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La Demoiselle d'honneur de Claude Chabrol
Production
Alicéleo / Canal Diffusion / France 2 Cinéma / Integral Film
Françoise Galfré / Patrick Godeau
Scénario
Pierre Leccia / Claude Chabrol
d'après le roman de Ruth Rendell
Directeur de la photographie : Eduardo Serra
Musique : Matthieu Chabrol
Son : Pierre Lenoir / Thierry Lebon
Décors : Françoise Benoît-Fresco
Costumes : Mic Cheminal
Montage : Monique Fardoulis
Casting
Benoît Magimel : Philippe Tardieu
Laura Smet : Senta / Stéphanie
Aurore Clément : Christine
Bernard Le Coq : Gérard Courtois
Solène Boutton : Sophie
Anna Mihalcea : Patricia
Pierre-François Dumeniaud : Nadeau
Michel Duchaussoy : le clochard
Suzanne Flon : Mme Crespin
Eric Seigne : Jacky
Philippe Duclos : le capitaine de police
Thomas Chabrol : lieutenant Laval
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Philippe Azoury : " (...) Chaque mouvement de caméra est justifié et réfléchi, fût-ce en quatrième vitesse. Manie de vieux mais belle manière quand même. Rien n'y est gratuit et pourtant tout est vide de sens. C'était le définitions de la bourgeoisie, c'est devenu l'enseigne assoupie du vieil anar sympathique. On finit toujours par ressembler à ceux contre qui on travaille... Dépression mises à part, La Demoiselle d'honneur a quelque chose d'interminable (...). Endormis, ses coups sont sans férocité réelle : attaque contre la petite bourgeoisie pavillonnaire, caricature des fils à maman, charge contre les ados "piercés", tout cela saupoudré d'un peu d'intrigue à la Ruth Rendell. Tout aussi "naphtalinée", son idée de la jeunesse incarnée par la silhouette de fils, mi-raide, mi-sombre, de Benoît Magimel (...). Lequel s'éprend d'une fille (folle) en même temps que d'une statue (froide). Belle idée fétichiste un peu Cocteau (...). Heureusement il y a Laura Smet qui traverse le film en apparition chimique, forte d'une photogénie tout à fait exceptionnelle". (Libération, 17 novembre 2004)
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Fabien Baumann : " (...) L'une des oeuvres de Claude Chabrol les plus convaincantes de la décennie, parce que dense, compacte, et pour une fois dénuée de toute complaisance, La Demoiselle d'honneur repose éternellement la même question : "On a l'impression que vous n'avez aucune raison de vivre, aucune". L'enjeu du film, thriller criminel, puisque Chabrol ne s'exprime plus que par ce biais, mais aussi grinçante comédie de moeurs puisque Chabrol s'est toujours exprimé par ce biais, c'est le statut de la féerie amoureuse. Ceindre le monde de l'amour (...). La Demoiselle d'honneur sera une nouvelle fois un grand film de papier peint, ce mensonge que la province pose sur la vie (...). Du monde inventé par Senta, qui n'est pas forcément faux, ou de celui où vivent les autres, qui n'est pas forcément vrai, quel est le plus ridicule ? (...). Devant les épreuves amoureuses que lui propose Senta, Philippe glousse : "On n'est pas à Disneyland". Mais, si la ferveur aimante n'est qu'une affabulation de jeune provinciale, que reste-t-il ? Un monde sans grand amour (...). Alors Philippe découvrira à la fin qu'il avait tort : on est bien à Disneyland. Le long beau plan de Chabrol sur un cadavre en décomposition nous fixe enfin dans une certitude. Mais Disneyland est triste, blafard, bleu et transpercé de crissement dissonants (magnifique emploi de la partition de Matthieu Chabrol)". (...) (Positif, n° 525)
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Emmanuel Burdeau : " (...) Chabrol ambitionne de moins en moins le chef-d'oeuvre et de plus en plus le confort d'une espèce d'anonymat esthétique. Il y atteint avec cette nouvelle adaptation de Ruth Rendell, mol imbroglio de kidnapping, d'amour fou, d'héroïne mytho, de jeune cadre dynamique puis dépassé. Intrigue sans suspense ni issue véritables d'où sort un tout petit Chabrol, supérieur néanmoins à la précédente Fleur du mal (...). La séduction du film n'est pas ailleurs que dans ce no man's land social, générationnel... Et formel surtout : il était fatal qu'à force d'échanger innocence avec culpabilité, angélisme et perversité, à force de suggérer leur terrible, délectable égalité, Chabrol finisse par offrir à ce flou moral son exacte traduction cinématographique. Un identique flou esthétique où jouxtent échos hitchcocko-langiens et monotonie de sitcom, glacis du Temps et tango de MJC, science des mouvements d'appareil et torpeur du rythme". (...) (Cahiers du cinéma, n°595)
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Jean-Baptiste Morain : " (...) Dans cette Demoiselle d'honneur, le moindre mouvement de caméra ou de visage est voulu, calculé au centimètre et à la seconde près (...). Le cinéaste a pris soin de confier des petits rôles à de grands acteurs. Choix artistique qui mérite d'être relevé car il donne de l'importance à des personnages secondaires et insuffle dans l'esprit du spectateur l'idée que ces personnages pourraient avoir par la suite dans le film un rôle bien plus important qu'il n'y paraît au premier abord... En somme, choisir un acteur connu pour jouer un petit rôle a quelque chose de menaçant (...). Eveiller la peur, l'inquiétude chez le spectateur, créer une tension, un suspense, est un travail qui réclame subtilité et discrétion pour être efficace (...). La Demoiselle d'honneur est un film de fantômes (...) : fantôme fuyant du bonheur, fantôme mouvant de la vérité sur la frontière entre confiance et naïveté". (...) (Les inrockuptibles, n° 468)
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Jean-François Rauger : " (...) La Demoiselle d'honneur (...) marque une bifurcation d'autant plus notable qu'elle est discrète, subtile, expression d'une maturité assurée, consciente d'elle-même et résolue à aller toujours plus loin dans la construction d'un univers personnel, à mille lieux d'un cinéma français au réalisme paresseux et au naturalisme peureux. Ce qui frappe le spectateur, dès lors qu'il se laisse happer par la mise en place de l'histoire contée, c'est la sensation première d'une dispersion des centres du récit, d'une multiplicité de possibles pour la fiction dès lors que celle-ci s'attache à tel ou tel personnage (...). La Demoiselle d'honneur se recentre progressivement sur l'intimité d'un couple en train de se former, une rencontre sexuelle et amoureuse, la réalisation de cette alchimie intime au cours de laquelle chacun va à la découverte de l'autre (...) Multipliant les marques d'une discrète étrangeté (...), le film se nourrit de sentiments et d'ambiances contradictoires, constamment déroutantes (...). (Le Monde, 17 novembre 2004)
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