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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Sang et or (Talaye sorgh) de Jafar Panahi

 

 

Production

Jafar Panahi / Jafar Panahi Productions

 

Scénario

Abbas Kiarostami

 

Directeur de la photographie : Hossein Djafarian

Musique : Peyman Yazdanian

Décors : Iraj Raminfar

Son : Dana Farzanehpour

 

Casting

Hussein Emadeddin : Hussein

Kamyar Sheissi : Ali

Azita Rayeji : la fiancée

Shahram Vaziri :le bijoutier

Ehsan Amani : l'inconnu du café

Pourang Nakhayi : l'homme riche

Kaveh Najmabadi : le vendeur

Saber Safael : le soldat

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

Sylvain Coumoul : " (...) C'est d'abord, et tout le film durant, un beau festival de discrétion. Le récit progressant par la constante recombinaison, scène par scène, quasi plan par plan (...), de deux vies possibles entraperçues (...). C'est enfin par la magie d'un plan-séquence que sera donné à voir le basculement de l'homme par la grâce d'un mouvement d'appareil qui passe de Hussein affalé sur son lit misérable, ruminant sa honte dans son si beau costume, à une scène extérieure d'où lui parviennent des cris (...). La caméra ne s'arrête pas à cette plongée sur la cour voisine, elle poursuit au-dessus du vide selon un large cercle qui lui fait retrouver Hussein désormais debout, impressionnant de stature dans son costume déboutonné, ayant troqué la rumination obsessionnelle pour le regard concret de témoin". (...) (Cahiers du cinéma, n° 587, février 2004)

 

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Pierre Eisenreich : " (...) Sang et or emprunte une structure d'aboutissement. il présente le dénouement dès la séquence d'ouverture et fait de la trame du récit un flash-back général. La tragédie est tout de suite prononcée (...). Sang et or se résout dans l'immobilisme, par un suicide exécuté hors-champ, présence d'un monde invisible que la caméra tente de percer tout au long du film (...). La question d'une issue finale est au centre de l'oeuvre de Jafar Panahi. Sang et or se termine sur un effacement du personnage principal (...). Sang et or interroge la moralité structurant l'échelle sociale dans la capitale iranienne (...). L'insistance avec laquelle la mise en scène utilise la notion de verticalité pour atteindre les appartements au confort certain dresse une topographie des rangs sociaux. Pour caricaturer,la résignation progressive de Hussein s'apparenterait à l'acceptation d'un déterminisme de l'ordre d'une raison marxiste. Avec lucidité Jafar Panahi fait littéralement exploser par le suicide ce corps sans avenir. La cruauté du cinéaste démontre un sens tragique qui supplante la résolution politique. Entre la perte de Hussein et un statut dogmatique qui lui est confié par sa profession, il n'y a pas d'issue". (...) (Positif, n° 517, mars 2004)

(Ndlr : L'étude du film par Pierre Eisenreich se place avant tout dans une approche comparative avec L'Examen de Nasser Refaie, sorti en 2002)

 

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Charlotte Garson : " (...) Banalité du fait divers qui pourrait faire croire à un film social traitant laborieusement de la jeunesse désoeuvrée à Téhéran (...). Le troisième film de Jafar Panahi après Le Ballon blanc et Le Cercle, trouve la bonne distance : ni éloignement de l'explication sociologique du crime, ni empathie psychologisante tout aussi réductrice (...). Au fil des arrêts de ce Taxi Driver iranien livreur de pizzas (...), on délaisse les vignettes de chaque rencontre pour laisser s'infiltrer en nous la dépression chronique de Hussein (...). Si le lieu du drame - la petite bijouterie - est au coeur du récit, c'est moins parce que Hussein choisit de mourir derrière ses barreaux qui l'apparentent à une prison, que parce que le héros a déjà essayé plusieurs fois d'y entrer (...). Lieu de partage social marqué, la bijouterie est d'abord interdite aux deux compères, trop mal vêtus, puis s'ouvre à leurs efforts vestimentaires mais pour mieux les renvoyer à leur pauvreté : le bijoutier préfère les orienter vers le bazar des quartiers pauvres... Le constat d'un clivage infranchissable conclut le portrait à charge d'une société dans laquelle même la classe moyenne est en voie de disparition, détrônée par les nouveaux riches et opprimée par "la police des moeurs", bras armé de la domination masculine" (Etudes, février 2004)

 

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Serge Kaganski : " (...) Sang et or ne se passe pas dans une campagne ou une montagne reculée, il ne met pas en scène des enfants mignons et très pauvres (donc touchants, forcément touchants), il ne véhicule pas un message tautologique et symboliste sur les malheurs du petit peuple et la vilenie de la guerre ou de la dictature (comme s'il fallait encore nous convaincre). Sang et or est un film urbain, magnifiquement urbain, qui commence (et se termine) par un hold-up. Jafar Panahi est ici plus proche du cinéma américain des années 70 que de ses confrères iraniens (...). Hussein est la victime et le témoin de petites tracasseries quotidiennes. Ce corps épais, opaque, ce visage taiseux en disent beaucoup, beaucoup plus et surtout beaucoup mieux que de longs discours sur la pauvreté, l'étouffement social, le manque d'espoir, l'humiliation, les murs invisibles mais bien solides contre lesquels se cognent les plus démunis (...). La mise en scène adopte le point de vue des plans flottants, en caméra subjective". (...) (Les inrockuptibles, 25 février2004)

 

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Jacques Mandelbaum : " (...) Au bout du chemin, Jafar Panahi sera parvenu, avec un art éblouissant de l'économie, de l'humour et de la justesse, à faire un portait au vitriol de la société iranienne, de l'organisation totalitaire de son pouvoir comme de l'inégalité sociale qui s'inscrit dans la topographie de sa capitale. Il aura aussi esquissé en contrepoint l'amitié et la solidarité exemplaires qui lie les deux protagonistes principaux du film. Il aura enfin campé, à travers le personnage mutique et impavide d'Hussein encaissant sans broncher un coup après l'autre, une allégorie de l'indignité subie par les plus faibles dans ladite société. Il n'est pas indifférent sur le plan dramaturgique que ce sort s'abatte précisément sur le puissant et massif Hussein, dont le surcroît pondéral est inversement proportionnel au poids social, cette intuition faisant de Sang et or un cousin iranien du très beau René (2002) d'Alain Cavalier. Ici et là, le même projet : montrer qu'il ne suffit pas d'avoir un corps pour exister, et révéler, sous l'épaisseur de la chair, la fragilité de l'âme". (Le Monde, 25 février 2004)

 

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A lire également

- L'entretien avec Jafar Panahi réalisé par Jacques Mandelbaum et paru dans le numéro du Monde daté du 25 février 2004

- L'entretien avec Jafar Panahi réalisé par Jean-Michel Frodon et paru dans le numéro 587 des Cahiers du cinéma

 

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