Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004
Retour à Kotelnicht d'Emmanuel Carrère
Production
Les Films des Tournelles Roissy Fulms
Anne-Dominique Toussaint / (coprod : Raphaël Berdugo)
Image : Philippe Lagnier (coul., 1.85)
Son : Ludmilla Rubina / Hervé Guyader / Emmanuel Croset (Dolby SR)
Musique : Nicolas Zourabichvili
Montage : Camille Notte
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Vincent Amiel : " (...) Retour à Kotelnicht est un film tissé d'images et de voix dans lequel les niveaux temporels s'agencent avec élégance et complexité, et dont les images font parfois penser à celles d'un cinéaste russe (en particulier à l'univers sombre, mystérieux et mélancolique des oeuvres d'Alexeï Guerman). La voix off cherche sa place dans les scènes saisies sur le vif, comme le narrateur cherche le sens de son histoire, et c'est à une subtile et cruelle plongée dans l'épaisseur du souvenir russe (de plusieurs types de souvenirs) que le film en définitive entraîne son auteur et ses spectateurs. Il y a là une tension entre vacuité et nécessité, entre la vie qui traîne et celle qui impose ses évènements, ses découvertes, ses percées de conscience : un grand travail de montage, d'écriture, de rythmes". (Positif, n° 513, novembre 2003)
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Jean-Michel Frodon : " On n'y comprend d'abord pas grand-chose. Et c'est bien ainsi (...). Il est question d'un précédent voyage, de rencontre heureuse, de chansons, d'une fille croisée dans cette ville au pied de l'Oural, Kotelnicht. Il est question aussi d'un drame, quelqu'un de mort, quelque chose d'affreux qui est arrivé, qui motive ce voyage. Cette instabilité initiale, le film ne la supprimera jamais. Ce n'est pas que Carrère joue volontairement l'obscurité, bien au contraire. En voix off, il vient apporter tous les éléments d'explication possible au risque d'alourdir son film. Celui-ci échappe au danger non pas grâce à une astuce narrative ou de réalisation mais au contraire en refusant mordicus de décoller de sa place d'enregistreur d'une affaire terriblement embrouillée et qui le restera (...). Spectateurs méfiants que nous sommes (...), nous ne saurons jamais dans la durée de la projection ce qui est ici inventé, fabriqué, produit par un dispositif, et ce qui est pur aléa documentaire, capture sur le vif, dépendance de ceux qui filment à ce qui arrive à ceux qu'ils filment. Il faut sans doute remonter au si beau Empty Quarter, une femme en Afrique de Raymond Depardon pour retrouver semblable féconde incertitude (...) (Cahiers du cinéma, n°587, février 2004)
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Alain Masson : " (...) Du russe soûlographique au français littéraire, le film étale un répertoire de parlers aux multiples nuances, en variation continue : diction sobre, grise, ronde ou noire, ton éploré ou colérique, registre poli ou familier, russe de Français ou français de Russe, traductions, changements de code, sous-titres. Le discours exprime les résistances et tente de les vaincre: il unifie la matière documentaire (...). Il existe dans Retour à Kotelnicht des conversations qui n'expriment que de la sociabilité (premier voyage), de l'entregent (deuxième voyage) ou du deuil (troisième voyage). Leur unité ne tient qu'à un sentiment; attiré par un personnage qui sort, l'objectif retrouve, sans autre continuité que celle du ton, le dialogue funèbre, ou aimable, ou curieux ; le montage combine des bribes similaires ; déviations et reprises : aucun domaine n'est circonscrit, chaque scène se forme de parages (...). Le documentariste n'est pas ici le maître invisible, comme Perrault, ou visible, comme Ophuls, d'une matière qui se prête à sa narration. Comme dans les livres de Carrère, l'oeuvre solitaire du narrateur lie commerce avec l'Autre". (Positif, n° 517)
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Vincent Ostria : " (...) Retour à Kotelnicht relate le troisième voyage de Carrère en décembre 2002, pour aller présenter ses condoléances à la famille d'Ania et montrer ls images tournées lors des précédents séjours; comme ce plan fantomatique de la jeune femme chantant avec sa guitare dans un escalier (...). Ce documentaire hétérogène, morcelé, a une forme d'honnêteté (presque exhibée). Son dispositif technique n'est pas escamoté. L'interviewer-réalisateur est à la fois sujet et auteur. Il se met en scène; le cameraman est lui-même parfois pris à partie. Alternant entre présent et passé, entre le cinéaste, son héroïne et la Russie (qui est son autre héroïne), le film serait parfait si Carrère n'y insérait pas en plus sa propre histoire familiale au dernier moment ". (Les inrockuptibles, 25 février 2004)
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Claude-Marie Trémois : " (...) Automne 2002. Ania et son enfant de huit mois ont été assassinés par un fou (...). Le vrai Retour à Kotelnicht, c'est celui-là : le deuxième. Car, bien sûr, Emmanuel Carrère repart là-bas avec son équipe. Il veut y être pour le quarantième jour de deuil. Celui, selon la tradition orthodoxe, où l'âme monte au ciel. L'essentiel du film a été tourné pendant ce voyage-là. Le reste (...) n'est là que sous forme d'inserts (...). Une démarche rare au cinéma puisque le cinéma est, le plus souvent, un art de la préméditation (...). Il y a eu, on le sent, une familiarité immédiate entre les Français et la mère d'Ania. Emmanuel Carrère, qui, lors du précédent voyage, s'était posé tant de questions pour savoir s'il devrait ou non apparaître à l'image, cette fois, ne s'en est plus posé. C'était une évidence. Il était là. Paumé, perdu, mais là. Pas en observateur mais en participant. Immergé dans la tragédie (...). Pour Retour à Kotelnicht, ce n'est ni le "il" , ni le "je" qu'a utilisé Emmanuel Carrère . C'est le "nous" (...). Tous se sentent coupables : la mère qui se reproche de ne pas avoir su veiller sur sa fille; Carrère par empathie, et nous-mêmes, arrachés, le temps d'un film, à notre condition de spectateurs pour devenir des participants. Il y a du Dostoïevsky chez Emmanuel Carrère. Ce qu'il met à jour, ici, c'est ce qui nous relie les uns au autres : cette solidarité dans le malheur ou dans la joie, cette communion entre tous (...). (Esprit, avril 2004)
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A lire également
- L'entretien tout à fait essentiel avec Emmanuel Carrère, réalisé par Vincent Amiel et Yann Tobin et paru dans le numéro 517 de la revue Positif
- Les nombreuses précisions sur l'histoire du tournage de ce film, présentées par Claude-Marie Trémois dans le texte précité paru dans la revue Esprit
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