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Uzak de Nuri Bilge Ceylan
(Ce film a reçu le Grand prix du festival de Cannes 2003 ainsi que le prix d'interpétation masculine. Uzak est sorti sur les écrans en janvier 2004)
Production (Turquie)
NBC Film
Nuri Bilge Ceylan / Feridun Koç
Scénario
Nuri Bilge Ceylan
Directeur de la photographie : Nuri Bilge Ceylan
Direction artistique : Ebru Ceylan
Son : Ismail Karadas
Mixage : Erkan Aktas
Montage : AyhanErgüsel / Nuri Bilge Ceylan
Casting
Muzaffer Özdemir : Mahmut
Mehmet Emin Toprak : Yusuf
Zuhal Gencer Erkaya : Nazan
Nazan Kirilmis : l'amante
Feridun Koç : le concierge
Fatma Ceylan : la mère
Ebru Ceylan : la jeune fille
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Sylvain Coumoul : " (...) Uzak retrouve le sujet du roman L'Invitation chez les Stirl de Paul Gadenne : le malaise, d'abord repérable à des riens, entre celui qui donne et celui qui reçoit l'hospitalité. Entre l'hôte et l'hôte en somme, selon une belle vérité de notre langue qui recouvre d'un mot deux composantes de ce couple. Ne disposant pas, comme Gadenne, de l'outil du monologue intérieur, et refusant l'artifice de la voix off qui orienterait l'identification vers tel ou tel des protagonistes, Nuri Bilge Ceylan traite le personnage de Mahmut, photographe installé à Istanbul, et celui de Yusuf, son cousin débarqué de leur village natal, strictement à parts égales. Leurs deux consciences se partagent le film, semblent même un moment s'en disputer la signification, et ne fondre que le temps d'un regard final et prolongé de Mahmut sur les eaux du détroit. Uzak désamorce toutes les stratégies formelles qu'on attendrait de lui (...). C'est la fin du lieu comme point particulier d'une topographie, au profit de son omniprésence comme idée et comme sensation. Une présence-absence où n'a plus cours la chimère d'un destin individuel". (...) (Cahiers du cinéma, n° 586)
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Heike Hurst : " (...) Un film pour aller rendre visite à un homme à la silhouette usée, ni vieux ni jeune, un film pour le regarder vivre. Un film très pudique, où la parole n'arrive jamais à temps, où le décalage entre le désir et l'énonciation de ce désir représente les ratés d'une vie. Et pourtant un film où l'on rit des situations burlesques qui naissent, inattendues, du quotidien le plus banal (...). Révélateur des déceptions et du vide de son existence, Yusuf, avec son trop plein d'envies lui rappelle ce qu'il a été lui-même : un jeune type vivant, direct, généreux et amoureux. Ce que dit le film avec ses images : l'échec de ceux qui ne saisissent pas la vie, l'amour, ont peur de s'engager dans l'émotion, cultivent par contre le chagrin et la mélancolie. Un film désespéré sur les ruptures entre les générations, les hommes et les femmes, un film où l'on rit souvent parce que chacun se reconnaît dans les ratés de leurs existences". (Jeune cinéma, n° 283)
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Jacques Mandelbaum : " (...) D'un certain point de vue, Uzak n'est rien d'autre que le récit de cette cohabitation forcée, ou plus exactement sa mise en scène, soit sa traduction selon ces trois axes privilégiés que sont l'espace, la parole et le temps. Qu'il s'agisse de la caractérisation de personnages, qui ne partagent rien en dépit de leur proximité, ou des changements de cadres (...), cette mise en scène est tout entière dominée par la dialectique du proche et du lointain. Cette dernière colle si intimement au film qu'elle s'insinue jusque dans l'intérieur des plans, qui se révèlent le plus souvent porteurs de deux réalités dont la coexistence est rendue problématique par leur proximité même, dans le cadre (premier plan et arrière-plan), dans la définition de l'image (net et flou) ou dans l'organisation de l'espace (les portes comme autant de frontières). Cette capacité à suggérer une situation morale (l'incompatibilité des points de vue) par un pur agencement technique (des corps dans l'espace, de la mise au point de la caméra, du trouble de la vision qui en résulte) signale une grande intelligence du cinéma". (...) (Le Monde, 14 janvier 2004)
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Alain Masson : " (...) Si la durée de plans simplement posés, et souvent capables de constituer chacun une scène par lui-même, favorise les disparitions par effacement d'une silhouette à l'arrière-plan, fermeture d'une porte ou sortie du champ, et maintient l'incertitude sur l'objet narratif de ces images, la diversité des aspects ou des présences, des bruits, des détails inattendus suggère que le réel se dérobe au récit dans la mesure où il s'affirme seul, sans égards pour les souvenirs et les projets. Peu de dialogues. Beaucoup d'ellipses (...). Le fil est souvent trop ténu pour faire autorité (...). Il arrive que l'agencement des plans successifs ne spécifie guère, par cette sélection mutuelle qui ajuste d'ordinaire annonces et suites, les présences propres à maintenir un courant narratif. La réalité ne se constitue pas par nature en conteur, il est bon que les films n'ignorent pas toujours cette contumace. Ce n'est qu'au prix de longs détours que les choses pèsent ici leur poids décisif (...). Aussi le montage joint-il moins des fragments de représentation que des grains de monde que traversent des apparitions diverses et qu'unissent entre eux une durée plane, un rythme peu marqué, un tempo lent. Ils se ressemblent et s'assemblent par défaut de détermination, en allégories indéchiffrables. Pour provoquer la contemplation sans doute moins que pour combattre l'illusion de l'approprié". (...) (Positif, n° 515, janvier 2004)
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A lire également
- L'article consacré à la réception du film en Turquie, par Nicolas Monceau (Le Monde daté du 14 janvier 2004)
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