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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Le Silence d'Orso Miret

 

 

Production

Sunday Morning Productions / Nathalie Mesuret (prod. dél.)

 

Scénario

Orso Miret / Roger Bohot / Agnès de Sacy

 

Directeur de la photographie : Olivier Chambon

Musique : Reno Issac

Son : Martin Boisseau

Décors : Christian Roudil

Costumes : Ann Dunsford

Montage : Bénédicte Brunet / Agnès Bruckert

 

Casting

Matthieu Demy : Olivier

Natacha Régnier : Marianne

Thierry De Peretti : Vincent

Muriel Solvay : la caissière

Pierre-Marie Mosconi : Dume

Didier Ferrari : Pierrot

Laurent Barbolosi : Pierre-Marie

Olivier Guglielmi : Jeannot

Thomas Bronzoni De Caraffa : François

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

Gérard Camy : " (...) Avec ce deuxième film Orso Miret reprend ce thème du secret, du silence, tant du point de vue individuel que collectif. Pourquoi un individu, une communauté décident de garder le silence ? Que cherchent-ils à protéger ou à cacher d'eux-mêmes ? Les réflexions de Miret sont tout à fait passionnantes et la séquence du commissariat en est une illustration douloureuse : tout en accomplissant ce qu'il estime être son devoir de citoyen, Olivier s'interroge sur les raisons profondes qui l'ont conduit à ce cheminement. Du premier sanglier qu'il affronte (tétanisé, il le laisse s'éloigner sans tirer) au dernier qu'il va tuer dan un accès de violence magistralement mis en cène, l'évolution d'Olivier (Mathieu Demy intériorisé et obsédé par le doute) est à la fois évidente et complexe. Elle se confond avec le passage initiatique vers l'âge adulte (...). L'évolution d'Olivier se fait dans la souffrance. D'abord témoin oculaire, spectateur passif de sa propre vie, le jeune homme finit par agir. Sang de la bête mourante, saignement de nez chez Marianne, sang tombant goutte à goutte du morceau de viande crue qu'Olivier a perdu dans la cave... Le sang tisse les éléments du récit, devient métaphore d'une filiation, d'un état psychologique où l'angoisse se mêle à la culpabilité. Et Miret enfonce le clou en quelques belles scènes en noir et blanc où la jeune fille assassinée, à la fois femme réelle et apparition hiératique, vient hanter les cauchemars d'Olivier. Refusant toute simplification psychologique, Le Silence est un film violent, abrupt et dérangeant". (Jeune cinéma, n°293)

 

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Jean-Luc Douin : (...) La cible d'Orso Miret est l'omerta,cette culture du silence. Ayant raté sa proie lors de sa première chasse? Le personnage hébété qu'interprète Mathieu Demy en reflet du metteur en scène, c'est-à-dire en position de retrait, intériorisé, quasi muet, spectateur passif, supplie le seul témoin de sa défaillance de ne pas en parler aux autres (...). Orso Miret s'interroge sur la nécessité pou un individu de garder le silence. Que cherche-t-on à protéger ou à cacher de soi-même en "faisant le mort" ? Le Silence baigne dans une atmosphère de fidélité viscérale aux liens ancestraux. La chasse, la traversée du village, révèlent les luttes de clans, des rivalités de territoires, des divergences politiques et familiales (...). En contrepoint du dilemme du héros, Orso Miret montre par des images oniriques en noir et blanc, au ralenti, une épouse destinée à rester étrangère aux tumultes identitaires. Ces flashes mentaux d'une porteuse de foetus, ces bains irréels dans une rivière épargnée par les symptômes morbides de la civilisation peuvent être vus comme une volonté de saturer le film de signes" (...) (Le Monde, 29 décembre 2004)

 

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Annick Peigné-Giuly : " (...) Dans cette vallée enchâssée de pics brumeux, sillonnée par les battues d'hommes en tenue de camouflage, Olivier trouve le reflet de son paysage intérieur. Taraudé par la vie qui s'annonce dans le ventre de Marianne mais aussi par le vieux désir de se fondre dans ce groupe de chasseurs. Devenir père ou devenir un homme comme eux, la déchirure semble originelle pour Olivier. Elle reste intime et muette jusqu'à ce qu'un faits divers pulvérise les sentiments du jeune hommet (...). Le jeune cinéaste réalise là un film puzzle qui avance en piétinant, en fouissant des sols archaïques. Ceux de la violence, de la transmission, de l'origine ou de l'amour. Dans cet état second qu'Olivier couve, le fait divers intervient comme une décharge (...). Orso Miret ne fait pas là un film sur la Corse. Mais un film sur son rapport schizophrénique à la Corse (...). L'enjeu personnel est si fort que le film s'égare parfois dans la divagation musicale monochrome ou onirique en noir et blanc". (...) (Libération, 29 décembre 2004)

 

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Vincent Thabourey : "Ce qui saisit d'emblée dans la scène d'ouverture du Silence, c'est le cadre, la maîtrise avec laquelle le réalisateur délimite un espace fictionnel, intime et courroucé, qui rend l'image immédiatement évidente. Il empoigne le paysage, en l'occurrence celui des montagnes corses, en lui donnant une respiration oppressée, relayée par son acteur principal, Mathieu Demy, égaré dans une partie de chasse. Cette manière abrupte et cinglante d'embrasser le monde est d'autant plus prégnante qu'elle recourt au format scope qui renforce l'amplitude du film et lui donne une onalité épique (...). Cette partie de chasse inaugure le film pour disparaître et réapparaître, au final, chargée d'un sens nouveau au regard des évènements vécus par le personnage principal (...). Outre sa vertu métaphorique et métonymique du versant obscur de la société corse, cette partie de chasse est vibrante de violence. Elle est physique. Elle repose sur les corps, leur dynamique parfois incontrôlée, leur pulsation, leurs chutes et leurs errements. Et quand la bête est touchée, la souffrance animale n'est pas évacuée, elle est brutale, montrée sans affect". (...) (Positif, n° 527)

 

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