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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Il dono de Michelangelo Frammartino

(Il dono a été réalisé en 2003. Ce film a été présenté aux festivals d'Annecy 2003, de Thessalonique 2003, de Belfort 2003, de Tiburon (Californie) 2004 et de Varsovie 2004. Il a été primé à plusieurs reprises. Sortie en France : septembre 2004)

 

 

Production

Santamira Produzioni / Coop CARINA

Letizia Dradi

 

Scénario

Michelangelo Frammartino

 

Directeur de la photographie : Mario Miccoli

Son : Davide Sampieri

Décors : Giuseppe Briglia / Ferdinando Ritorto / Nicola Ritorto

Costumes : Lucia Perin

Montage : Michelangelo Frammartino

Assistant réalisateur : Tina Porcelli

 

Casting

Angelo Frammartino : le vieil homme

Gabrielle Maiolo : la jeune fille

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

Marceau Aidan : " Avec son tout premier long métrage, Michelangelo Frammartino, fait référence au passé en s'intéressant aux vieux du village de Caulonia en Calabre. Pourquoi cet intérêt particulier pour ce village perdu dans les montagnes au fin fond de l'Italie du Sud ? Frammartino nous répond avec ce film silencieux, peuplé de silhouettes. Il se penche sur le sort de cette minucsule entité, non pas pour en comprendre les causes, mais montrer "ce qui est maintenant". Au milieu d'une nature superbe et rude, le village ne comptant plus que quelques centaines d'habitants, vivote dans le souvenir de tous ceux partis aux quatre coins du monde. Le cinéaste filme à un rythme lent l'inéluctable désagrégation d'une communauté rurale". (Jeune cinéma, n° 286)

 

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Jean-Michel Frodon : " (...) Une fille à vélo qui fait du stop et couche avec les automobilistes qui l'emmènent au village haut perché sur une colline à proximité de la mer, des ruelles saturées de soleil, des rencontres où la microsociologie fait écho et distorsion aux situations romanesques. Le sexe, la technique, l'argent, la magie circulent. Plus le film paraît les observer avec soin, avec "objectivité" comme on dit, plus leur statut devient étrange - critique, très exactement. La beauté hiératique des plans composés de Michelangelo Frammartino, beauté dont il y a autant de bonnes raisons de jouir que de se défier, semble se creuser chaque fois d'une interrogation trouble qui questionne aussi bien notre propre attente de spectateur que la nature exacte de la scène à laquelle on assiste. L'intrigante scène de spiritisme domestique s'enrichit ainsi de la trivialité des gestes et des objets qu'elle requiert tout autant qu'une scène ordinaire chez le barbier s'inquiète progressivement du spectacle auquel nous sommes conviés. De l'existence quotidienne des habitants d'un village de Calabre pas plus que de la vie, la mort ou le désir, Frammartino n'a rien à dire et son film est remarquablement dépourvu de discours, implicite ou explicite. Il se contente (et c'est magnifique) de transformer en questionnement ce qui nourrit trop souvent thèses et antithèses (...). Le déroulement de l'histoire ne guide jamais l'organisation des séquences ni ne domine dans l'émotion que suscite une séquence. Il dono multiplie les modalités de détournement en forme de judicieux points d'interrogation (...) (Cahiers du cinéma, n° 594)

 

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Yannick Lemarié : " (...) Frammartino se lance, prend des risques pour forcer de qui résiste et atteindre ce qu'on a tendance, par paresse, à oublier ou à simplifier. Le temps par exemple. Il est en effet facile de se limiter à un seul récit avec un début, un milieu et une fin, mais le temps est plus complexe, moins homogène. Il est tantôt régulier quand il rythme les jours et les nuits, tantôt trépidant quand il s'inscrit dans la modernité technique (la sonnerie du téléphone à une heure avancée de la nuit), tantôt lent quand il suit le balancement régulier d'un panier. Il est indifférent selon qu'il concerne un homme et une femme, un vieillard et des adolescents. Dans le cas présent, il serait plus juste de mettre le pluriel car le cinéaste veut filmer ces temps qui coexistent et qui, plutôt que de se soumettre à la dictature de l'action, accompagnent les multiples et minuscules changements. Ce que montre Il dono c'est la vie diverse, ramenée à des gestes et prise dans son épaisseur. C'est aussi la mort. Il suffit d'observer la rouille qui attaque les carcasses des voitures, le bateau échoué sur la plage, les visages ridés de la majorité des habitants ou les enfants fossoyeurs (...). Au-delà des apparences, il y a une brutalité qui perdure, une violence qui passe du monde animal au monde humain (...). On comprend alors l'insondable solitude du vieil homme qui voit ses animaux disparaître les uns après les autres et qui, avant de quitter cette terre, n'a plus que le simple souci d'une voisine. En lui donnant un scooter, en lui rendant sa liberté, il reconnaît avoir été touché. Le mystère (d'un sentiment, d'un geste, d'un paysage, d'un film) a cela de beau qu'il se conjugue parfois avec le don. Comme le rappelle Frammartino (qui a choisi ce titre en hommage à Derrida), le don s'oppose à l'échange parce qu'il ne demande rien". (...) (Positif,n° 524)

 

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Isabelle Regnier : " (...) Il dono est un film à la beauté minérale qui a presque autant à voir avec la peinture qu'avec le cinéma. Plus précisément, son esthétique, son économie et sa nationalité l'inscrivent dans une tradition cousine de l'Arte Povera (...). Ce n'est pas un film social que nous livre le cinéaste, ni une lamentation. Michelangelo Frammartino appréhende ce lieu de manière froide, presque clinique. Il le filme comme un organisme vivant dans lequel s'interpénètrent le minéral et le végétal, un système en décomposition, perméable à toutes sortes d'éléments extérieurs, facteurs d'entropie croissante. Très rigoureux formellement, le film de déploie comme une composition plastique, un ensemble de trajectoires qui se croisent et s'entrechoquent dans de longs et larges plans. Qu'ils soient vivants ou inertes, les corps inscrivent des traces dans l'espace au gré de leur mouvement, du rythme auquel ils se déplacent, et en modifient les contours (...). Comme la vibration du téléphone sur la table, une jeune fille un peu simplette électrise par intermittence ce monde à bout de souffle en se donnant aux automobilistes du coin. Pulsion de vie muette, elle interfère avec la spirale locale en en accentuant la pente descendante. Son corps érotisé canalise l'énergie latente de cet environnement où le sexe n'existe plus, sauf sous la forme de quelques photographies aux couleurs criardes affichées sur un mur d'atelier ou de garage. La force sourde qui anime la jeune fille accompagne dans une étrange harmonie une autre trajectoire, neutre et répétitive, une boucle temporelle qui s'enclenche infailliblement chaque fois qu'elle s'offre à quelqu'un". (...) (Le Monde, 29 septembre 2004)

 

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Olivier Séguret : " (...) En dépit de son apparent mutisme, Il dono est un film plein d'un temps vide. Un espace somptueux évidé de sa temporalité depuis que, par milliers, les habitants de Caulonia ont choisi l'exil plutôt que la misère, si on peut appeler cela un choix. Toute cette humanité démissionnée,ces temps perdus, ces histoires absentes, ces villageois fantômes, remplissent de leur vide le paysage unique du film, son panorama sensible. Le film n'est pas muet mais silencieux. Il agit comme une peinture filmée qui nous donnerait le sentiment de marcher lentement, sereinement, dans un tableau proustien (...). L'architecte saisit le village dans sa grâce lépreuse avec une sorte de révérence à l'urbanisme (et à l'urbanité) des Anciens. Il compose une musique du silence éminemment beckettienne. Il pousse son propre film de pur cinéma dans les derniers retranchements de l'expérimental, faisant d'Il dono un cas assez rare de film aussi idéalement destiné à la salle de projection classique qu'à l'installation muséale. La démonstration d'Il dono, tout aphasique qu'il soit, est éloquente : c'est un film qui grandit à mesure qu'il soustrait, là où tant d'autres cinéastes ne cessent d'additionner, noyant l'écriture des films sous les déluges d'un visuel surchargé. Ici, nous avons affaire à du plan, de l'image, du temps filmé, mais jamais à de l'iconographie, de l'illustration ou de l'effet". (...) (Libération, 29 septembre 2004)

 

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A lire également

 

-L'entretien avec Michelangelo Frammartino réalisé par Isabelle Regnier et paru dans le numéro du Monde daté du 29 septembre 2004

 

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