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Café Lumière (Kohi Jikou) de Hou Hsiao-hsien
Production
Shochiku Co. / Asahi Shimbun / Sumitonomo Corporation
Hideshi Miyajima / Liao Ching-sung / Fumiko Osaka
Scénario
Hou Hsiao-hsien / Chu Tien-wen
Directeur de la photographie : Lee Ping-bin
Direction artistique : Toshibaru Aida
Son : Tu Duu-Chih
Montage : Liao Ching-sung
Casting
Yo Hitoto : Yoko
Tadanobu Asano : Hajime
Masato Hagiwara : Seiji
Nenyi Kobayashi : le père de Yoko
Kimiko Yo : son épouse
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Sylvain Coumoul : " (...) La grossesse elle-même fait l'objet par Hou Hsiao-hsien d'un traitement de la toute dernière actualité. Certes, le principe biologique n'est pas ignoré, au contraire : il se fait principe de mise en scène, tout le film étant construit sur le modèle de l'entêtement à croître de l'embryon. Scène après scène, nous assistons à la continuation imperturbable d'une action pendant qu'une autre survient dans le cadre et, à son tour autonome, se déploie. Incessant chevauchement de plaques narratives autorisant de surcroît le cinéaste à combiner plusieurs régimes de beauté dans un même plan (...). Toute la plastique du film tend à dessiner la disparition en tant qu'évènement familial, collectif, consensuel, intergénérationnel, du processus de transmission de la vie. Comme si la dernière frontière de la revendication individuelle se trouvait là, dans le fait de se taire sur un tel sujet. Pour la première fois une génération conteste le droit de regard de ses propres parents sur sa progéniture". (...) (Cahiers du cinéma, n° 596, décembre 2004)
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Jean-Luc Douin : " (...) Café Lumière prend acte d'une accélération des moeurs, d'une mutation dans un autre monde, où l'attachement à l'enfance (symbolisé par la fidélité gourmande au lait chaud et au petit plat apporté par la belle-mère) ne remet pas en cause le divorce consommé entre le train-train de parents figés dans l'immobilité et la détermination de la fille émancipée, qui n'abandonne sa bougeotte que quand elle dort. Hier préoccupé de dépeindre le conflit entre la mémoire individuelle et la mémoire collective dans des films tournés vers le passé (La Cité des douleurs, Le Maître de marionnettes, Good Men, Good Wowen), Hou Hsiao-hsien semble avoir délibérément décidé de capter le présent. Non plus un présent en passe de lui échapper, comme dans Les Garçons de Fenkuei, qui retraçait son adolescence de loubard, mais un présent irréversible, comme dans Millenium Mambo, qui nous offrait déjà le portrait d'une contemporaine des boîtes de nuit à stroboscopes". (...) (Le Monde, 8 décembre 2004)
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François Gorin : " (...) Hou Hsiao-hsien s'est déjà attaché par le passé au destin flottant de jeunes anti héroïnes. Yoko est plus concrète, obstinée, elle avance. Elle assume son indépendance, quitte à la payer de solitude. En butte à la société, elle l'est d'une manière douce, patiente, presque passive. A travers elle, Hou Hsiao-hsien déplace une thématique à la Ozu, la modernise et se l'approprie. Là où dans certaines de ses chroniques antérieures, le réalisateur taïwanais se permettait d'être sinueux ou même opaque, c'est ici la simplicité, la linéarité qui déconcertent. On y perd peut-être en fulgurance mais le cap est gardé pour ce qui reste l'essentiel de son cinéma : une extraordinaire attention à l'ordinaire. Prosaïque dans ses moindres détails, Café Lumière ne cesse de gagner, au fil du temps et des trajets de Yoko, en poésie irradiante". (...) (Télérama, n° 2865, 8 décembre 2004)
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Jean-Christophe Ferrari : " (...) Café Lumière traite de l'attention de l'âme, ou, plus concrètement, de la disponibilité d'une femme à la ville où elle demeure et à l'enfant qui grandit en elle. A la différence de Millenium Mambo, où le centre de l'image se dévidait à mesure des contorsions centrifuges des personnages, a contrario des Fleurs de Shanghai, où le premier et le second plan étaient barrés par plusieurs types de cache (lampes à pétrole, allées et venues de plateaux de nourriture généreusement garnis...) de façon à créer des points aveugles et le sentiment de l'infini du hors-champ, le centre de l'image de Café Lumière est plutôt le lieu d'un mouvement de concentration et de remplissage (plans récurrents de Yoko accrochant du linge à son balcon habillé d'un rideau aux tons mauves). Remplissage et concentration qui coïncident avec ce que saint Augustin appelle l'intentio, ce mouvement par lequel l'âme se rassemble et confère au temps une valeur positive et créatrice, par opposition à la distentio animi qui caractérise le temps de l'errance, de l'éparpillement, de la destruction et de l'exil. La concentration de la mise en scène et la volonté de stabiliser une émotion dans le temps rapprochent le film du cinéma d'Ozu". (...) (Positif, n° 526, décembre 2004)
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Olivier Séguret : " (...) Cet hommage à Ozu, l'aurait-on sincèrement deviné ? Peut-être pas. Le contenu de cette commande, la façon dont Hou Hsiao-hsien choisi de la respecter en la détournant et ce qu'il invente pour l'incarner ne se prêtent en rien à l'exercice de la citation ou de documentation qu'elle aurait pu supposer. Cette bifurcation se double d'une perturbation : le cinéma de Hou Hsiao-hsien n'imite pas Ozu, il est pourtant méconnaissable. Il est comme vidé de sa substance soyeuse, de ses venins arachnéens. Café Lumière est en effet très lumineux mais jamais éblouissant, il est clair et serein, presque livide, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit d'une adaptation de Hou Hsiao-hsien aux exigences de la contrainte fixée ou d'une nouvelle marche, une nouvelle époque de son style (...). Que doit-on savoir pour voir ? Hou Hsiao-hsien avoue n'avoir rien su du Japon avant de s'y rendre pour ce film et ne semble pas certain d'en être revenu sachant quelque chose. Il ne l'a pas moins magnifiquement regardé et c'est d'ailleurs l'un des très grands charmes du film que de nous tenir dans cette incertitude souveraine, de nous y faire voyager". (...) (Libération, 8 décembre 2004)
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