm, il est clair qu'au bout du compte, le distributeur a à y gagner, en termes économiques… mais cela, les exploitants dans la salle connaissent le sujet.

Pendant très longtemps, le marché était un petit peu bloqué avec cette équation économique : l'exploitant fait l'investissement et c'est quelqu'un d'autre qui fait l'économie. Evidemment, cela ne fonctionne pas… jusqu'au jour où aux Etats-Unis, les distributeurs principaux américains -les majors - ont décidé de prendre les devants, avec l'aide de deux sociétés (et il y en a d'autres en préparation) et avec l'aide des regroupements d'exploitants (on pourra en parler si vous le souhaitez). Et ceci, en disant : " Nous acceptons de contribuer au paiement ou au re-paiement de l'équipement, via un réinvestissement de la différence entre la copie 35 mm et la copie numérique ". Ce modèle, personnellement, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas adaptable à un cas français. Maintenant, la vraie question est : " Est-ce que c'est plus compliqué en France ? ". Oui. Evidemment, puisqu'il y a beaucoup plus de distributeurs qu'aux USA, et qu'ils ont en plus, des modes de distribution beaucoup plus variés et bien plus différenciés. Sur le marché américain, il existe cinq distributeurs principaux qui sortent les films tous de la même façon, avec le même genre de stratégie, le même genre de durée, le même genre de circulation des films, etc. Ce n'est pas le cas en France. Il y a plus de travail. C'est tout. Donc : adaptation, oui. Impossibilité : non… en ce qui nous concerne.

Alain Rémond (XDC France) : Moi, j'ai peut-être un avis un petit peu différent, dans la mesure où je pense que, effectivement, tout le monde est d'accord, aujourd'hui, sur le fait que le financement du matériel ne peut s'opérer, enfin la seule source de financement possible provient des économies qui sont réalisées sur le prix d'une copie numérique.

La problématique qu'on va trouver en France, c'est pourquoi je pense moi que le modèle américain n'est pas transposable, c'est que le modèle américain est tel, que les premières informations que l'on a pu récupérer, notamment de la part des distributeurs américains, c'est qu'eux, souhaitent pouvoir négocier de manière indépendante, un certain montant de VPF (on va reprendre le terme, pour la clarté du débat), avec qui ils ont envie (donc les salles qui les intéressent). Et c'est là que se pose la première problématique : s'il y a des accords entre les gros studios et les grands circuits, et bien qu'en sera-t-il des petits distributeurs et des petits exploitants ?

Et c'est cela, je dirais à mon avis, le gros intérêt du rapport Goudineau. C'est-à-dire que, pour le rapport Goudineau, il y une première chose qu'il faut prendre en compte, sur laquelle on n'a pas tellement insisté. Lui, à aucun moment, ne remet en question le fait que le passage au numérique doit se faire. C'est quand même un élément important. Un élément qui est quand même, relativement en opposition avec la position de la Fédération des Exploitants Français, du moins, jusqu'à maintenant. Donc, ce rapport pose une question qui est importante : est-ce que l'application du " V.P.F. " sur le marché français, doit se faire avec une régulation du marché ou pas ? Et aujourd'hui le débat porte, à mon avis, essentiellement là-dessus. C'est-à-dire que je pense, tout comme Gwendal, que c'est la seule solution pour qu'il y ait un financement du matériel qui est un poste assez lourd pour les exploitants, par les distributeurs. Mais la question est : est-ce que cela doit être régulé ? Et Chez XDC nous pensons qu'il est nécessaire d'avoir un système qui permette à l'ensemble de l'exploitation de pouvoir bénéficier d'un financement équitable d'une manière ou d'une autre. Après, le mode est à trouver. Sinon, on va se retrouver avec un déséquilibre entre la petite exploitation et la grande exploitation d'une part, et la petite distribution et la grande distribution, d'autre part.

Etienne Traisnel (Modérateur) : Merci Messieurs. Est-ce qu'il y a des questions concernant la salle ?

Jean Nosenzo (exploitant, ACRIRA) : Sur cette question-là, à l'échelle d'un réseau de salles de proximité, sur les investissements de matériel, on a un outil qui existe déjà, avec la régulation d'un service public qui régule à la fois la petite distribution et la petite et la moyenne exploitation. Aux Etats-Unis, même si la distribution est plus dense, on a aussi en France quelques grands distributeurs… Et sur les outils qui existent, moi, j'aurai tendance à penser, que même les mécanismes qui permettent aux salles de se moderniser, sont insuffisants. Il faudrait des outils liés directement et exclusivement à l'équipement du cinéma numérique. Pour l'instant, moi en tant qu'exploitant, je ne peux pas encore supposer qu'avec le numérique, on ait une telle fiabilité… on se rapprocherait plutôt des ordinateurs… je ne suis pas technicien, mais avec des investissements plus lourds, des maintenances plus lourdes, et donc au niveau de l'exploitation, plus de risque… ?

Etienne Traisnel (Modérateur) : Et bien, il y a beaucoup de choses dans votre intervention. Alors sur la partie dispositif, financement, etc. où il y a bien évidement le C.N.C : il est en train de regarder dans quelle mesure il peut négocier avec l'ensemble des acteurs, sur les recommandations du rapport Goudineau. Par contre sur les problèmes en termes d'investissement, en terme de durée de vie du matériel, on va avoir les réponses dans la suite des interventions. Il y avait une autre question…

Public : Je pense que la question doit se poser autrement. Je pense qu'on a le programme RIAM, qui est là et qui est issu tout simplement de fonds du C.N.C pour financer l'innovation et puis, d'un autre côté, il appartiendrait à l'agence nationale de l'innovation et de recherche d'avoir un fond plus spécifique, pour équiper les salles de cinéma, en créant tout simplement un département " investissement des salles de cinéma ". Ce serait peut-être une des choses qui seraient les plus simples à faire, au niveau de cet investissement… au lieu de vouloir créer une nouvelle taxe. Elle existe déjà cette taxe : c'est le programme RIAM.

Etienne Traisnel (modérateur) : En fait le programme RIAM, c'est plutôt un financement de projets de recherche et développement. Là on n'est pas dans la recherche et développement, puisqu'il s'agirait
de choses qui marchent, qui ont fait leurs preuves. Donc l'idée, c'est un déploiement massif de ces équipements, dans les salles. Je pense que le programme peut après, s'adapter, mais après…

Public : Vous pensez que toute la recherche est faite ?

Etienne Traisnel (modérateur) : Bien, écoutez, on a à cette table, des gens qui pourront vous
répondre sur la partie serveur et la partie projecteur. On va leur poser la question. En fait, ce qui est prévu, c'est qu'on donne la parole, tour à tour, aux différents intervenants, en commençant par Christie qui va nous présenter son offre pour les cinémas numériques, en France.

Pascal Gervais (France) : Avant tout, merci pour votre présence ce matin et merci au Cinéma Nouvelle Génération, de m'avoir invité. Effectivement, comme je le disais en préambule, nous ne sommes que fabricants de projecteurs. C'est notre métier, notre coeur de métier depuis plus de 75 ans maintenant, puisque Christie fabrique des systèmes de projection pour le cinéma 35 mm depuis 1929. Et Christie existe indirectement depuis 1909. Je représente Christie, en France, depuis 2001. Donc je découvre le marché du cinéma français depuis cinq ans, marché qui est riche et qui est effectivement très différent du marché nord-américain ou bien, d'autres marchés internationaux.

Pour revenir sur le rapport Goudineau, que j'ai lu avec attention, ce rapport a le mérite de regrouper beaucoup de problématiques, que j'entends un peu de part et d'autres, et qui sont propres au marché français (qu'on ne retrouve pas dans d'autres pays). Puisque Christie a eu la chance, au travers de Christie-AX, qui est une entité indépendante de Christie… pour éviter toute confusion, je tiens à préciser que Christie est le fabricant de projecteur et Christie-AX est une société complètement indépendante. Il n'y a aucun lien financier entre ces deux entreprises, hormis une relation de fournisseurs à clients, qui déploie des projecteurs, notamment sur le marché nord-américain et qui a probablement de la visibilité sur d'autres marchés. Christie a donc effectivement, depuis 2005, une expérience typiquement orientée sur le principe de la copie virtuelle, en Amérique du Nord, et a déployé, à ce jour, à peu près 1600 machines sur le territoire nord américain, puisque c'était une des problématiques : effectivement est-on capable de fabriquer des machines 2K, à un rythme soutenu ? Aujourd'hui, on est sur un rythme de 150 unités par mois, et on tend vers les 300 unités par mois, à peu près.

Christie a effectivement ce modèle, je ne vais pas entrer dans le détail des modèles économiques, puisque Gwendal pourra peut-être aussi développer plus en détail, le principe de la copie virtuelle. Nous avons aussi déployé en Europe des machines au travers de fonds publics sur un schéma complètement différent au travers de l'UK Film Council où effectivement, il y a un déploiement de 150 machines à termes qui sont à financement public, soient une organisation et une structure complètement différentes. Et puis enfin, au travers d'autres sociétés, comme XDC en France, nous déployons des machines, sur encore un troisième schéma et une troisième organisation économique.

Donc nous avons la chance, nous, même en étant complètement à la fin de la chaîne, d'être impliqués dans des schémas complètement différents les uns des autres. Je ne rentrerai pas dans le détail de chacun des schémas. Ils sont très bien expliqués dans le rapport Goudineau, que je vous invite vraiment à lire (et qui est téléchargeable). Et de toutes façons, mes confrères à cette table, pourront plus vous expliquer en détail, ce qu'ils apportent, ce qu'ils proposent.

Par contre, je suis peut-être plus enclin à situer le contexte du 2K. On entend souvent parler de 2K, on entend aussi souvent parler de HD. On est aussi souvent sollicité pour des contenus alternatifs. Il convient peut-être de préciser et de revenir sur toute la partie " recommandations initiales et norme AFNOR ", qui permettent de situer le contexte par rapport aux contenus des majors nord-américaines, qui pour certains d'entre vous, représentent une partie importante (plus ou moins) de votre programmation.

Effectivement, comme le disait tout à l'heure Etienne, il doit être très clair que si on n'est pas compatible D.C.I et de fait, AFNOR, les majors américaines à terme, ne donneront pas leur contenu. Donc cela, c'est quand même une problématique de base, c'est-à-dire que l'on doit être 2K. Et, même si le rapport Goudineau ne ferme pas la porte au MPEG 2, comme le disait Etienne tout à l'heure, effectivement le JPEG 2000 est incontournable. Donc, c'est une problématique toute bête qui est importante à repositionner. Puisque si votre programmation est une programmation qui en partie, est un contenu de major nord-américain, il est très clair que le 2K est incontournable, sur ce marché-là. Est-ce que peut-être, vous avez des questions sur la partie " projecteurs " tout simplement dans les salles et sur les problématiques qui peuvent se poser autour de cela ?

Public : Oui au niveau de la fiabilité des projecteurs actuels et éventuellement sur leurs évolutions à venir ?

Pascal Gervais (France) : Dans le cadre des déploiements en cours, selon les modèles, du moins pour certains déploiements, il y a des engagements de la part du fournisseur qui sont sur une période de dix ans. Donc de sept à dix ans, en terme de maintenabilité de la machine. Le rapport Goudineau est aussi intéressant sur cet aspect là, puisqu'il aborde très clairement la problématique du coût du changement technologique et son amortissement sur une période de sept à dix ans, notamment. C'est un chiffre qu'il faut garder en tête, puisqu'on a, comme vous le savez, une gamme de prix importante entre une console en 35 mm et un projecteur 2K.

Par contre, d'un autre côté, il y a une économie d'échelle importante effectivement, sur la partie copie. La partie fiabilité du projecteur, si le fournisseur s'engage sur dix ans, on peut … Je précise juste " entre sept et dix ans " pour l'amortissement. Sur la fiabilité du matériel, je crois qu'aujourd'hui, on est sur des technologies qui sont éprouvées. Si on découpe un projecteur en quelques pièces, vous avez une tête de projection TEXAS, en ce qui nous concerne du moins. Vous avez une alimentation électrique. On en fabrique depuis 1929, on a donc une certaine lisibilité sur la durée de vie et c'est sensiblement la même (avec une évolution technologique depuis 1929 bien sûr) que celle que vous trouvez dans les consoles 35 mm. Donc la même durée de vie. La tête TEXAS est d'une fiabilité reconnue maintenant, puisqu'on l'utilise dans d'autres marchés depuis très longtemps et il n'y a aucun débat sur cet aspect là. Et sur la partie électronique, on a des composants qui sont fiables. Il faut démystifier un petit peu cet aspect fiabilité de l'électronique pour la partie projecteur, puisqu'on est vraiment sur un système qui est maintenant éprouvé depuis plus de quinze ans en terme de technologie.

Sur la partie serveur, je ne suis pas le plus à même de répondre. Je pense qu'il y a d'autres personnes autour de la table qui pourront en parler. Ce qui est important à prendre en compte, c'est effectivement les contrats de maintenance et la partie maintenabilité, la propriété (ou pas) des lampes… ce type de on vise à fournir le meilleur produit, avec le meilleur service. C'est du moins ce qu'on tend à faire. Mais aussi avec le coût de possession le plus bas possible, c'est-à-dire, qu'il faut sur un projecteur comme un 2K prendre en compte le coût de maintenance annuel et le coût des lampes. Est-ce que j'ai répondu à peu près à votre question, sur la partie projecteur ?

Public : Oui, disons qu'actuellement les têtes tombent en panne au bout de combien de temps en moyenne ?

Pascal Gervais (Christie) : Alors, je n'ai pas de chiffres moyens pour l'instant à vous fournir. Je n'ai pas les données en tête, très clairement. TEXAS part d'une durée de vie moyenne des matrices, qui est de 500 000 heures, on ne parle pas de MTBF mais de durée de vie moyenne, donc de 500 000 heures. Je vous laisse faire le ratio sur une exploitation.

Public : les contenus alternatifs ne seront pas forcément en 2K. Comment cela va se passer ? Est-ce que les projecteurs 2K vont pouvoir diffuser des contenus, avec des formats inférieurs ?

Pascal Gervais (Christie) : Bien entendu. On va croire que je suis un adepte du rapport Goudineau. Dans le rapport Goudineau, c'est aussi clairement exprimé. Et c'est une réalité : qui peut faire mieux, peut faire moins, aussi. En l'occurrence, un projecteur 2K peut diffuser, même si c'est un non-sens, un signal VHS composite, jusqu'à du 4K en l'occurrence, du moins en entrée. Donc il n'y a aucune restriction sur cet aspect là.

Etienne Traisnel (modérateur) : Est-ce qu'il y a d'autres questions ? On va donc passer la parole à Pascal Heuillard.

Pascal Heuillard (Kodak France) : Je représente la société Kodak. J'ai prévu dans la présentation de d'abord vous expliquer ce que Kodak fait en matière de cinéma numérique, parce que souvent je croise des gens qui me disent : " Ah bon ? Vous faites du cinéma numérique ? ". Il est vrai qu'on a très peu communiqué jusqu'à présent sur ce qu'on fait dans ce domaine. Je vais donc articuler la première partie sur ce qu'on a fait sur le cinéma numérique, ce qu'on fait, et où on en est.
Et puis, en deuxième partie, je reviendrai sur le rapport Goudineau, sur certaines des recommandations, pour les éclairer de mon expérience, ainsi que de l'expérience de Kodak aussi dans ce domaine.

Premièrement : Kodak et le passage au numérique

Alors en ce qui concerne Kodak, on fait toujours de la recherche et du développement dans l'argentique, que ce soit au niveau de la négative ou de la positive. Donc on continue de sortir de numérique et de faire de la recherche et du développement dans le numérique, que ce soit au niveau de la prise de vue ou que ce soit au niveau de la diffusion. Kodak étant dans le cinéma depuis plus d'un siècle maintenant. Quelqu'un m'a dit hier : " Tiens ! La filiale française s'appelle Kodak - Pathé ! " En fait à l'origine, c'est tout simplement que George Eastman avait racheté l'usine de Vincennes à Charles Pathé, dans les années 1920. Au début du siècle, Pathé avait le monopole mondial de la fabrication de films cinématographiques. Donc cela remonte à très loin, quand même. On a toujours été avec le cinéma et on compte toujours y rester.

Ensuite on peut aussi nous poser des questions telles que : à votre avis, quand tout sera-t-il numérique et quand n'y aura-t-il plus d'argentique ? Là, même chose, quand on regarde (je parle uniquement de diffusion, parce que c'est le sujet aujourd'hui), quand on regarde les graphiques que faisait Kodak, il y a cinq ans, sur les prévisions, sur le marché de la pellicule positive, le marché mondial dans les années à venir, et qu'on regarde maintenant ce qu'il s'est passé, cela n'a rien à voir. Donc c'est très difficile de faire des prévisions. Depuis cinq ans, le marché mondial de la pellicule positive n'arrête pas d'augmenter. Il y a différents phénomènes : la multiplication du nombre de copies, les sorties mondiales (ce qu'on appelle le day-and-date, c'est-à-dire que le film sort partout dans le monde, le même jour, voire à la même heure), donc cela contribue au nombre de copies. Et puis aussi, il y a des cinémas qui se construisent, je ne veux pas dire tous les jours, mais enfin, toutes les semaines, partout dans le monde, avec du matériel argentique, encore.

Donc, pour l'instant, le marché de la pellicule positive continue d'augmenter. Ceci étant, il est bien évident que le numérique arrive : la projection numérique cela fonctionne, cela marche très bien, c'est prêt. Et à un moment donné, l'équipement de projection numérique, sur la courbe, va dépasser la croissance au niveau de la pellicule positive. Donc là, on aura effectivement, à ce moment-là (alors lequel ? je ne sais pas), un marché de la pellicule positive qui risque de se mettre à baisser.

Kodak a très peu communiqué pour l'instant sur le cinéma numérique, parce que l'on attendait que le marché se stabilise, et au moins que l'on soit un peu plus clair sur les besoins techniques du cinéma numérique. Et avant que les recommandations du Digital Cinema Initiative ne soit publiées, il n'y avait pas d'intérêt à se précipiter dans le domaine. Maintenant, cela a été publié, les choses sont beaucoup plus claires. Du point de vue de la qualité de la projection numérique, je crois qu'il n'y a plus trop de questions à se poser. Le 2K, ça marche, c'est amplement suffisant. On perd légèrement en espace colorimétrique par rapport à l'argentique. D'un autre côté, il y a quand même des gains en terme de stabilité d'image… il paraît qu'il y en a que cela dérange, la stabilité (rires) … certains sont troublés par le fait que l'image soit aussi fixe, comme ça… On pourra très bien faire des logiciels qui permettent de (rires) remettre de l'instabilité dans l'image, pour ne pas troubler les gens…
Progrès sur l'usure des copies aussi, évidemment : les copies, à un moment donné, cela se raye, il y a des scratches. Théoriquement, en numérique, on ne devrait pas trop en avoir quand même, là c'est sûr, cela surprend, pour peu qu'on ait donné une clef… qui fonctionne pendant un certain temps quand même.

Donc on peut dire que ces avantages-là compensent le très léger manque de colorimétrie qu'un spectateur non affûté d'un oeil de chef d'opérateur ne verra pas de toute façon. En tout cas, pour le voir, il faudrait vraiment faire des projections parallèles, parce que comme cela, au premier coup d'oeil, ce n'est pas évident.

Et puis, ce qu'apporte aussi le cinéma numérique, c'est indubitable, c'est la flexibilité. Alors évidemment, le coût des copies sera moins cher. D'un point de vue financier, c'est évident. Mais en plus, c'est toute la flexibilité que cela va permettre de faire : pour des cinémas qui ont plusieurs salles, d'opérer en réseaux, d'opérer à partir d'un seul serveur, de piloter toutes les salles à partir d'un seul serveur. On n'a plus besoin de monter la pellicule, etc., pour un cinéma qui projette. Par exemple, il y a certains cinémas à Paris qui font ça, qui projettent des films d'animation pour enfants : l'après-midi, ils le projettent en français, le soir, ils le projettent en version originale. Et bien, aujourd'hui ce sont deux copies, demain, plus qu'une. C'est quand même beaucoup plus simple. Donc, cela va apporter des éléments qui font que, effectivement, le cinéma numérique en diffusion va arriver, parce qu'il y a vraiment des avantages à la clé. Alors dans ce que fait Kodak, dans le cinéma numérique… Donc je l'ai dit : on a toujours fait de la recherche et du développement dans le cinéma numérique. Pour ceux qui s'en souviennent, on a même présenté, il y a quelques années, un projecteur 3K dans les salons. C'était un très bon projecteur, avec la technologie qui n'était pas celle de TEXAS Instrument, mais celle de JVC (très belle image). Alors pourquoi ne l'a-t-on jamais commercialisé ? Tout simplement parce qu'il était un petit peu cher à fabriquer. On a quand même montré qu'on pouvait faire des projecteurs, aussi.

Dans le déploiement du cinéma numérique, avant qu'on ait les recommandations du Digital Cinema Initiative, on a surtout travaillé essentiellement aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, en Australie, etc., sur des systèmes de projection numérique pour la publicité. Alors on n'est pas dans le domaine du D.C.I, dans le domaine de l'AFNOR. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, il n'y avait pas de publicité, comme en France, c'est-à-dire de films publicitaires avant les projections. C'était souvent essentiellement des projections diapos. C'est étrange, quand j'ai appris ça, mais cela n'existait pas.

Donc, ce qui a été mis en place, dans beaucoup d'écrans (actuellement on en a équipé plus de 2000, essentiellement aux Etats-Unis, je crois qu'en contrats, il y en a au moins 2500), c'est des systèmes de publicités numériques, avec des serveurs, avec des projecteurs qui ne sont pas des projecteurs 2K, dans ces cas-là, les investissements sont moindres, donc des projecteurs HD. Et ce n'est pas du MPEG, parce que là, ce serait des fichiers qui prendraient beaucoup de place aussi. Donc c'est un système, qu'on appelle le système ACOS, " Advertising Cinema Operating System ", qui permet de diffuser de la publicité, de faire des programmes publicitaires, dans des formats qui ne sont même pas ceux d'un disque dur, mais par le biais de l'Internet, tout simplement. Donc vous voyez que ce n'est pas le même type de format de fichier, ni le même type de serveur. Donc avec cela, on a équipé plus de 2000 écrans dans le monde.

Surtout ce que cela nous a apporté c'est l'expérience, parce que ce sont des cinémas entiers qu'on a équipés donc avec des serveurs et des projecteurs dans toutes les salles, cela nous a permis d'appréhender aussi le fonctionnement des salles en réseau et de vraiment mettre en exploitation, en réel, d'expérimenter la mise en réseau de tout un cinéma avec les serveurs… plus la gestion des distances, donc il y a tout un support aussi, une maintenance 24 heures sur 24, là-dessus. Et on n'est plus du tout dans le domaine du traditionnel, puisque 97% des problèmes techniques qu'on peut avoir, sont détectés à distance, souvent de manière prédictive d'ailleurs, et réparés à distance… c'est cela aussi le numérique !

Aujourd'hui on a, là on parle de films maintenant, 4 millions de spectateurs par mois, qui voient un film diffusé en numérique et dont la copie a été préparée et distribuée par Kodak. Alors effectivement, il y a une filiale de Kodak, à Hollywood, qui s'appelle Laser Pacific, qui sait préparer aussi des contenus, des films numériques (en MPEG ou en JPEG 2000) et donc, qui a distribué plusieurs films, enfin qui a préparé le contenu de plusieurs films. On a, je crois à ce jour, préparé au moins, ( enfin c'est surtout des films de studio bien sûr ), on a préparé au moins, 25 films, de mémoire, comme ça (peut-être une trentaine). Par exemple, (ça c'est un bon exemple d'interopérabilité, pour reprendre le terme), on a préparé la sortie de Mission impossible 3 qui a été distribué dans 125 cinémas, 174 copies et pas que sur des serveurs Kodak (sur toutes autres sortes de serveurs) et cela a très bien fonctionné. Donc comme quoi, il y a beaucoup d'inquiétude, dans le rapport Goudineau, sur l'interopérabilité des systèmes (il a raison : il faut faire attention). Mais aujourd'hui, quand même, les fabricants ont tout intérêt à ce que les serveurs soient parfaitement interopérables et que n'importe quel contenu préparé par n'importe quel laboratoire, puisse passer sur leurs serveurs. Et donc, effectivement, on a huit studios hollywoodiens qui nous font confiance aussi, pour la préparation du contenu, pour la préparation des copies numériques.

En résumé, on est présent dans la préparation des contenus, au travers de la filiale Laser Pacific, à Hollywood, que ce soit les publicités, les bandes annonces et puis, bien entendu, les copies numériques. On est, c'est probablement l'un des points forts de Kodak, vraiment sur l'installation en réseaux des serveurs, c'est-à-dire, de manière à avoir une exploitation et une gestion de toutes les salles de cinéma, en central. Et c'est ce qu'on appelle le " theatre management system ". C'est d'ailleurs un logiciel pour le cinéma (et pas que pour les pubs) qui est en test actuellement, avec le principal regroupement de salles aux Etats-Unis, à savoir : National Cinema Media (il y a Regal dedans, Cinemark, etc.). Et donc, on est en train de le tester et de l'améliorer avec eux, en ce moment.

On est aussi dans la fourniture de serveurs, en suivant les recommandations du D.C.I. Actuellement, soyons clairs, il n'y a aucun serveur qui réponde complètement et intégralement, aux recommandations du D.C.I. Souvent les constructeurs disent : " je fais du JPEG 2000, je fais du 2K et du 4K, donc je suis

D.C.I ", mais dans le D.C.I, il n'y a pas que ça. Il y a beaucoup de recommandations, en terme par exemple d'audio : il faut 16 canaux audio (vous me direz, huit, c'est déjà pas mal), mais bon, dans le D.C.I, c'est écrit 16. Il faut du water marking sur l'audio, par exemple, il y a plein de contraintes de sécurité, comme ça. Ce qui fait qu'actuellement, on a des serveurs qui s'en rapprochent de plus en plus, mais qui sont mis à jour, au fur et à mesure, aussi, de l'éclaircissement des recommandations du D.C.I.

On s'est aperçu également que certaines recommandations pouvaient prêter à interprétation. Et donc, c'est une bonne chose que le Fraunhofer Institute se soit penché sur le problème et a priori, il va bientôt publier la liste des contrôles à faire pour savoir si le matériel est DCI, ou pas. Au moins, on y verra un petit peu plus clair.

Et on est aussi présent dans le service après-vente, le diagnostic à distance. Quand les serveurs
sont reliés en réseaux, sur l'Internet, on peut faire beaucoup de choses. On est dans la préparation du contenu : ce n'est pas parce qu'on a un serveur Kodak qu'il faut faire fournir le contenu par Kodak. Heureusement, on est bien plus ouvert que cela. Ensuite, on commercialise également le " content manager ", c'est-à-dire le serveur central qui permet de piloter tous les autres, mais qui peut permettre de piloter tous les serveurs cinéma 2K, également pour des projecteurs HD, pour la publicité, qui peut aussi, on peut même aller plus loin, projeter des bandes annonces dans le hall d'accueil du cinéma, etc. et tout se fait en central. Là je vous montre rapidement le serveur qu'on a : c'est le serveur multi format ; l'avantage, c'est qu'il peut lire à la fois du JPEG et du MPEG, en 2D et en 3D. Je reviendrai là-dessus, tout à l'heure, quand je commenterai le rapport de Daniel Goudineau.

Pourquoi fait-on du multi format ? Il peut lire des contenus alternatifs évidemment, des avant-programmes, et être connecté au réseau (c'est très important). Il faut faire aussi très attention, quand on parle même d'interopérabilité, d'ailleurs, à savoir : qu'est-ce qu'on peut mettre dedans, simplement en terme de format disque dur. Donc, on a la possibilité de charger un disque dur, mais c'est un format spécial. Ceci étant, si le disque dur qu'on nous envoie n'est pas de ce format -là, on peut bien sûr le charger par USB, un lecteur de DVD, CD, etc. Il lit du 2K et du 4K, c'est normal : ce sont les recommandations du D.C.I. On peut stocker 3 longs-métrages en JPEG ou 12 longs-métrages en MPEG (on voit donc bien que ce n'est pas du tout le même format). Il y a un écran tactile et amovible, on l'a vu sur les photos.

Et ce que Kodak a toujours dit, c'est que l'on va toujours faire évoluer nos serveurs pour qu'ils soient le plus possible aux recommandations D.C.I, qui sont plus contraignantes que la norme AFNOR. Mais on pense que ce qu'il y a dans le D.C.I, c'est ce qu'il faut faire pour avoir la qualité cinéma.

Deuxièmement : Commentaires du rapport Goudineau

Alors je vais revenir sur les recommandations du rapport : j'en ai sélectionné quelques-unes qui m'intéressaient.

D'abord, l'histoire de la recommandation qui dit " on va aider uniquement les projecteurs 2K qui répondent à la norme AFNOR ". J'avais lu dans les notes de l'an dernier, en juillet 2005, que certains disaient : " Pourquoi 2K, c'est contraignant… cela va retarder le marché…cela nous oblige à investir, ou à éliminer les petits… ". Je crois que la question n'est pas là. La question c'est de se dire (finalement, c'est ce que le D.C.I a fait), effectivement, c'est quand même du matériel informatique et on sait que le matériel informatique, souvent après trois ou quatre ans, devient plus ou moins obsolète. Le D.C.I, là-dessus, a bien cadré les choses. C'est-à-dire qu'il a dit : pour avoir un niveau de qualité au moins égal au 35 mm… quand on s'équipe en numérique, pour remplacer le 35 mm, pour faire du cinéma, que faut-il ? Et que faut-il, pour que dans dix ans encore, on puisse dire que c'est valable pour passer des films de cinéma, que c'est l'équivalent du 35 mm. Donc dire : c'est du 2K, c'est du JPEG 2000. Ainsi, l'exploitant qui va investir dans un matériel de cinéma numérique est sûr qu'au moins ça va toujours bon pour projeter des films de cinéma. Il était important d'avoir ce cadre pour garantir une stabilité au niveau de l'équipement technique.

Dans le rapport, on parle beaucoup d'interopérabilité : Daniel a été un peu inquiet à ce sujet. Je ne dis pas qu'il a tort. Simplement, je pense que le marché s'autorégule naturellement et qu'il n'y a aucun constructeur qui a intérêt à ne faire que des serveurs fonctionnant uniquement avec leurs contenus propres ou qui ne soient pas interopérables. Sur ce point, le D.C.I est très clair : les serveurs doivent être complètement interopérables. Effectivement, un contenu préparé par Kodak doit pouvoir être lu par un serveur X. Même chose : un contenu encodé par X doit pouvoir être lu par Kodak. C'est l'interopérabilité encodage - serveur. Il faut aussi parler de l'interopérabilité serveur - projecteur. Quand un exploitant achète un projecteur, il vaut mieux avoir le projecteur qui fonctionne avec le plus grand nombre de marques possibles, cependant rien n'interdit d'avoir un serveur et un projecteur de la même marque. Concernant les réseaux : on a vu que pour le cinéma numérique, il était très important de fonctionner en réseau. C'est là qu'on va gagner en flexibilité, on va pouvoir gérer le cinéma depuis un point central. C'est fondamental de vérifier qu'on va pouvoir les mettre en réseaux (normalement si c'est conforme aux normes D.C.I, c'est le cas).

Et puis, et là je parle plus de polyvalence : qui peut le plus, peut le moins. Le D.C.I, c'est du JPEG 2000, très bien. Maintenant, s'il fait plus que ce que dit le D.C.I : pourquoi pas ? Au contraire… Donc important à vérifier : qu'est-ce que je peux faire avec ce format ? Avec ce serveur ? C'est pour cela que le serveur qu'on a sorti (je crois aussi que c'était le premier sur le marché), lit aussi le MPEG. Il y a encore des films préparés en MPEG… donc pourquoi ne lirait-il pas le MPEG ? Il peut détecter (c'est sa force) automatiquement quel format de fichier on a. Donc si on fait une liste des films à passer, si c'est du MPEG, ou du JPEG, il va détecter automatiquement le format et il ne s'arrête pas.

Dans le même style, il y a le 2D et la 3D. Maintenant, c'est vrai qu'on parle beaucoup de 3D en numérique. J'ai vu Monster House, c'est vrai que ça marche bien, c'est un nouveau moyen. Donc s'il peut faire du 3D, tant mieux, ce n'est pas plus mal. Ca peut paraître un gadget, mais apparemment ça fait plus d'entrées. C'est sûr que si le spectateur a le choix entre du 2D et du 3D, même s'il paie un petit peu plus cher pour voir du 3D… bon, il va choisir le 3D. Sur les dessins animés, c'est pas mal. J'ai vu les extraits de L'étrange Noël de M. Jack, de Tim Burton, préparé en 3D : c'est magnifique ! C'est-à-dire que dans ce cas-là, je dirais même qu'il y a une justification artistique à le mettre en 3D. Déjà au départ, ce film met en scène des marionnettes, mais Tim Burton travaille beaucoup en " premier, deuxième, troisième plan " et ici, il y a une véritable justification artistique à le faire. C'est très beau, moi, je suis impatient de voir ce film en 3D.

Sur le point " confier à une C.S.T rénovée, une mission d'expertise des projets d'équipements
numériques ", je pense que c'est effectivement une bonne recommandation qui au moins permettra, quand un exploitant va investir dans un matériel, de savoir s'il est vraiment interopérable, de savoir s'il se fait piéger ou pas. Je pense que c'est assez sain. D'ailleurs, j'avais trouvé, à la lecture du rapport de Daniel Goudineau, que c'est vraiment très bien décrit, très bien expliqué. Je pense que même un néophyte du cinéma numérique va tout à fait comprendre de quoi il ressort. L'état des lieux y est bien décrit, les enjeux, les risques, les opportunités. Pour ceux qui ne l'ont pas lu : lisez-le ! Je ne dis pas que cela se lit comme un roman, mais presque !

Je me posais une question sur cette exigence (je ne suis pas le seul) : exiger que tous les films français se fassent sur un support numérique en 2009/2010. Ma question est : comment ? Sva être obligatoire ? Si un film sort sur 5 ou 10 copies, en 2009, le parc sera loin d'être entièrement en numérique… est-ce que cela vaut vraiment le coup d'avoir un master numérique ? Je ne sais pas… Il y aura quand même, encore, de quoi le passer en argentique.

Sur l'histoire de la " plate-forme de génération et de gestion des clefs ", les clefs des serveurs sont des clefs publiques, cela ne fait aucun doute. Donc je ne pense pas qu'un constructeur ou un installateur ait intérêt à garder les clefs pour lui. Par essence, pour le DCI, les clefs sont publiques : n'importe qui doit être capable de pouvoir préparer un film, d'envoyer la clef qui va avec, pour le serveur donné. Mais je comprends qu'au départ, les systèmes numériques mis en place aient un peu eu tendance à être propriétaires. Donc je comprends cette question. Je pense que le marché va s'autoréguler autour de cela, et qu'aucun exploitant n'aura intérêt à prendre un serveur qui ne pourra jouer que tel film de tel distributeur, ou préparé par tel fournisseur. L'autre question que je me pose : est-ce que cette entité aurait le monopole de cela ?

Etienne Traisnel (modérateur) : C'est une question qui avait été posée à Daniel, au congrès des exploitants. Il a répondu sur le principe, qu'il s'agirait d'un organisme neutre et indépendant.

Pascal Heuillard (Kodak) : Oui. Donc, qu'un organisme neutre et indépendant ait la possibilité de le faire, pour tous les serveurs et pour tous les distributeurs, c'est très bien. Mais si un jour, cet organisme a un problème (s'il y a une grève, par exemple) ce serait quand même assez dangereux. Donc en plus, je ne vois pas pourquoi n'importe qui ne pourrait pas préparer des clefs. Ce n'est pas très compliqué, de préparer des clefs pour un film. Et sur la petite taxe supplémentaire sur les clefs, je pense que ce peut être un moyen parmi d'autres de réguler le marché. Je me suis fait la réflexion suivante : à un moment donné, on va avoir une cohabitation entre l'argentique et le numérique, pendant de nombreuses années. Il ne va pas y avoir de Big Bang du cinéma numérique (je crois qu'il le dit dans le rapport). De toute façon, je ne pense pas que les fabricants de projecteurs, notamment, aient intérêt à écouler leurs fabrications pendant deux ans et qu'après, pendant huit ans, à attendre que les projecteurs tombent en panne pour les renouveler. On peut se dire que cela peut prendre au moins huit à dix ans… comme ça, c'est parfait. On table sur une durée de vie de huit, dix ans… Donc, on va avoir l'argentique et le numérique qui vont cohabiter. Mais alors un distributeur, lorsqu'il va commander ses copies de films, va avoir :
- un prix pour tel exploitant parce que c'est en argentique,
- un prix pour tel autre parce que celui-ci a contracté avec un tiers, qui lui met un Virtual Print Fee dessus.
- Il va contracter avec un autre exploitant qui, lui, a largement amorti son matériel numérique et dans ce cas, c'est le prix minimum pour la copie numérique. Ainsi, d'un seul coup, on a un distributeur qui va se retrouver avec des prix différents par cinéma !

Effectivement, la proposition de Daniel va dans le sens d'essayer d'empêcher qu'il y ait des cinémas qui se trouvent écartés… pour raison, simplement, de prix de copies. Je pense que c'est un bon moyen d'éviter ces disparités. Le principe de solidarité prévaut : c'est très bien.
La recommandation 14 dit : " aider les distributeurs les plus fragiles, pour des plans de sorties
mixtes "… Je pense que cela me paraît sain, parce qu'au fur et à mesure du temps, les copies argentiques vont être de plus en plus chères, car de moins en moins nombreuses. Il va falloir gérer les deux en même temps. Enfin j'avais d'autres sujets de réflexion, que je n'ai pas trouvés explicitement dans le rapport. Peut-être que je l'ai lu trop vite…

Ainsi la prolifération des copies : je pense que ce peut être un sujet à analyser et à encadrer, même si c'est à plus long terme (quand vraiment on sera très fortement en numérique). Aujourd'hui, un distributeur peut refuser à un exploitant une copie, sous prétexte qu'elle coûte cher à fabriquer, qu'il ne peut pas se permettre de sortir tant de copies. Le jour où le prix de la copie va descendre en dessous de 200 euros, voire moins, distribuée par satellite (rêvons un peu !), il aura moins cet argument à avancer, sinon cela pourra être assimilé à un refus de vente. Si on se retrouve avec 2000 copies, parce que tous les exploitants les veulent, on peut avoir un petit problème de diversité et de choix pour le spectateur. Et en outre, ce ne sera pas très bon pour l'exploitation non plus, à terme. Je ne sais pas si actuellement on peut éviter ça ? Je me pose aussi des questions sur le patrimoine cinématographique. Aujourd'hui, vous avez des sociétés, comme Lobster Films, avec Serge Bromberg, dont le métier et la passion sont de rechercher des films oubliés, perdus. Il fait les greniers, les caves, pour rechercher de vieux films, pour les restaurer … et il en trouve ! Il avait même trouvé la bobine manquante du Voyage dans la Lune, de Méliès, mais malheureusement, elle était irrécupérable… Donc on arrive à retrouver des films comme cela. Même aujourd'hui, alors qu'il y a des copies argentiques, il y en a qui sont définitivement perdues, même des films des années 60, voire 70… Je me dis que dans un système où on fait des copies qui jouent de telle heure à telle heure, sur tel serveur (donc qui, en gros, après, "s'autodétruisent "), après, on ne pourra plus les jouer, on ne pourra plus trouver des copies comme cela, dans les greniers ou dans les caves. Il n'y aura plus rien. On a inventé un système de copies qui " s'autodétruisent ". Je pense qu'il y a une réflexion à faire sur comment être certain qu'on va garder des copies de films, d'autant plus qu'un disque dur n'est pas éternel. Tous ceux qui ont un ordinateur à la maison, ou au travail, le savent : un jour le disque dur " scratche ". Et parfois, on n'arrive même pas à récupérer les données. Il y a une véritable réflexion à faire dans ce domaine : on s'est inventé des copies Mission impossible, qui "s'autodétruisent " au bout d'un certain temps !

Etienne Traisnel (modérateur) : La clef permet en fait de jouer une copie, sur une fenêtre… La copie ne s'autodétruit pas. Par contre, il est exact que quand on voit que votre disquette d'il y a cinq ans, vous ne pouvez plus la lire sur votre PC… Les formats de disque dur seront-ils encore compatibles dans 20 ou 30 ans ? La question se pose…


Pascal Heuillard (Kodak) : On peut supposer aussi qu'on va recycler les disques durs, tant qu'on reste dans une logistique " disque dur ". Ainsi, on efface les disques durs et on remet un autre film par dessus.

D'autres sujets de réflexion : l'après cinéma numérique. On peut se dire que le jour où on tourne en numérique, on diffuse en numérique, on peut rêver de s'affranchir du 24 images par secondes… on va passer à 100 images par secondes… diffuser à 100 images par secondes… et les ralentis sur une scène d'action, qui à l'origine, ont une valeur artistique ; à 24 images par seconde, une scène d'action rapide, si on la voit, c'est flou, c'est pas net, on ne voit pas ce qui se passe. Du coup, c'est devenu un langage cinématographique. Quand on voit un ralenti, on dit : " Ah ! C'est parce que ça va vite ! C'est une scène d'action ! " Du coup, à 100 images par seconde, on n'aura plus à le faire… je me plais à rêver d'un vocabulaire cinématographique qui va changer…


Etienne Traisnel (modérateur) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a des questions dans la salle ? Sinon, on va faire une petite pause de cinq minutes et ensuite, donner la parole à Gwendal Auffret.

Public : Bonjour. Et bien, j'ai une question. Est-ce qu'il existe une possibilité de compatibilité entre les systèmes de films en ligne, les systèmes de téléphones portables et les télés numériques ? Je pense que les spectateurs n'acceptent pas encore cette nouvelle manière de regarder les films… Plus tôt ils l'accepteront par ce canal et plus tôt ils l'accepteront dans les films traditionnels de cinéma en salle…

Etienne Traisnel (modérateur) : La question, si j'ai bien compris : est-ce qu'il y a des systèmes d'interopérabilité pour les films qui sont tournés avec les téléphones portables ?

Public : Oui, il y a les trois diffuseurs. Le téléphone portable : on peut télécharger n'importe quoi surInternet…

Etienne Traisnel (modérateur) : Alors ici, dans ce débat, on parle de l'image qui va sur le grand écran. Et on parle de l'image qui a une mobilité maximum pour le grand écran.
Après, on peut aller plus loin : il y a des volontés artistiques de tourner les films sur d'autres supports, parfois de qualité technique moindre. Mais ça peut être des volontés. On pense à certains films d'art, tournés en DV et palme d'or à Cannes… Nous on s'intéresse, bien évidemment à la qualité maximale,comme nous l'avons dit, tout à l'heure : qui peut le plus, peut le moins. Alors il y a un débat en ce moment, autour du produit audiovisuel, de la nouveauté, etc., pour ce débat aujourd'hui, pour cette table ronde, on parle du film, du cinéma, dans la salle de cinéma.

Pascal Heuillard (Kodak) : Ceci étant, c'est vrai qu'il y a eu un film, à Cannes, qui avait été tourné sur téléphone portable. Je ne l'ai pas vu. Je ne sais pas, d'ailleurs, si la copie avait été en argentique ou en numérique, mais…

Gwendal Auffret (Eclair Digital Cinema) : Il y a un festival, à Paris, la semaine prochaine.

Etienne Traisnel (modérateur) : C'est des choses très complexes… oui ? Une question ?

Patrick Arnaud, exploitant : Actuellement, pour diffuser les films en numérique, si je ne me trompe pas, les salles reçoivent des disques durs. D'après la présentation que vous nous faites, j'imagine que vous envisagez, à terme, une dématérialisation absolument totale ?

Pascal Heuillard (Kodak) : Oui. Nos serveurs sont prêts à recevoir des films par satellite. C'est prévu. Ceci étant, pour l'instant, la transmission par satellite est extrêmement coûteuse. Et pour l'instant, c'est quand même plus économique de le faire par disque dur. Maintenant, cela peut changer, suivant l'équipement.

Etienne Traisnel (modérateur) : Selon le nombre de copie, si vous avez un film qui sera diffusé à trois copies, on ne fera pas la diffusion satellite comme ça. Ils seront probablement envoyés par disques durs, par la poste. Alors évidemment, si on prévoit une sortie à 500 copies ou plus, le satellite pourrait être intéressant. A mon avis, vous aurez des systèmes multiples mais très polyvalents, en fonction du nombre de copies envoyées vers les serveurs.

Patrick Arnaud, exploitant : Je vous disais cela, parce que les exploitants, actuellement, ils ont la copie dans les mains, ils ont donc une chose matérielle tangible. Ils ont encore le disque dur… bientôt ils n'auront plus rien. A partir de là, cela pose énormément de questions. D'autant plus que sur les clefs qui vont être utilisées, on pourra mettre tout et n'importe quoi, y compris, j'imagine, le nombre de fois qu'il faut diffuser le film, dans la journée, l'heure à laquelle il faut le diffuser, etc. Donc je pense que tous ces problèmes vont se poser très rapidement et ils risquent de mettre à mal la politique des salles et notamment des petites salles, qui ne pourront plus programmer les films, en fonction de la façon dont elles connaissent leur public, mais en fonction de ce que les distributeurs pensent qu'ils doivent faire.

Alain Rémond (XDC France) : Bien, il y a deux questions. La première concernant la dématérialisation, je pense que c'est quand même pas pour tout de suite. A mon avis, il va se passer encore un petit bout de temps, avant que le film arrive dans la salle, autrement que par, je dirais, un support physique. Et ceci, pour deux raisons.

Premièrement, c'est vrai qu'il y a eu pas mal d'expériences, qui ont été faites autour de la diffusion par satellite, notamment aux Etats-Unis. Mais il y a eu beaucoup de problèmes, cela pose des problèmes de capacité et en plus, on s'est aperçu, notamment aux Etats-Unis, qu'il y avait beaucoup de ruptures de faisceaux, dues à des orages et autres choses. Ce n'est donc pas encore, une solut