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Mur de Simone Bitton
Production
Thierry Lenouvel
Image : Jacques Bouquin
Montage : Catherine Poitevin-Meyer / Jean-Michel Perez
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Françoise Audé : " Vider "mur" de sa matérialité et de sa singularité - pas d'article (un, le), pas d'identification (le mur de, le mur en) - est paradoxal alors que les images caractérisent un phénomène concret (...). La caméra constate la symbolique de paix d'une fresque dérisoire, la pose des hauts éléments de béton qui masquent l'arrière plan urbain comme pour en effacer l'existence. Le chantier est sans fin, ses engins cisaillent le paysage à perte de vue (...). Il y a outrage au sol et à la dignité humaine. Simone Bitton a filmé l'abus et la vanité de cette maçonnerie délirante où des niches à bus abritent le déchargement des passagers traditionalistes, que les ouvriers contournent à l'aube, que les adultes et leurs bébés franchissent malgré tout. Mur relève d'un pacifisme généreux qui s'articule à l'option idéologique en jeu dans Route 181. Accédant au concept, au symbole, Mur en est un complément logique. Indispensable". (Positif, n° 524)
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François Gorin : " (...) En le dévisageant d'un long travelling, Simone Bitton paraît se moquer un peu de ce mur qui se moque du monde. Elle le fait avec la gravité de rigueur (...). Le gâchis est au bord de toutes les lèvres. Dans les parages du mur - qu'on ne sait trop comment nommer : barrière, obstacle,ligne de suture - les langues ne se délient pas facilement. Simone Bitton et sa petite équipe ne se sont pas non plus lancés en une quête forcenée de témoignages, caméras et micros en avant. Et même avec cette manière douce, une fillette israélienne entendue hors champ compare la perche de prise de vue à une arme. Mur est un film qui prend tout son temps pour regarder, écouter, essayer d'entendre à défaut de comprendre. Et tout ce qu'il laisse entrevoir et murmure ne cesse de prouver l'absurde en hurlant. Résignation, fatalisme, pourraient prêter à une forme de comique discret tel celui d'Elia Suleiman. Mais ici, on penche vers la contemplation désolée, presque muette (...). La transgression passagère pourrait n'avoir qu'une beauté de symbole : là où la caméra de surveillance eût empêché, celle du cinéma permet. Ce serait déjà çà". (Télérama, 20 octobre 2004)
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Philippe Mangeot : " (...) . Simone Bitton exhibe la visée colonialiste du mur en alternant les témoignages de Palestiniens séparés de leur terre par une "suture" dont le tracé outrepasse la frontière israélienne et la propagande auto défensive du général Amos Yaron. Elle montre les transhumances précaires d'hommes et de femmes franchissant l'obstacle en dépit des miradors et des hélicoptères pour rejoindre, bébé ou cartable au bras, leur travail ou leur famille dans la "zone de jointure" annexée de facto. Surtout, elle joue l'impassibilité du paysage contre la carte que prétend reconfigurer la barrière. L'un des beaux partis du film consiste à ne jamais signaler a priori de quel côté du mur on est, à retisser les liens entre les discours et les récits, à faire mentir le consensus israélien (...). Pourtant, la volonté, inattaquable dans son principe, de dresser Mur contre le mur en une opposition frontale bute sur une fascination pour la "barrière-monstre", quitte à verser dans la sidération pétrifiée (...). Faute d'échapper toujours à la tentation monumentale qui limite sa portée à la dénonciation d'une infamie, Mur peine à tracer des lignes de fuite qui permettent de questionner ce qui reste encore possible. Il y parvient toutefois dans son splendide dernier plan". (...) (Cahiers du cinéma, n° 594)
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Didier Péron : " (...) Comme il est dit à plusieurs reprises, la caméra "enregistre", en l'occurrence un processus architectural et politique nouveau qui provoque un mélange de colère et de fascination, ses effets sur le paysage, la biologie bouleversée du territoire sur la vie d'habitants encerclés. On voit peu de visages, la bande son laisse entendre le bruit des camions et des grues ainsi que les voix des personnes rencontrées au fil des pérégrinations de l'équipe (...). La cinéaste s'interroge sur les multiples noms donnés au mur (...). L'entrave à la mobilité d'individus, l'enfermement paranoïaque des populations qui ne savent plus si elles sont considérées comme dangereuses ou en danger, le passage constant de l'hébreu à l'arabe qui oblige le spectateur à tendre l'oreille, les exemples de connivences amicales entre voisins palestiniens et israéliens, battent en brèche le consensus sur l'impossible dialogue entre deux groupes nationaux considérant la même terre comme leur patrie". (...) (Libération, 20 octobre 2004)
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Thomas Sotinel : " (...) Le rôle du cinéma documentaire est de rendre la vue à ceux qui en sont privés. Pour accomplir ce miracle, Simone Bitton ne s'est pas éloignée du chantier, donnant la parole aux gens que la construction de l'édifice affecte : des paysans palestiniens, des colons juifs (...). Le mérite politique de Mur est de filmer la réalité matérielle, tactile, de la chose et de justifier rapidement et fortement son titre - et pas de doutes, c'est un mur, quelque chose qui est construit pour séparer, pour empêcher (...). La réalisatrice a assemblé des paroles parfois terribles presque toujours tristes, mais jamais violentes. Elles se font écho, recensant de part et d'autre les occasions perdues, les malentendus accumulés, l'espoir de plus en plus lointain d'une raison recouvrée. Ces paroles sont ponctuées de longs plans récurrents. Certains montrent les travaux de construction (...). Rarement aura-t-on aussi bien rendu la sensation d'une terre de lait et de miel, l'harmonie d'un paysage travaillé par les hommes depuis si longtemps, représentation matérielle d'un espoir tout proche et pourtant hors d'atteinte". (Le Monde, 20 octobre 2004)
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A lire également
- Un compte rendu des réactions lors de la projection du film Mur au Festival de Jérusalem en juillet 2004, par Stéphanie Le Bars (Le Monde daté du 20 octobre 2004)
- Un portrait de la cinéaste Simone Bitton, par Laure Noualhat (Libération daté du 20 octobre 2004)
- Un portrait de la cinéaste, par Thierry Leclère (Télérama, 20 octobre 2004)
- Le dossier consacré au cinéma documentaire, paru dans le numéro 594 des Cahiers du cinéma
- Le dossier : Le documentaire, présence du politique, paru dans le numéro 529 (mars 2005) de la revue Positif
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