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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

A tout de suite de Benoit Jacquot

 

 

Production

Natan Productions / Arte France Cinéma

Georges Benayoun / Raoul Saada / Françoise Guglielmi

 

Scénario

Benoit Jacquot, d'après une histoire vécue par Elisabeth Fanger

 

Directeur de la photographie : Caroline Champetier

Décors et costumes : Antoine Platteau

Musique : "Ricochet", par Tangerine Dream

Son : Michel Vionnet

Montage : Luc Barnier

 

Casting

Isild Le Besco : l'héroïne

Ouassini Embarek : l'amant bandit

Nicolas Duvauchelle : l'autre bandit

Laurence Cordier : la fille complice

Emmanuelle Bercot : Laurence

Fotini Kodoukaki : l'amie grecque

Léonor Graser : l'amie parisienne

Odile Vuillemin : la soeur

Nicolas Pignon : le père

Catherine Davenier : la mère

David Ayala : le Libanais

Olivier Augrond : Gérard

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

Fabien Baumann : " (...) Sur la trame classique du couple d'amants en fuite (sauf qu'il y a deux couples), voici donc une suite de fragments. Fragments de l'espace : centrés, souvent en gros plans, sur le grès gris de la chair moelleuse d'Isild Le Besco, sur son blond visage palpitant d'amour en noir et blanc. Fragments du temps : que des scènes brèves, parfois charnières (les douanes à franchir), parfois de pure latence (...). D'abrupts nappages musicaux d'une techno-pop languissante évoquent Barbet Schroeder, le grain attentif du noir et blanc redit Garrel ou le Doillon des Doigts dans la tête (...). Epousant l'exact parcours de l'héroïne, A tout de suite ne s'épanche et ne s'ouvre qu'à la toute fin, par un raccord de montage très furtif et très beau. Des points sur une carte du monde se muent en voûte étoilée. Non : cette voûte, à mieux y regarder, ce sont des lumières au plafond d'un aéroport. Le firmament où nous filons, à la vitesse létale de la vie". (Positif, n° 526, décembre 2004)

 

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Jean-Luc Douin : " (...) L'héroïne d'A tout de suite décide de vivre le film de sa vie rêvée. C'est à ce type de saut dans le vide qu'invite Benoit Jacquot depuis L'Assassin musicien : une façon ludique de sortir du huis clos, oser l'idylle interdite, filer en enfants terribles vers un refuge d'innocence, violer le cloisonnement social, courir à corps perdu vers la sortie de l'âge gamin, au risque de la brûlure, de la chute, du marchandage, de l'épreuve qui condamne à l'errance, au désenchantement et au constat d'une impossible délivrance (...). A tout de suite rappelle aussi tout ce que Benoit Jacquot, disciple de Friz Lang, doit aux Contrebandiers de Moonfleet : une vision météorique du cinéma comme un art de faire surgir un paysage ténébreux dans une âme d'enfant. Sur cette idée qu'il y a toujours un secret derrière la porte (névrose, vengeance, amour romantique, aliénation), Lang et Jacquot tissent des histoires où enfants/adultes prennent le pouvoir, se conduisent en pirates, tentent de conjurer le cauchemar existentiel (l'homme dévoré par des chiens), de bâtir leur propre univers". (...) (Le Monde, 8 décembre 2004)

 

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Aurélien Ferenczi : " (...) Pour le cinéaste, il n'est pas question ici de chercher le classicisme du film noir, fût-il "à la française", mais plutôt une mythologie de la fuite et de l'abandon amoureux. A tout de suite ne cesse ainsi d'osciller entre le réalisme, qui naît de la forte incarnation charnelle des jeunes et excellents comédiens, et une forme plus élaborée d'artifice (...). Benoit Jacquot, au sommet de son art, les filme de près, il aime découper son cadre, s'arrêter sur un objet, parfois frôler l'abstraction (...). On y lit la volonté de limiter le superflu, d'épurer ce qui est accessoire : les signes du genre et le genre lui-même. L'essentiel est ailleurs : dans ce personnage principal qui ne quitte jamais l'écran et auquel Isild Le Besco prête son frémissement, la singularité de son visage, son naturel presque encore adolescent". (...) (Télérama, 8 décembre 2004)

 

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Mia Hansen-Love : " (...) Peu de gens croient encore au destin et on serait tenté de dire qu'A tout de suite est surtout agi par des valeurs morales et esthétiques héritées d'une autre époque, si la présence moderne de la comédienne ne bousculait la fixité apparente de cet ordre ancien. Ce que dégage Isild Le Bosco a quelque chose d'incontrôlable, à quoi semble répondre la soudaineté de certains gros plans qui imposent son visage ainsi que celui de son partenaire, avec une autorité quasi warholienne. Là où l'affirmation des êtres par leur image crée un déséquilibre, la fluidité des actions répond à une volonté d'équilibre. Et de cet art de casser l'horizontal (l'histoire) par le vertical (le visage) naît la poésie. On ressent, impression soutenue par la notion de destin ainsi que par l'ajout d'archives amplifiant la fiction comme des caisses de résonance, cette Europe à travers laquelle l'histoire descend. On ressent non moins vivement la Méditerranée dans laquelle elle finit par se jeter. Pourtant chaque lieu s'efface devant l'errance intérieure". (...) (Cahiers du cinéma n° 596, décembre 2004)

 

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Heike Hurst : " (...) Un film illuminé par une Isild le Besco incandescente qui emporte avec fougue ses partenaires. Tourné en noir et blanc, le film, plus vrai que nature, imite parfaitement le grain et les contrastes d'un Bob le flambeur, en les confrontant à d'autres films de la Nouvelle Vague, tout en apportant quelque chose de personnel, d'original (...). A tout de suite est le portrait bouleversant d'une jeune fille-femme qui s'éprend d'un petit voyou d'aujourd'hui. Filmer cela, c'est un peu filmer l'impossible : pourquoi cette fille est happée par un visage, une expression, un être qu'elle sent et désire, pourquoi est-elle prête à le suivre tout de suite ? Sur ce mystère, ce coup de foudre très physique et métaphysique à la fois, difficile à représenter, Benoit Jacquot capte quelque chose d'essentiel de la fugacité du sentiment, de l'urgence quand cela arrive et qu'il faut le vivre. Il enregistre aussi le désenchantement de la séparation et le vide existentiel qui suit une telle rencontre ". (...) (Jeune cinéma, n° 290)

 

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Didier Péron : " (...) Autant le livre repose sur la figure d'une narratrice emportée dans ses souvenirs, autant le film façonne une narration crayonnée qui ne cherche pas à creuser les plis et replis d'une passion mais lui redonne son aspect capricieux d'actes irréfléchis. Bien sûr, toute action est toujours duplice, elle ne s'accomplit jamais sans une escorte minimale de commentaires intérieurs. Ce discours au cinéma peut disparaître, laisser aux gestes et aux impulsions leur suprématie, artificielle certes mais qui fait rêver (...). Agir sans entrave, mot d'ordre libertaire, utopie réalisée par le cinéma notamment dans la grammaire du polar et du film d'action qui subordonne l'humain à une série de poses et postures. A tout de suite glisse avec élégance sur cet axe du comportement pur, la vie sans phrase ou alors quelques lambeaux prononcés comme s'il s'agissait d'une langue incompréhensible". (...) (Libération, 8 décembre 2004)

 

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Louis Seguin : " (...) Benoit Jacquot a suffisamment fréquenté Jacques Lacan pour reprendre la nécessité de la forclusion (...). Lili, l'héroïne d'A tout de suite est une figure larguée, dérivante. Elle se sépare de sa riche famille bourgeoise pour un amant qui est un pilleur de banques et un meurtrier et dont elle suit les aventures jusqu'à ce qu'il l'abandonne. Elle se laisse ensuite glisser dans la faille d'une déchirure dont il est impossible de s'échapper (...). A la différence de l'univers de Robert Bresson qu'il admirait, la topographie de Benoit Jacquot ignore l'ascenseur de la Grâce. Elle est sans issue. Les cartes d'A tout de suite n'ont pas de limites. On peut ruser avec les douaniers et passer une valise remplie de billets de banque d'une porte à l'autre d'un wagon, ou avec la famille en jouant le jeu d'un certain rituel de l'affection, mais ici les portes qui s'ouvrent ne donnent que sur le vide. Le récit est impossible parce qu'il n'accepte pas les provisions d'une morale. Il échappe à la logique et n'a plus rien à offrir que l'indicible de la réalité (...). Isold Le Besco impose ici, dans ce monde fermé et décalé, une matérialité que l'on n'avait pas constatée depuis longtemps, en fait depuis l'apparition d'Edith Scob dans le cinéma français". (...) (La Quinzaine littéraire, n° 891)