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Dias de campo de Raul Ruiz
Production
Margo Films / RR Produciones
François Margolin
Scénario
Raul Ruiz
Directeur de la photographie : Inti Briones
Musique : Alfonso Leng / Jorge Arriagada
Son : Felipe Zabala / Jean-Denis Buré / Gérard Rousseau
Montage : Jean-Christophe Hym
Casting
Marcial Edwards : don Federico à 60 ans
Mario Montilles : don Federico à 90 ans
Bélgica Castro : Paulita
Ignacio Aguero : Daniel Rubio
Rosita Ramirez : Petita
Monica Echeverria : la Dame
Carlos Flores : l'avocat Ursua
Francisco Reyes : le docteur Chadian
Amparo Noguera : Mlle Chazal
Christian Quezado : Carcamo
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Philippe Azoury : " (...) Il n'est pas interdit d'y lire un autoportrait du cinéaste en nostalgie. Si ce n'est que cette autoréflexion ne porte pas sur le retour aux sources ni même sur le vieillissement des choses. Elle repose sur l'absence, ce vide autour duquel s'est dessinée cette parenthèse dans le temps et que le film enserre de ses rets. Il piste la moindre proposition, le moindre fil à dérouler de l'imaginaire, invente une vie sous la vie : à la recherche du temps évanoui, sous l'épaisseur, sous le ciel politique, sous les charmes de l'invisible (...). Le film préfère se perdre dans les sombres et immenses pièces d'une maison bourgeoise, caressée sous tous les angles possibles, dans laquelle trône un objet fétiche en la qualité d'une gouttière d'où continuent de tomber des gouttes, même s'il n'y a plus de pluie depuis longtemps. c'est comme toujours, un Ruiz irrésumable, intemporel. Et crépusculaire, rappelant les derniers Oliveira. C'est un film drôle, d'une drôlerie savante". (...) (Libération, 15 décembre 2004)
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Jean-Luc Douin : " (...) Dans un monde où l'écrivain entend des voix, où les gouttes tombent même quand il ne pleut pas, où un fantôme se profile derrière une porte translucide, où une femme s'invente un fils, mime une agonie pour éviter d'aller le voir, très loin, à Antofagasta, et ressuscite une fois la menace du voyage dissipée, on pourrait ne plus savoir très bien qui rêve de quoi, mais Raoul Ruiz réussit à maintenir son récit dans une logique irréfutable. Ces glissements naturels entre un univers à la Julio Cortazar et des tableaux où la lumière du soir vient frapper une table sur laquelle trônent des fleurs en vase donnent lieu à des plans étranges (...) et des dialogues poétiques (...). Pour pudique qu'elle soit, la manière qu'a choisie Ruiz pour battre la campagne à la poursuite ce ces hommes de nulle part serre le coeur". (Le Monde, 15 décembre 2004)
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Yannick Lemarié : " (...) Il est vain de chercher une seule entrée dans le film ou de vouloir convoquer la raison car, quelle que soit l'explication qu'on proposera, elle aura sa logique. Le monde que représente le cinéaste est poreux et tout porte à penser qu'il y a, pour reprendre les mots d'André Breton, "un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable cessent d'être perçus contradictoirement". Ruiz, avec une maestria qu'il convient de saluer encore une fois, réussit à faire accroire que la vie et la mort sont à ce point mêlées que les habitants de chaque contrée se rendent de mutuelles visites et qu'il n'existe plus deux lieux ou deux époques irréconciliables mais un "pays de pluies" où vieux et jeunes se côtoient, où les spectres reviennent sur les lieux de leur enfance, où l'imagination fait douter de la réalité et la réalité de l'imagination... (...). Bien loin de simplifier la réalité, le cinéaste en dévoile toute la complexité même s'il lui faut pour cela user des oppositions les plus flagrantes et juxtaposer les attitudes les plus contradictoires (...). (Positif, n° 526)
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Jacques Morice : " (...) Le film s'écoule selon une logique hasardeuse ou secrète, comme si quelqu'un feuilletait pour nous un album de photos, s'arrêtait sur une page, revenait en arrière. Nul récit ni péripéties, juste des instantanés anodins mais qui recèlent une part d'étrangeté à la fois calme, absurde et inquiétante. Qu'il y ait un but à l'histoire - la photo enfin recollée de deux amis d'enfance perdus de vue - ne change guère la nature profonde de ce retour aux sources nimbé de mélancolie (...). Rien ne nous dit d'ailleurs avec certitude où se situe ici le passé, ni qui il est, sinon le personnage central, insaisissable. Il faut dire que le flacon - on boit ici consciencieusement - filtre ce monde, créant trouble et ivresse. Les fantômes s'invitent et il est impossible de les distinguer des vivants. Tous sont des étrangers, comme Ruiz dans son propre pays, à sa propre vie. On ne l'avait jamais vu le formuler ainsi de manière si directe, avec un détachement tendre et souverain tel qu'on en a presque la gorge serrée". (Télérama, 15 décembre 2004)
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Jean-Philippe Tessé : " (...) Pour Raul Ruiz, le Chili semble le terrain unique où renouer, au coeur de son paysage, avec un imaginaire littéraire qu'il a toujours caressé au fil de l'exil. Le réalisme magique sud-américain bien sûr, qui le nourrit comme l'échoppe du vieil antiquaire aguiche l'oeil du flâneur parisien. Dias de campo est l'adaptation- mieux : le rétablissement d'un souvenir de lecture - de plusieurs nouvelles de Federico Gana, auteur chilien peu connu ailleurs qu'en son pays. il est infiltré de scènes de la vie provinciale propres à cet imaginaire (description de la vie d'un domaine, discussions politiques des bourgeois où l'un réclame un dictateur, l'autre une révolution), en même temps qu'il est une démonstration supplémentaire de la Continuité des parcs cortazarienne : difficile en effet de savoir qui rêve qui, qui est le songe de quoi, du passé ou de la maison, vu vieil homme aux allumettes ou de l'écrivain en mal d'inspiration ("don Federico, comment va le roman ?"). La nostalgie ensoleillée du film, sous l'ombre d'une inquiétude apportée par les visiteurs en tous genres au domaine, vient sans doute de cette délicieuse incertitude qui est manière de suspendre le temps et de revenir en terre natale en visiteur soi-même, pour s'y arrêter". (...) (Cahiers du cinéma, n°596)