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Musiques de film

 

Par Sébastien Chaligne

 

 

 

Libres promenades dans des B.O. parfois méconnues, toujours prestigieuses.

 

 

 

 

Henry Mancini : Hatari



Composée en 1962 pour le film de Howard Hawks, la B.O. de Hatari marque la rencontre d'un vétéran du cinéma et d'un jeune compositeur, tout juste auréolé de son succès pour la musique de la série télévisée " Peter Gunn ". Hawks avait originellement commandé une partition à Dimitri Tiomkin avec qui il avait collaboré à de nombreuses reprises, lui demandant expressément de ne pas utiliser une avalanche de cordes.

Une première ébauche fut fournie et refusée par le metteur en scène de The Big Sleep avant que celui-ci ne se tourne vers Henry Mancini. Pour évoquer l'ambiance africaine du film, le musicien choisit de mêler rythmes africains et timbres cuivrés qui évoquent les cris des animaux capturés par le petit groupe hawksien mené par l'immense John Wayne. Le morceau "Hatari", plein de tension, superpose le rythme des tam-tams et une cellule très simple répétée pour suggérer l'attente des chasseurs au milieu d'une nature toujours changeante mais immuable.

Mancini produit aussi de nombreuses ballades romantiques qui sont sa marque de fabrique (dans lesquelles il n'hésite pas d'ailleurs à fourguer en contrebande un petit tapis de cordes malgré les exigences de Howard Hawks). Le tube "Baby Elephant Walk" que tout le monde reconnaîtra, plut tellement à Hawks qu'il conserva une scène originellement écartée du montage final pour le simple plaisir d'entendre ce morceau.

 

 

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François de Roubaix : Dernier domicile connu



François de Roubaix a, à de nombreuses reprises, exploré le registre du polar. Le récent travail de Stéphane Lerouge nous permet aujourd'hui de réévaluer ce passionnant musicien dont les B.O. valent souvent plus que les films qu'il a servis. C'est le cas de ce Dernier domicile connu, correct polar réalisé par José Giovanni avec Lino Ventura et Marlène Jobert.

Le disque ne comporte en réalité qu'un seul thème (à l'exception de quelques musiques d'ambiance), harmoniquement hétérodoxe (n'oublions pas que François de Roubaix est un autodidacte complet) mais réorchestré avec une inventivité réjouissante. Ce thème est à la fois d'inspiration classique (on pense à certains thèmes de Bach) et pop (on ne compte plus les musiciens d'aujourd'hui qui l'ont samplé). Il est décliné avec un plaisir communicatif notamment en quatuor à cordes (plage 5), en orchestre pop d'où la mélodie exécutée au piano dans les basses (plage 3). Mais la pépite du disque se trouve certainement dans le jeu du batteur anonyme qui insuffle un mouvement irrésistible à ce grand moment popissime.

 

 

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John Barry : The Quiller Memorandum

 

Bien qu'il jouisse d'une réputation de géant de la musique de film, John Barry n'est toujours pas apprécié à la hauteur de son talent. Son travail pour la série James Bond engendre un certain mépris on le qualifie volontiers de professionnel ennuyeux (les rares ouvrages traitant de la musique au cinéma ne citent souvent même pas son nom). Pourtant c'est un des compositeurs les plus influents de ces quarante dernières années, un nombre incroyable de tubes dès qu'ils prétendaient à une certaine sophistication lorgnent vers une Barry's touch (le meilleur exemple français est Serge Gainsbourg, Jane B. est aussi l'ex de John B. !). Les fanas de l'électro puisent volontiers chez Barry plutôt que chez Pierre Henry.


En 1966 est sortie la musique de The Quiller Memorandum, thriller anglais de Michael Anderson avec Alec Guinness, on y trouve une palette à peu près complète de l'art de J.B.
Le thème principal et sa ritournelle quasi mécanique tout droit sortie d'une boîte à musique, énoncée au clavecin et aux cordes sur des harmonies très simples, confèrent un subtil mélange de tension et de plénitude avec son rythme à la fois implacable et "méditerranéen" (les pizzs), la guitare se faisant mandoline. Ce thème sera décliné tout au long du disque dans des orchestrations bien plus évidentes (angoisse, chanson nostalgique…).


Pour les autres plages nous avons affaire au J.B. qui veut nous coller dans nos fauteuils par l'emploi d'une puissante masse sonore de vents et de cuivres (trombones dans les basses, trompettes étroites…) offrant un halo soutenant la mélodie des cordes. Le compositeur utilise aussi des instruments au timbre original tels le cymbalum ou l'utilisation des pupitres dans leur registre le plus grave. Il nous propose aussi une marche militaire finalement très réussie et en bonus une version instrumentale du "Downtown" de Petula Clark. Une très bonne introduction à l'univers de ce maître pour tous les béophiles.

 

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Michel Colombier

 

La chanson, le ballet, le cinéma, la publicité, Michel Colombier ne néglige aucun genre. De Barbara à Prince, de Serge Gainsbourg à Air, en passant par Charles Trenet, Pierre Henry, Bobby Lapointe, du jingle d'Antenne 2 à celui des pâtes Panzani, ce compositeur aura marqué secrètement son époque. Il est de la trempe des avant-gardistes dont les œuvres sont connues du grand public.

Malheureusement, l'accès à ses disques, principalement ses BO, est difficile. M.C. se souciant peu de sa place dans l'histoire, il ne cherche pas à laisser de trace de son travail, toujours à la recherche de nouveaux territoires à conquérir. Une fois acheté le CD comprenant des extraits des BO de L'Héritier, Le Hasard et la violence et L'Alpagueur (encore une réédition de l'indispensable Stéphane Lerouge) il ne nous reste pas grand chose à se mettre sous la dent. A titre d'exemple la musique d'Une chambre en ville de Jacques Demy, de loin son dernier grand coup d'éclat n'est toujours pas disponible en CD . Il y a bien le coffret Le cinéma de Serge Gainsbourg, avec des extraits de toutes leurs collaborations au cinéma, la musique du feuilleton télévisé Largo Winch à tendance electro, ou Swept away qui propose du Colombier au bouzouki.

Une compilation sortie en 2002, Colombier Dreams, se propose bien de nous faire découvrir en 70 minutes son œuvre, mais ce disque laisse sur sa faim : à l'exception de "Toulouse to win" de Nougaro et de "Elisa" de Gainsbourg son travail dans la chanson n'est pas représenté ; on aurait préféré le Requiem pour un con ou la comédie musicale Anna, plus représentatifs. Nous effleurons quand même le travail d'un artiste libre, qui sous une apparente neutralité, sert au mieux ses clients. Il vaut mieux aller dénicher soi-même les perles de M.C., traquer l'indication " Direction d'orchestre : Michel Colombier " sur vos vieux 45 tours, les CD de Madonna ou de Julio Iglesias.

 

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Ennio Morricone : Le Casse


Morricone a travaillé six fois pour Henri Verneuil, participant notamment au succès du Clan des siciliens et du Casse. La musique de ce dernier est caractéristique du travail du compositeur romain dans les années soixante-dix. Croulant sous les sollicitations (certaines années il composa plus de quinze partitions), il exploita son talent de manière industrielle, principalement grâce à son sens du développement d'une idée musicale, même minuscule. Morricone aime la musique de son temps, qu'il s'agisse de la variété (voir les innombrables chansons qu'il a composées ou orchestrées, en tant qu'employé de la firme RCA Italiana et dans ses B.O.) ou de la musique contemporaine (dans le cadre du Gruppo di Improvvisazionne Nuova Consonanza qui participa à certaines de ses B.O et pour lequel il jouait de la trompette).

Il aime que la musique puisse être fredonnée mais il aime aussi les dissonances. Pour le thème du Casse il en utilise une qu'il va faire "chanter". En changeant d'accord, la petite cellule de quatre notes répétées a l'apparence d'une mélodie, la fin de la phrase sur l'accord final du cycle harmonique donnera le ton pour la transposition et ce, jusqu'à ce que l'on retourne à la tonalité de départ. L'utilisation d'un contre-chant nous fait oublier que le même air tourne en permanence. L'écoute de ce thème pose la question de l' "inspiration".

Il est vertigineux d'imaginer que le travail sur un si simple matériau engendre un tel résultat musical. Notons que le disque (contrairement au film) propose ce thème sous forme de chanson interprétée par Astrud Gilberto. Le morceau intitulé Thème d'amour, repris sous le titre Una donna che ti ama par la même Astrud Gilberto est ravissant, empreint d'une réelle mélancolie. Pour Zacharia est de la même veine. Ma non troppo erotico avec ses explosions de cuivres et ses vocalises sensuelles, Rodeo avec son clavecin et ses cordes acérées, sont les autres sommets de ce disque indispensable.

 

 


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