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L'adaptation filmique : "transversalité" théorique et empirique

à partir du Colonel Chabert au cinéma.

 

 


Gilles Visy, Université de Limoges

 

 


Introduction

Le cinéma a depuis toujours abondamment puisé dans la matière littéraire. Que les œuvres romanesques soient populaires, inédites, novatrices ou bien traditionnelles, l'adaptation cinématographique a repris et parfois poursuivi une pratique dont le théâtre était déjà coutumier. Le défi d'introduire dans la thèse le principe d'une sémiologie à géométrie variable pourrait reposer sur un hiatus dans la mesure où l'adaptation se construit sur une interaction de paramètres qui n'ont pas forcément de rapport, car ils peuvent être étudiés séparément.
Cependant, la transformation filmique doit tenir compte de l'attitude du spectateur, celle des réalisateurs, de l'écrivain s'il est toujours vivant, et des critiques et des théories exerçant chacune une discipline spécifique. Cette analyse globalisante n'a pas eu la prétention de mettre systématiquement en évidence l'objectivité apparente de l'observation empirique, ni l'universalité absolue de la théorie abstraite. Notre étude s'est construite sur une description précise, parfois fragmentaire, et la théorie générale.


Cette réflexion a consisté à mettre en pratique les rapports entre signifiants informels et formels et les signifiés polysémiques. Il s'agit de la mise en spectacle filmique du modèle de la narration et de la fiction verbale littéraire : plus globalement du symbole à l'icone (au sens linguistique du terme). Aussi, nous a-t-il paru nécessaire de faire un historique des théories du cinéma et des théories de l'adaptation. Certains quiproquos et débats peuvent d'ailleurs conduire à des impasses.
C'est donc avec la plus grande prudence que nous avons avancé sur le chemin de l'adaptation, de la mise en spectacle : terrain miné par les théories complémentaires et contradictoires et les soupçons méthodologiques les plus insidieux. Il n'était pas question de développer une méthode auto satisfaisante et universelle car elle n'existe pas. Il faut prendre le risque de sauter sur " une mine en scène " si nous voulons faire un bilan et une perspective didactique des méthodes de l'analyse de la transformation filmique. Cependant, en parcourant les différentes études consacrées à l'adaptation et aux rapports entre littérature et cinéma, on distingue six axes de recherches :

1° ) Les études de l'adaptation d'un texte en particulier.
2°) Les études de rapports entre un écrivain et le cinéma.
3°) Les études historiques de l'adaptation.
4°) Les recherches générales des rapports entre littérature et cinéma.
5°) Les ouvrages critiques consacrés au scénario traitant des aspects reliés à la pratique de la transformation filmique.
6°) Les études théoriques donc sémiologiques, ce vers quoi nous nous sommes orientés, mais notre approche hérite également des cinq axes précédemment cités, cumulant en aval les théories de l'adaptation et en amont les théories du cinéma.


L'idée d'une sémiologie à géométrie variable permet, grâce à un héritage de toutes tendances, d'offrir une série d'entrées pouvant avoir un certain nombre de corrélations entre elles. Il s'agit d'une problématique de la transversalité regroupant les approches, sans forcément les prendre pour des modèles de construction unique. Transversalité qui permet à la fois de satisfaire le souci d'élaboration théorique plurielle et le souci d'approche empirique.


L'ensemble traduit peut-être une médiation qui rend compte de la complexité de la transformation filmique. Complexité qui se décline en quatre étapes.
D'abord, il s'agit d'une réflexion sur la terminologie de l'adaptation.
Ensuite, il faudra analyser cette réticence apparente quant à la pratique de la transformation filmique.
Dans un troisième temps nous verrons les limites de notre approche mais en même temps elles ont offert de nouvelles pistes de recherche.
Et enfin, nous focaliserons notre attention sur les perspectives didactiques puisqu'il s'agit d'un des axes de notre travail.


I ) Débat sur la terminologie pour décloisonner l'objet " adaptation "


Il y a une nuance à faire entre le terme " adapter " et " transformer ", le dernier faisant l'objet du titre de la thèse. Dans adapter, il existe une idée de se conformer, de mettre en accord un mode d'expression (littérature) et un autre celui du cinéma. Cela caractérise donc une certaine relation d'obligation qui n'est peut-être pas concevable entre littérature et cinéma : il n'y a pas de contrat. La vocation du grand écran n'est pas de concurrencer le roman sur son domaine, celui de la narration, mais bien d'inventer des formes plastiques et " monstratives ". Celles-ci offrent une nouvelle pertinence au texte littéraire sans forcément s'en éloigner.


Dans le terme " transformer " donc " transformation ", apparaît une idée de métamorphose : d'un passage à un autre impliquant de manière implicite la transfiguration. Il s'agit de changer l'aspect et la nature du livre pour donner un caractère éclatant au film, du moins en tant qu'unité autonome. Adapter reste en quelque sorte réducteur, transfigurer demeure un peu trop optimiste.
En effet, il existe des contraintes intertextuelles et contextuelles qui font du livre et du film un rapprochement hasardeux et pourtant nécessaire. Si nous reprenons le terme " adaptation ", il faut une transformation, un dépassement de l'œuvre, peut-être pas une transfiguration mais plutôt une résurrection. " Transformation " implique peut-être toutes ces nuances, même si le terme adaptation représente une sorte de mot clef générique.


L'œuvre littéraire n'est pas quelque chose de figé; elle n'appartient pas uniquement à l'auteur ni à un certain type de lecteur. Elle rejoint le domaine de la propriété publique et peut être confrontée à d'autres œuvres d'art en étant soumise à un phénomène de décloisonnement. Mais lorsqu'on regarde la majorité des œuvres de Balzac adaptées pour le cinéma ou la télévision, elles restent très ancrées dans le texte tant sur le plan des dialogues que sur le plan visuel. Les réalisateurs traduisent tout simplement par la technique cinématographique le lexique iconique du roman.
Dans L'Interdiction de Pierre Moustiers, le téléfilm évoque avec précision non seulement le conflit qui oppose le juge Popinot et la marquise D'Espard, mais aussi les termes juridiques et les rouages de la justice qu'une adaptation moderne n'aurait pas supporter pour comprendre la société de la Restauration. La fidélité reste parfois nécessaire mais elle n'est pas systématique et obligatoire.
Tout dépend de l'attitude de l'adaptateur : il décide soit de faire du Balzac à l'écran, par exemple Pierrette de Guy Jorré ou soit du cinéma à partir d'un substrat culturel balzacien, servant de point de départ. On citera la version américaine Cousine Bette de Des Mcanuff. Les deux attitudes se respectent, elles ne sont pas condamnables ; au contraire, elles peuvent être complémentaires. Une adaptation peut en éclairer une autre (cf. version de Hubert en 1964).


On ajoutera que le roman et les deux films étudiés sur Le Colonel Chabert traduisent bien l'objectif que Balzac et les réalisateurs se sont fixés : dénoncer le sordide fonctionnement social à l'aide de destins tragiques individuels. Ils sont extrêmement bien développés et analysés afin de rendre les personnages passionnants. Les protagonistes sont si représentatifs que le lecteur et le spectateur tirent naturellement les conclusions qui viennent à l'esprit : c'est-à-dire l'état pitoyable dans lequel Chabert se trouve. C'est la dénonciation explicite d'une vie sans pitié qui condamne les êtres nobles à la déchéance.


La société de l'Occupation, dans le film de Le Hénaff, renvoie au monde de Balzac dans ce qu'il y a de plus pessimiste. Le Hénaff interprète le monde de la Restauration en fonction d'un contexte présent comme l'a d'ailleurs fait Angelo. Sa version filmique renvoie à toutes les sociétés qui laissent finalement peu de place aux hommes dits " faibles ". Adapter : c'est transformer tout en réactualisant. Joseph Mankiewicz disait d'ailleurs en 1953 à Propos de son Julius Caesar : " J'ai voulu montrer que M. Shakespeare pouvait être joué comme s'il était notre contemporain. " L'aspect moderne d'une adaptation suscite encore quelques polémiques car parfois on ne souhaite pas toucher à l'intégrité du texte Dans Rastignac ou les Ambitieux d'Alain Tasma, la chaîne France 2 fit seulement 15% d'audience alors qu'elle en fait d'habitude 25% dans ce type de téléfilm.


II ) Réticence apparente sur la pratique de la transformation.


Tout laisserait à penser dans notre démonstration que la pratique de l'adaptation serait condamnable, nous évoquons même la notion de défi d'entrée de jeu. Il est nécessaire là aussi de nuancer : pour adapter, il faut réaménager l'œuvre littéraire. La littérature reste un art autonome, qui peut se passer du Septième Art et qui a ses qualités mais aussi ses limites en tant que représentation. On pourrait en dire autant du cinéma. La rencontre des deux, l'intertextualité, allons plus loin la transtextualité dépasse la simple notion de plagiat, mais elle montre aussi les limites d'une telle approche.


Il n'y a pas plus de supériorité du texte littéraire sur le film qu'une volonté de faire disparaître l'écrit au profit du visuel. Afin de comprendre notre civilisation de l'image, pour ne pas évoquer un poncif du genre, il faut aussi l'écrit : là repose peut-être la véritable interaction culturelle. Il existe actuellement l'émergence, voire la confirmation d'une culture numérique sur Internet reposant sur le principe associatif du double clic. Celui-ci met en corrélation texte et image.
Il n'est plus question d'adaptation ni de transformation mais plutôt d'aménagement et de cohabitation évidente. Le règne numérique permet de confondre l'écrit et l'image, à tel point, que l'on voit s'établir un nouveau langage autonome bafouant la syntaxe traditionnelle. Ce langage reflète sans doute une nouvelle pratique culturelle du gain de temps. On lit bien souvent à la fin des messages amicaux : " A+ ".


Nous nous éloignons en apparence de nos propos mais l'image et le texte sont non seulement à confronter, mais aussi à associer : notre démarche reste également comparatiste. Littérature et cinéma deviennent donc une pratique interculturelle. La littérature ne peut être vue ou plutôt lue sans le cinéma et réciproquement.


L'adaptation pure demeure un pari impossible, la transformation relève le défi, le transcende et le transfigure malgré tout. Le Septième Art devient non seulement un double mais aussi un complément tout comme l'était au XIX è siècle la mise en scène de certaines pièces de théâtre par les romanciers. Le grand écran prendra donc le relais du théâtre.


L'évolution du " langage cinématographique ", pour reprendre une expression d'André Bazin, a écarté les grands cinémas mondiaux de la copie du théâtre. Plus exactement, elle a élargi son registre et son répertoire, dès la fin des années trente, à bien autre chose que l'adaptation des succès ou des classiques du théâtre. Les genres " noirs ", d'un côté comme de l'autre de L'Atlantique (policier/détective ou mélodrame poétique), en furent le signe le plus net, sans oublier les adaptations des romans répandues de manière homogène dan toute l'histoire du Septième Art. Il suffit de consulter les filmographies en ce qui concerne Balzac : plus de 100 réalisations.


A noter que nous ne nous sommes pas intéressés au théâtre car cela concerne d'autres procédés de transformation et un acte de " monstration " ( terme d'Alain Gaudreault ) bien différent. En effet, le Septième Art se sert de tout un apanage technique, visuel et sonore. Ce dernier reproduit en différé une scénographie, certes théâtrale, mais elle explore des espaces multiples que le théâtre a plus de difficultés à mettre en valeur et ce pour des raisons pratiques évidentes.


En effet, les textes des pièces ont été modifiés en fonction des circonstances, auteur et acteurs s'autorisant à maintenir ou à supprimer telle tirade, tel personnage, pour des raisons de durée, de pratique ou de prudence circonstancielle. L'ensemble de ces paramètres rend d'autant plus difficile l'analyse.

 


III ) Les limites de la sémiologie à géométrie variable


On comprend que le roman n'est pas une fin en soi mais un point de départ vers des destinations cinématographiques, théâtrales et musicales sans oublier la bande dessinée. Balzac, mis en dessins par Jean Dufaux et Joëlle Savey repose sur l'idée de confronter le romancier aux personnages principaux de La Comédie humaine. L'action se déroule au moment où il décide de finir sa vie avec la comtesse Hanska.


Ce procédé, qui consiste à intégrer l'écrivain dans la fiction de ses romans, a été illustré également par le film Kafka de Soderberg en 1991. Véritable création du film-puzzle qui n'est pas sans rappeler le Looking for Richard. Le cinéma dépasse le cadre de l'adaptation, il cherche une œuvre globale, un auteur. Le film devient une piste de recherche.


Tournée en plusieurs années, la réalisation d'Al Pacino devient à la fois un documentaire, une enquête, une fiction, un essai qui tend finalement à désacraliser l'adaptation. Looking for Richard trahit " la grande culture littéraire " : cette impression paradoxale et rabâchée, alors même qu'en réalité le public n'en connaît pratiquement rien. Il suffit d'évoquer dans le film les séquences des interviews de rue.


Telle est bien la caractéristique de la transformation qui consiste à s'emparer d'un matériau de base (bien que le livre soit loin d'être un instrument basique) et d'en modifier certains aspects et de l'élargir. L'adaptateur met désormais en valeur son propre talent créateur, voire créatif.
Notre démarche a analysé les types de liens qui permettent d'établir une sémiologie à géométrie variable entre l'œuvre de départ (le livre) et l'œuvre d'arrivée (le film). Ces jonctions vont d'une simple déformation (car toutes les adaptations ne sont pas des chefs-d'œuvre) à une recréation, à une résurrection réussie. Cette sémiologie à géométrie variable tient compte de manière implicite des critères de qualité de fabrication, mais elle analyse également l'attirance du film pour les modèles littéraires.


Cela dépasse le simple cadre de la mise en évidence des points communs et des divergences tant sur le plan narratif, esthétique, parfois sémiotique, plus généralement sémiologique. Néanmoins, cette sémiologie montre le mode de la représentation du livre à partir du film à travers une méthodologie thématique. Cette dernière repose sur différentes approches.
C'est aussi un travail sur les normes contraignantes de la littérature que le cinéma s'approprie parfois ; mais c'est également une analyse de certaines propositions cinématographiques originales. Elles n'ont plus rien à voir avec le livre, bien que l'analyse textuelle que nous avons pratiquée ait permis d'établir des points de comparaison.


Notre démarche est en quelque sorte " polysystémique " pour reprendre un terme de Philippe Cattrysse : analyser des images, des sons dont l'interaction permet d'appréhender un spectacle filmique. Il s'agit de décrypter en amont un langage et une langue littéraire à partir de ce pouvoir ensorcelant de l'image, sans oublier les phénomènes de participation émotionnelle et d'identification au sein de ce même spectacle.


Toute cette part réceptive où l'on a l'impression de s'abandonner dans une inaction apparente, une réception dite passive, reste un véritable travail d'intellection. Analyser des images et des sons à partir d'un jugement critique, fondé sur un acte de lecture, permet de saisir les enjeux d'une interaction sémiologique de deux systèmes de représentation : littérature et cinéma.
Nous avons bien conscience d'avoir traité des chapitres de manière systématique que cela concerne la narration, l'espace, le temps et le personnage. Il est vrai que cette succession de problèmes pouvait faire en tant qu'unité isolée l'objet d'une thèse à elle toute seule. Il n'était pas question de revendiquer l'appartenance à une école particulière ni à une institution universitaire ciblée bien que nous appartenions au domaine de la littérature et accessoirement au cinéma. Cela n'a pas été seulement un accessoire mais bien plus...


Il faut se situer dans un héritage de nombreuses disciplines : marratologie, esthétique, sémiotique, représentation, culture, art, pensée au sens global tel que Casetti le définit dans son ouvrage Les théories du cinéma depuis 1945. C'est l'interdisciplinarité dans " l'interaction des sémiologies culturelles ". Le risque étant l'amalgame disciplinaire, mais il n'était pas question de trouver une signification bâillonnée de l'adaptation. Paradoxalement, il fallait rester très précis.
On sait qu'il n'existe pas de discussions possibles des idées si on ne peut les référer aux cadres d'une pensée. La nôtre se construit sur une sémiologie à géométrie variable. Celle-ci reste donc une proposition d'analyse qui permet de suivre des raisonnements et de les critiquer implicitement. C'est au nom de cette possibilité critique que nous nous permettons de donner les bases de notre position. Notre objectif était de découvrir, à travers des observations, les mécanismes de la transformation du livre pour le film à partir d'une topique géométrique. Cette dernière se construit sur le changement et l'interdisciplinarité.


Pour certains, cela peut être vu comme une approche empirique, une excuse pour s'éloigner de la réalité de l'objet adaptation, bien qu'il soit impossible d'en saisir toutes les modalités. Nous sommes du côté des sciences dites " inexactes ". Leurs interprétations peuvent l'être également même si on trouve une grille méthodologique très bien conçue.

Balzac a servi de cas pratique et notre étude demeure une approche descriptive et théorisante de l'adaptation pour en dégager quelques concepts dans une perspective didactique.

 


IV ) les perspectives didactiques.


Le professeur de français semble à bon droit désarçonner par cette nouvelle tâche qui lui incombe, car l'emploi dans les manuels scolaires de groupes nominaux comme " rhétorique de l'image ", " sémiologie de l'image ", " langage cinématographique " donnent l'impression que l'on peut appliquer au texte filmique des catégories élaborées pour l'analyse du texte littéraire. Cependant, ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît, car il faut savoir ce que l'enseignant de français pourra s'approprier.


Il est évident que l'analyse textuelle permet de saisir les enjeux de l'adaptation : comment le film utilise-t-il la technique cinématographique pour reproduire ou créer un discours de la fiction image en mouvement et sonorisée à partir de la fiction verbale ?
Mais il faut également considérer le fait que le cinéma puisse tout simplement être un outil de la fonction d'une culture mais aussi une culture à part entière et pas seulement une pratique culturelle. Que les images cinématographiques imprègnent l'imaginaire du XX è et du XXI è siècle ne fait aucun doute ! Nombre d'écrivains, de Cocteau à Duras, en passant par Malraux et Robbe-Grillet ont mené conjointement leurs œuvres littéraires et un travail d'écriture cinématographique.


De même, il ne peut y avoir d'approche de l'esthétique baroque dans la littérature sans une réflexion sur l'architecture ou de compréhension de la Renaissance sans un détour par la peinture. En outre, les principaux mouvements esthétiques du XX è siècle ne peuvent être véritablement compris sans que soient pris en compte les grands tournants de l'histoire du cinéma.
Le Septième Art est d'autant plus culturel qu'il constitue une synthèse des arts chère à Kandinsky et à Scriabine. L'adaptation reste la constitution et non la reconstitution d'une œuvre, elle-même dérivée d'un texte littéraire préexistant. L'adaptation permet une réflexion riche, ce que Gérard Genette nomme " l'hypertextualité " dans Palimpsestes.


Pour enseigner, il se pose trois problèmes. Le premier est d'ordre épistémologique : que choisir devant la multitude des approches théoriques que soulève l'adaptation ? Le deuxième repose sur un questionnement méthodique sur les différents niveaux de lecture et vise surtout à l'établissement d'une progression à partir de la multitude des paramètres que pose la transformation filmique. Mais il existe un troisième problème encore plus important : c'est l'interprétation que l'on peut faire à partir de ces différents niveaux de lecture et d'analyse. De surcroît, se déclinent encore trois autres difficultés :

- Les contraintes spécifiques et non spécifiques du langage cinématographique.

- Les mécanismes de l'adaptation et leurs études thématiques.

- L'apprentissage évolutif : acquérir et réutiliser une méthodologie fondée sur une étude thématique et progressive.


La solution est, peut-être, d'apprendre aux élèves à faire un film.

 

Conclusion

On constate que l'analyse de l'adaptation renvoie à l'étude du cinéma lui-même tout en la comparant à celle du roman. Mais pour analyser cette espèce de rebondissement sémiologique, une variation inévitable en découle entre le simple phénomène de ressemblances et de divergences et entre les différentes tendances théoriques.
De surcroît, se greffe une certaine transversalité thématique à la fois propre aux adaptations de Balzac (dans l'ensemble très fidèles à l'œuvre littéraire et en particulier les deux Colonel Chabert étudiés) et à toutes les adaptations en général. Il existe tout de même des mécanismes récurrents sans quoi toutes perspectives didactiques seraient impossibles.


Alors que le texte verbal ne travaille qu'une seule matière " la langue ", le texte filmique fonctionne au niveau de la mise en scène, mais celle-ci contient tous les éléments profilmiques, pour reprendre un terme de Christian Metz. Il s'agit des décors, des acteurs et leurs costumes, des dialogues, de la musique et de la mise en cadre liée à l'étude des plans et des paramètres techniques. En effet, n'oublions pas la lumière, la construction du champ et du mouvement dans le champ.


Notre travail ne reposait pas forcément sur une stratégie discursive, mais plutôt sur une stratégie de la perception de l'œuvre littéraire à travers le film. Celle-ci ne se limite pas à sa seule structure linguistique : transformer le travail sur le signifiant - signifié littéraire en langage cinématographique par l'exploitation des possibilités techniques de l'image.
L'adaptation se situe dans une géométrie de l'intersection, mais qui reste variable, comme un lieu d'échange et de circulation d'où l'idée d'une transversalité. Il n'était pas question de faire une approche systématique comme " une défense et illustration de la transformation filmique ". Il s'agit d'une évaluation souple de l'adaptation qui permet d'étendre notre réflexion sur des questions bien précises.


Comme le but principal de cette étude ne consistait pas en une analyse exhaustive des normes opérationnelles des films balzaciens, nous pourrions élargir nos pistes sur d'autres problématiques. Par exemple, la pratique transformationnelle des œuvres de Balzac pour le film, répond-elle à des déterminations que l'on peut qualifier de normatives ?

 

 

Compte rendu de l'auteur Gilles Visy à partir de son ouvrage " Le colonel Chabert au cinéma ", Paris : Publibook, 2003.


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