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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Nobody Knows de Hirokazu Kore-eda

 

Production

TV Man Union

 

Scénario

Hirozaku Kore-eda

 

Directeur de la photographie : Yutaka Yamazaki

Musique : Gontiti / Takato Tate

Son : Yutaka Tsurumaki

Montage : Hirozaku Kore-eda

 

Casting

Yuuya Yagira : Akira

Ayu Kitaura : Kyoko

Hiei Kimura : Shigeru

Momoko Shimizu : Yuki

Hanae Kan : Saki

You : la mère

(...)

 

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

Philippe Azoury : " (...) Nobody Knows n'est tendre qu'en apparence. A l'intérieur, c'est un film qui ne lâche rien, pas un gramme d'épanchement, tout à l'image de son héros : silencieux et endurci, marmot en armure, terrorisé et fort. On comprend d'autant moins pourquoi Kore-eda a choisi comme musique une ritournelle mélancolique dont la puissance de nuisance envahit la dernière moitié du film, massacrant certaines séquences en poussant à fond le curseur toujours délicart des grandes émotions "zenfantines", là où la mise en scène, au contraire, s'appuie sur une force de caractère qui fait froid dans le dos. Cet alliage d'émotivité à tous crins et de rigueur dans le regard en a dérouté plus d'un (...). Nobody Knows porte bien son nom : son seul horizon est le silence, celui de la dernière séquence, véritable ferment du film, avecun petit corps mort dans une valise que l'on enterre sans se dire le moindre mot". (...) (Libération, 10 novembre 2004)

 

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Olivier de Bruyn : " (...) Inspiré d'un fait-divers, le quatrième film de Kore-eda fait preuve d'exigence et de pudeur dans le traitement d'un sujet pourtant propice à une déferlante de sensiblerie et d'effets chocs. Choisissant la voie la du plus scrupuleux réalisme le film aligne les scènes intimistes, la plupart dans l'appartement où sont confinés les quatre enfants. La direction d'acteurs, impressionnante, fixe au plus près l'ennui et la funeste répétition des heures jusqu'à ce que, décidés à échapper à la claustration, les héros juvéniles quittent ponctuellement l'appartement et se trouvent confrontés au monde extérieur, ignorant de leur sort. Kore-eda joue habilement avec les limites naturalistes qu'il s'est à lui-même imposé,mais, sur une durée de deux heures trente, la fiction n'échappe pas toujours aux pièges de la répétition volontariste et du surplace". (...) (Positif, n° 521-522)

 

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Gérard Camy : " (...) Kore-eda, avec des techniques propres au documentaire et une sensibilité à fleur de peau nous fait vivre à l'intérieur de cet appartement exigu les moments de complicité, de tristesse, d'espoir, de découragement. "Je ne voulais pas montrer l'enfer vu de l'extérieur mais la richesse de leur vie, vue de l'intérieur" le tournage dans l'ordre chronologique que donnent au film un réalisme certain, mais le regard porté par Kore-eda sur l'évolution des sentiments, à travers d'infimes détails de la vie quotidienne, s'illumine d'une poésie précieuse, soutenue par une musique à base de guitare et d'ukulélé. Refusant toute approche mélodramatique, le cinéaste construit un film d'une beauté absolue. La grande sobriété du montage n'exclut jamais une inventivité extrême (la mort de la petite fille). Tour à tour, triste, pathétique, tragique, le destin de ces quatre petits exclus provoque une émotion rare". (Jeune cinéma, n°290)

 

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Jean-Christophe Ferrari : " (...) La mise en scène de Kore-eda réussit à imposer, en accumulant des instantanés qui, isolés, sembleraient sans doute abstraits et conventionnels, une ligne claire et épurée, somme toute émouvante (...). La persévérance du style traduit assez bien l'insouciance butée de ces quatre enfants abandonnés par leur mère. Ainsi que leur capacité à créer une réalité riche et harmonieuse en dépit de la situation tragique dans laquelle ils sont plongés. Le film égrène les saisons (...)délaissant peu à peu l'espace exigu de l'appartement pour les espaces plus ouverts des rues et des parcs. Le déroulement d'une année scolaire coïncide avec l'aventure initiatique de ces bambins, ce qui confère à leur trajet une épaisseur une densité de sens qui tient de la métaphore voire de l'allégorie. Akira, Kyoko, Shigeru, Yuki et Saki découvrent en une année tout ce qui constitue une vie humaine : l'abandon, la pauvreté, la solitude, la mort mais aussi l'amour, la complicité, la liberté". (Positif, n° 525)

 

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Thierry Méranger : " (...) Entreprise de déminage, Nobody Knows inclut, pour les désamorcer, la plupart des figures imposées du mélo. L'abandon de la mère, l'accusation de l'innocent, la souffrance des enfants ou la disparition de la cadette sont autant de moments clés où le film rejette la facilité de l'indignation. Pas de scandale à dénoncer ni de cruauté à exhiber (...). Si le film séduit par ce qu'il nous épargne, il fascine par ce qu'il donne à voir du mûrissement des êtres et des choses au fil de séquences manifestement tournées selon la chronologie d'une intrigue qui intègre aussi bien la puberté naissante du jeune Yuuya Yagira que l'usure de ses chaussures de sport. On comprend alors l'enjeu d'un des plus beaux moments de Nobody Knows. Les mains des enfants, au sortir de l'appartement, arrachent au sol des mottes de terre puis collectent des graines. Mise en scène du désir de faire pousser, de voir grandir. Echo troublant au projet filmique de Koreda. Confirmation poignante autorisée (...) par les ellipses de la narration : à l'image absente de l'accident sera venue se substituer par anticipation celle d'une autre chute". (...) (Cahiers du cinéma, n° 595)

 

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Pierre Murat : " (...) Hirozaku Kore-eda filme la grande ville exactement comme l'appartement des enfants. Un huis clos gigantesque. Un soir, la petite Yuki décide de se rendre à la gare où, elle en est sûre, sa mère va réapparaître. Akura accepte de l'y conduire. La fillette a chaussé dessandales rouges qui couinent à chaque pas. Et on suit avec tendresse ces deux silhoettes tragicomiques qui, dans les rues nocturnes, semblent avancer vers un fantôme. Un but qui se déroberait sans cesse. Tout joyeux d'abord à l'idée de jouir d'une liberté inattendue. Akira et les siens finissent par découvrir dans tout cet espace une prison supplémentaire. Le plus poignant dans cette chronique qui se joue sur quatre saisons, c'est la douleur de la descente aux enfers. Hirozaku Kore-eda enchaîne les scènes courtes, répétitives, obsessionnelles. Chaque détail compte : le piano rouge miniature sur lequel s'amuse Kyoko. La pâte à modeler avec laquelle Shigeru sculpte ses figurines distordues. Chaque silhouette importe : la petite vendeuse triste du drugstore qui se fait engueuler par son patron parce qu'elle ne plie assez vite ses sacs en plastique (...). Et lorsque le drame surgit, le cinéaste mise sur l'ellipse. Ni cris ni larmes. Juste une main sur un corps soudain immobile". (...) (Télérama, 10 novembre 2004)

 

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Thomas Sotinel : " (...) La tâche que s'est assignée Kore-eda, c'est de filmer des enfants qui retournent progressivement à l'état sauvage. Le malheur d'être enfant est un matériau à manipuler avec d'extrêmes précautions (...), il faut garder une distance raisonnable, ne pas idéaliser les enfants (...). Il arrive que l'on puisse succomber à une surdose d'antidote. C'est le sort de l'émotion dans Nobody Knows. Kore-eda est pourtant un cinéaste sensible. Son habileté à saisir les gestes et les expressions des enfants, sa faculté à traduire en images des sensations qui relèvent du goût ou de l'odorat sont admirables, tout comme la clarté d'une narration souvent privée de dialogues. Mais ce laconisme a son revers : (...) les enfants ne sont que des silhouettes opaques, définies par des tics ou des manies. Les artifices de mise en scène, souvent virtuoses, semblent n'avoir d'autre raison d'être que d'étouffer l'émotion, l'empathie qui ne demandent qu'à surgir. La partition, musique d'ameublement d'un goût aussi parfait que sa froideur, concourt à cet assèchement progressif. Si bien que, lorsque Nobody Knows arrive à sa conclusion, ses dernières scènes - qui devraient atterrer - suscitent une espèce de soulagement, comme si le spectateur avait été amené par le metteur en scène à partager le constat d'échec". (...) (Le Monde, 10 novembre 2004)

 

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