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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Vert Paradis d'Emmanuel Bourdieu

 

 

Production

Arcapix / Arte France Cinéma

Pierre Chevallier / Gilles-Marie Tiné

 

Scénario

Emmanuel Bourdieu / Denis Podalydès / Marcia Romano

 

Directeur de la photographie : Yorick Le Saux

Musique : Grégoire Hetzel

Son : François Guillaume

Décors : Mathieu Menut

Costumes : Charlotte Betaillole

Montage : Rose-Marie Lausson

 

Casting

Denis Podalydès : Lucas

Natacha Régnier : Isabelle

Clovis Cornillac : Simon

Emmanuelle Riva : la mère de Lucas

Nicolas Silberg : le père d'Isabelle

Scali Delpeyrat : Louis Cazenave

Catherine Salviat : la mère de Simon

Saliha Fellahi : Inès

Caroline Proust : Sophie

(...)

 

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

François Bégaudeau : "Vert Paradis sans cesse de redouble et se dédouble, sans cesse complique les corps simples qu'il façonne, sans cesse déjoue ce qu'il installe (...). Mosaïque d'actes à effet nul, Vert Paradis est dans sa globalité l'histoire d'une transhumance avortée. Il s'agissait de donner un dehors à un cinéma français que, coscénariste, entre autres de Comment je me suis disputé..., Emmanuel Bourdieu avait contribué à porter au sommet, mais aussi à un certain étouffement. Prendre l'air, c'était le mot d'ordre, aller voir ailleurs dans l'espoir que je n'y sois pas(...). L'intellectuel n'a pris le vert qu'entre parenthèses, sa rééducation à la campagne n'était qu'une villégiature. L'échec était couru d'avance. Emmanuel Bourdieu sait trop la difficulté de s'implanter, et plus généralement d'être là. C'est pourquoi il filme la fête du village comme une scène à faire qu'il ne fera pas (...). Mais alors pourquoi y aller ? Pour montrer peut-être à quel point il n'aurait pas fallu. Anti-ambition affichée en permanence par un film visuellement très humble, avare en saillies formelles et peu inquiet de sa proximité avec le minimalisme télévisuel. Rigueur philosophique, noble humilité, manque de souffle ? Dans tous les cas l'opération avalise le constat d'un statu quo dans le combat discret que se livrent deux familles cinématographiques nationales. Au fétichisme qui, depuis quelques années, entoure toute parcelle de terre et de réel, aux mystiques provinciales tout à fait d'époque, le cinéma citadin, auteuriste et parleur, n'oppose que l'argument défensif d'un déni ontologique. Et comment adhérer à un film qui ne fait que s'effleurer ? Comment dire oui à ce qui soi-même se refuse ?". (Cahiers du cinéma, n° 587)

 

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Serge Kaganski : " (...) Passé ce prologue sociologique, Emmanuel Bourdieu passe à son vrai sujet qui n'est pas le célibat en Gascogne mais l'indécision, l'incertitude, le flou. Indécision d'un sociologue (...) qui délaisse la rigueur scientifique de son enquête pour des égarements personnels hors sujet, qui ne sait pas trop qui il aime et par qui il est aimé (...). Incertitude de l'amie d'enfance qui hésite entre le Béarn et la capitale, entre le mariage confortable et la flamme pour Podalydès dont elle ignore les sentiments. Flou du destin d'une cassette qui n'est pas entendue comme il faudrait puis qui est écoutée comme il ne faudrait pas (...). Le seul qui sait ce qu'il veut c'est Clovis Cornillac. Mais il est justement trop d'un bloc, y compris dans la façon dont il est dessiné, béret sur le crâne, clope tombante au coin des lèvres et faux accent gascon. L'acteur, excellent par ailleurs, en devient caricatural, un peu à côté de la plaque de ce film (...). La vraie ligne de force de Vert Paradis c'est la relation Régnier/Podalydès, c'est le suspense sentimental qui naît entre eux, c'est la façon dont on peut passer à côté de sa vie ou louper une grande histoire d'amour qui vous tend les bras (...). Vert Paradis est à son meilleur quand il joue modestement cette note déchirante : ici ce n'est pas la guerre des classes sociales ou la guerre tout court qui sépare les amants mais un petit quiproquo (le son sans l'image) et la pusillanimité d'un garçon indécis". (Les inrockuptibles, n° 429)

 

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Isabelle Regnier : " (...) Filmés dans des plans très simples qui trouvent leur relief dans leur conjugaison avec la délicate partition musicale de Grégoire Hetzel, trois personnages principaux sont liés par une communauté d'origine - le village béarnais de Lesquire - et une condition commune - un rapport heurté au monde, une incapacité à y être, ici et maintenant. A partir de ces retrouvailles entre amis d'enfance, Emmanuel Bourdieu crée une fiction fondée sur le non-dit, sur le regret, le rattrapage impossible. Il la met en scène selon un système de circonvolutions vaines, de ratages, de fausses pistes tendues aussi bien aux personnages qu'au spectateur. La tension se noue chez la mère de Lucas dans une scène quasi théâtrale. Isabelle et Lucas sont dans le salon; Simon sonne à la porte. Pendant que Lucas descend à la cave, Simon s'en va et Isabelle enregistre sur le magnétophone de Lucas une déclaration d'amour. L'intéressé entend mais imagine qu'elle parlait à Simon. Dès lors, la cassette devient le lieu d'un suspense dont la charge dramatique ne se dénouera jamais. Lucas écoutera la cassette trop tard pour que cela produise quoi que ce soit. Une culpabilité diffuse, liée à la mort de son père et à l'indifférence qui fut alors la sienne, se révèle chez le chercheur lorsqu'il apprend que Simon l'a accompagné dans ses derniers moments. Il investit dès lors celui-ci d'une aura héroïque, se passionne pour l'histoire de son mariage avorté avec Isabelle, y voit une tragédie peuplée de personnages mythifiés (la mère de Simon notamment, femme déchue devenue une véritable sorcière). Comme pour se racheter de sa longue absence, il se ferme au jeu de séduction qui s'installait entre la jeune femme et lui et se charge, envers et contre tout, de la mission démiurgique de réunir les anciens amants. Comme si Bourdieu les filmait à travers un filtre, les personnages évoquent tous des figures mythologiques monolithiques, que ce soit Isabelle, dans sa timidité brusque et illuminée, Simon en icône de la paysannerie ou Lucas, absent au monde et déphasé par rapport à ses émotions. Fantomatiques, tous trois évoluent dans des plans aux horizons bouchés, comme celui montrant Simon de dos, gravissant la colline qui mène chez sa mère, toujours sous le même angle, celui par lequel Isabelle le vit disparaître pour la dernière fois, avant de le quitter à jamais. Pas d'idéalisation d'une quelconque ruralité originelle ici. Au contraire : c'est de l'impossibilité du retour qu'il est question. Comme si Emmanuel Bourdieu avait voulu tracer une cartographie des angles morts". (Le Monde, 18 février 2004)

 

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A lire également

 

- L'entretien avec Emmanuel Bourdieu réalisé par Dominique Widemann (www.humanite.presse.fr/journal/1990-12-29/1990-12-29-807906)

-Les propos d'Emmanuel Bourdieu et de Natacha Régnier recueillis par Pierre Lucas et Alessandro Di Giuseppe (www.lequotidienducinema.com/critiques/vertparadis_critique/critique_vert_paradis.htm)

- La critique du film par Anne-Laure Bell (www.fluctuat.net)