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Nouvelle parution : La Double Vie de Véronique : entre Pologne et France…

par Alain Martin

(ouvrage édité par c/o Irenka ; www.DoubleViedeVeronique.com)

 

On a déjà beaucoup écrit et filmé sur Krzysztof Kieslowski. Ce qu'on redécouvre en cette année 2006, pour l'Hommage à l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition. Pourtant, la Double vie de Véronique, film charnière dans la carrière du cinéaste est une formidable porte d'entrée dans son œuvre, peut-être la plus lumineuse. Alors, Alain Martin a eu envie d'écrire pour un double public : les aficionados croisés dans de nombreux festivals, mais aussi les nouveaux spectateurs du film ressorti en salles et en DVD cette année, restauré. Le résultat : La Double vie de Véronique, au cœur du film de Kieslowski, plus de 200 pages en compagnie des équipes, des thèmes du film… et de la boule magique.

" Vous avez une voix étrange, j'aimerais vous entendre… "
Ainsi s'exprime la professeur de chant qui repère l'héroïne du film. La Double vie de Véronique, c'est, en deux phrases, une suite de correspondances mystérieuses, ténues, entre deux jeunes musiciennes : une choriste du Sud de la Pologne, Weronika, et une jeune professeur de musique clermontoise, Véronique. Après la mort de Weronika, " quelque chose a changé " dans la vie de Véronique sans qu'elle se l'explique, tandis qu'elle part sur les traces d'un non-moins étrange marionnettiste, Alexandre, dont le spectacle raconte… l'histoire des deux Véronique !

Ce récit est filmé souvent en plans serrés, dans une couleur bien particulière jaune et verte, qu'on doit à Slawomir Idziak. La voix de Weronika et de Véronique hantent le film, comme la musique de Zbigniew Preisner, qui ne dédaigne pas, avec le réalisateur, les silences habités.

 

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Kieslowski, cinéaste polonais reconnu


Krzysztof Kieslowski, né en Pologne en 1941 et diplômé de l'Ecole de cinéma de Lodz en 1969 a laissé une quarantaine de titres (cinquante si l'on dénombre les dix épisodes de la série du Décalogue, peut-être son œuvre majeure tournée en à peine deux ans). Il est représentatif de ce qu'on a appelé le cinéma de l'inquiétude morale, très marqué dans son mode d'expression, comme toute sa génération, par la censure établie dans son pays pendant la période communiste. Kieslowski accède à la renommée internationale à Cannes en 1988 avec Tu ne Tueras point (une version longue d'un des dix Décalogue) et, en 1991, avec La Double vie de Véronique, nominée, qui obtient le prix d'Interprétation féminine, le prix de la critique internationale (FIPRESCI) et celui du Jury œcuménique. Parmi la poignée de cinéastes connu du monde occidental, il faudra désormais compter avec Kieslowski.

 

Pourquoi un film charnière ?

 

Le scénario de La Double vie de Véronique s'est appelé La Fille du chœur puis La Choriste, titre qu'il conservera pendant tout le tournage. Après Sans Fin et le Décalogue, encore empreints de son passé de réalisateur de documentaires, Kieslowski y bascule vraiment dans la fiction, et donne la vedette à un double-rôle féminin.
L'une des séquences clés du film est la rencontre des deux Véronique sur la place du marché de Cracovie, pendant une manifestation (une réplique coupée du scénario original est même : " Les soviets, foutez le camp ! "). Mais Weronika n'entend pas toute cette agitation autour d'elle : ce qui l'intéresse c'est sa musique, sa vie intérieure dont l'apothéose est à ce moment précis la rencontre de son double !

Weronika meurt peu après en plein concert, peut-être pour que Véronique vive (elles ont toutes les deux des problèmes cardiaques). Comment ne pas y voir un parallèle avec les interrogations que Kieslowski a formulées lui-même sur son métier de cinéaste ? Il s'est épuisé sur ses derniers films, et n'a levé le pied que bien tard, en renonçant au tournage. Et puis, c'est le premier film qu'il tourne en partie hors de Pologne : pour rendre crédible son héroïne, il est confronté à la réalité du quotidien français. Avec ses trois derniers films, Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge, il basculera complètement à l'Ouest (Rouge se situe même dans un quartier résidentiel de Genève, très loin des blocs du Décalogue !).

 

Une enquête entre Pologne et France


Le cinéma de Kieslowski n'apporte pas de réponses, mais suscite chez le spectateur une foule de questions. Les pistes, les indices sont nombreux, mais rien n'est établi. Les critiques et les ouvrages les plus inspirés qui ont été écrits sont établis, avec bonheur, sur ce postulat.

Dans la conception même de La Double vie de Véronique, au cœur du film de Kieslowski, pas d'a priori. Et ce qui aurait du être au départ une évocation du film et de sa réalisation, soutenue par quelques témoignages et les réactions du public, s'est très vite transformé en une véritable enquête en Pologne et en France, à la recherche des témoins et des souvenirs, croisés, confrontés. Une multitude de regards, quinze ans après. Résultat : une cinquantaine d'entretiens exclusifs, une centaine de photos inédites ou rares, des rendez-vous sur les lieux de tournage. A noter, une quarantaine de pages sont consacrées à une confrontation du scénario de tournage au film achevé, avec scènes coupées, ajouts, commentaires… pour ceux qui veulent aller plus loin.

Des arrêts sur image et de nombreux encadrés, des reproductions d'objets du tournage sont autant de manière supplémentaires d'entrer au cœur du film. Et encore, il a fallu couper ! Il reste à écrire une seconde partie qui concernerait les festivals, les réactions des publics, et reviendrait sur quelques thèmes simplement esquissés dans le présent ouvrage ! Quant à une traduction anglaise, elle est également envisagée après plusieurs demandes de l'étranger.

 

Quelques thèmes abordés

Le hasard et le destin dans l'œuvre de Kieslowski : avait-il réussi à les maîtriser ? Attention aux malentendus.
Le double, autre thème… singulier, est présent dès les deux premières séquences du film : la vie parallèle d'une petite fille polonaise et d'une petite Française ; mais s'agit-il vraiment de deux Véroniques ? N'est-on pas plutôt en présence de deux aspects d'une même personnalité ? Alors : Doppelganger ou alter ego ?

Enfin, Kieslowski s'interroge sur un autre mystère : sommes-nous seuls, qui a-t-il après ? " Cette fois, je pense que Krzysztof ne maîtrisait pas entièrement ce sujet… " confirmera Ruben Korenfeld, qui s'est longuement entretenu avec lui. Et c'est avec ce doute qu'il accomplit un des films qui ont le plus marqué le grand public international : la disparition de la version originale plusieurs années a pu entertenir son statut de film-culte.

 

 

Alain Martin (copyright 2006)