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Demain on déménage de Chantal Akerman
Production
Paradise Films / Gemini Films
Paulo Branco
Scénario
Chantal Akerman / Eric De Kuyper
Directeur de la photographie : Sabine Lancelin
Son : Pierre Mertens / Thomas Gauder
Musique : Sonia Wieder-Atherton
Décors : Christian Marti
Costumes : Nathalie du Roscoat
Montage : Claire Atherton
Casting
Sylvie Testud : Charlotte
Aurore Clément : Catherine
Jean-Pierre Marielle : Popernick
Natacha Regnier : la femme enceinte
Lucas Belvaux : M. Delacre
Dominique Reymond : Mme Delacre
Elsa Zylberstein : Michèle
Gilles Privat : l'agent immobilier
Anne Coesens : Mme Dietrich
Christian Heck : M. Dietrich
(...)
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Fabien Baumann : " (...) Déjà une comédie d'appartement, Un divan à New York (1996) puisait sa légèreté dans l'aimable opposition des cultures et des sexes. Ici, les piques de Chantal Akerman sur les bons poulets qu'on ne trouve plus, sur la pornographie quin'excite pas oules hommes qui n'en sont plus, se voudraient follement enjouées mais ne trahissent qu'un entrain factice et usé (...). A la différence des protagonistes de Pas sur la bouche, spectres s'évanouissant mais venus nous le chanter en souriant, ils n'ont pas même conscience de leur inanité. Jadis, Chantal Akerman posait sa caméra dans New York (News from Home, 1977) et New York et ses habitants surgissaient. Elle filmait la nuit dans la ville (Toute une nuit, 1982) et la nuit et la ville envoûtaient. Demain on déménage se voudrait jeune, et c'est pour cela qu'il fait vieux". (Positif, n° 517, mars 2004)
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Jean-Luc Douin : " Il y a chez Chantal Akerman une sorte de dévotion pour la figure maternelle, la sienne ayant vécu l'horreur des camps de concentration. Comme toujours très inspiré de sentiments et de détails autobiographiques, le scénario de Demain on déménage cerne les relations d'une mère et de sa fille, l'une veuve et l'autre éternelle célibataire, la première extravertie et la seconde miséreuse en fantasmes. Tous charmes et bien-être déployés, la mère (Aurore Clément) est professeur de piano; rebelle aux souvenirs et myope sur le monde, la fille (Sylvie Testud) écrit, sur commande, des romans érotiques (...). Il y a quelque chose de Lubitsch (le roi du sous-entendu) dans ce ton, cette moquerie du rapport conjugal, la mise en boîte du rapport masculin-féminin, illustrés par un troublant chassé-croisé entre la romancière à sec et une jeune bourgeoise fuyant le trop-plein de sa vie (...). Le burlesque est chez Chantal Akerman un moyen de conjurer la tristesse. Elle anesthésie le malheur par le rythme. Le déphasage des comportements de ses personnages comme ses allusions à la fumée des fours sont des défenses, un renversement par le saugrenu". (...) (Le Monde, 3 mars 2004)
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Jean-Michel Frodon : " (...) De manière insistante, il sera question de la mémoire d'Auschwitz. Fidèle à un thème qui la hante, la cinéaste l'affiche cette fois avec un aplomb qui met mal à l'aise, d'autant plus que simultanément elle affirme très explicitement sa volonté de réaliser une comédie (...). Fort heureusement Demain on déménage (...) n'est pas un film binaire. Il est même très exactement son contraire : l'aventure d'une échappée poétique à cette binarité. Elle est l'invention d'une multitude d'ailleurs, l'invocation d'autres bouts de possibilités d'être au monde que l'injonction de combiner une joie de vivre et une conscience de l'horreur qui finit inévitablement soit en névrose, soit en compromis plus ou poins dégoûtants (...). Les différents duos finissent par se combiner selon cette harmonie secrète que Chantal Akerman cherche en tâtonnant, trouve, perd à nouveau, avant que, dans le derniers tiers de son film, le beau travail de contre-pied et de remise à l'unisson effectué en particulier par Sylvie Testud et Aurore Clément parvienne à lancer enfin joyeusement, hardiment, la course de la fiction". (...) (Cahiers du cinéma, n° 588, mars 2004)
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René Prédal : " (...) Comédie de moeurs ? Oui, s'il faut vraiment ranger le film dans un genre. Mais son charme, désuet, décalé, bric-à-brac un peu grunge, vient justement de son caractère inclassable, de ses personnages instables, incapables de se fixer et dont aucun n'évoluera comme on pouvait l'attendre. Les décors font littéralement le film (on pense à On connait la chanson pour le ballet des visites d'appartements ) : vivants, provoquant rencontres, situations loufoques, contre-rythmes et ruptures de récit... L'espace se remplit en outre à plusieurs reprises d'une épaisse fumée (sortant de l'aspirateur ou du four à micro-ondes), cette incursion culottée de la mémoire des camps n'étant pas sans figer chaque fois la légèreté du regard par ces soudains inserts d'esprit de sérieux" (...). (Jeune cinéma, n° 288)