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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Lost in Translation de Sofia Coppola

 

 

Production

Ross Katz / Sofia Coppola / Fred Ross / Francis Ford Coppola

 

Scénario

Sofia Coppola

 

Directeur de la photographie : Lance Acord

Musique : Kevin Shields

Décors : Anne Ross / K.K. Barrett

Costumes : Nancy Steiner

Son : Richard Beggs

Montage : Sarah Flack

 

Casting

Bill Murray : Bob Harris

Scarlett Johansson : Charlotte

Giovanni Ribisi : John

Anna Faris : Kelly

et Akiko Takeshita, Akimitsu Naruyama, Kazuyoshi Minamimagoe, Hiroshi Kawashima, Kazuko Shibata, Hiromis, Take, Nobuhiko Kitamura

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

 

Emmanuel Burdeau : " (...) Amitié ? Tendresse filiale ? Béguin fugace ? Aucune importance. Au fond, "Japon" nomme seul ce qui arrive. Plutôt que d'apprivoiser l'étrange(r), l'enjeu est plus finement de le transférer dans l'intervalle. Tout ce que Bob et Charlotte traversent hagards, resto, boîte, hôpital, alerte de séisme, etc., ouvre peu à peu l'espace d'une intimité soudée moins par une compréhension que par le partage d'une stupeur. Certes, le fil est ténu et la métamorphose à peine perceptible à l'oeil nu. Mais c'est que Sofia Coppola tente la mue d'un silence en un autre. Du mutisme codé du quinqua blasé et de la post-ado qui doute, à la douceur d'une affection sans autre contenu que ces morceaux de Japon qu'ils ont réussi à glisser entre eux (...). Lost in translation, film si l'on veut "traduit du japonais" à condition d'y entendre l'ambivalence propre à toute fascination pour le Japon. Quiconque y admire une retenue généreuse dont l'Occident serait incapable, n'en finit pas de se demander si celle-ci appartient bel et bien à ce pays ou si elle s'invente entièrement dans la distance qui l'en sépare. Dès lors, il se soumet à l'épreuve de la traduction où le sens fait l'objet à la fois d'un transport et d'un prélèvement sur place (...). Cinéma maigre, Hollywood épuré zen ? Exotisme débranché et enchantement fade, plutôt.. Appelons cela l'art de demeurer ouvert à tout, suspendu au milieu du gué ou, selon une autre lecture, perdu dans la translation". (...) (Cahiers du cinéma, n° 586, janvier 2004)

 

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Emmanuel Cirrode : " (...) Dans l'inextricable frénésie "tokioïte" bardée de phosphorescences, ces deux êtres que tout sépare, en transit au milieu de leurs nuits blanches, vont entrer dans la danse et sceller leur amitié amoureuse au détour d'une soirée karaoké. Le film bascule alors dans une errance sublime où la frivolité apparente de la vie nippone contraste avec la désespérance de ces fantômes isolés, largués, mais souriants (...). Romance dans l'endroit le plus anti romantique de la planète, poésie électrique, célébration d'une esthétique des lieux déshérités, musique sublime où l'on retrouve le groupe Air entre deux sucreries japonaises, voici quelques-uns des jalons du style de Sofia Coppola (...). Comme si, par la grâce d'une manipulation magique du hasard, on avait saupoudré le film de mille détails intimes". (...) (Ciné Live, n° 75, janvier 2004)

 

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Jean-Pierre Coursodon : " Qu'est-ce qui se perd en traduction ? Beaucoup de détails (qui peuvent être importants), parfois des éléments-clés, très souvent l'essentiel : connotations, sous-texte, le non-dit toujours sous-jacent au discours. Le titre choisi par Sofia Coppola joue sur le double sens du mot translation, "traduction" mais aussi, au sens plus rare et spécialisé, "déplacement" (...). On peut certes parler de comédie à propos de ce film où les occasions de rire sont nombreuses mais il s'agit d'une comédie mélancolique et plutôt sombre dont l'argument aurait pu facilement servir de prétexte à des ruminations et déambulations antononiennes ou rosseliniennes (...). Il ne se passe presque rien au cours de cette méditation intimiste sur l'isolement et le mal-être. Sofia Coppola a jeté aux orties le manuel du parfait scénariste hollywoodien, dédaignant la construction en trois actes, "l'arc" de la progression dramatique, les tensions et les conflits menant aux crises, retournements et résolutions. Non seulement elle nous épargne les désormais inévitables (et si lassantes scènes de sexe) (...) mais ayant ménagé une situation idéalement propice à la "rencontre" d'un homme et d'une femme, elle refuse d'en tirer aucune des conséquences sentimentales et/ou érotiques attendues". (...) (Positif, n° 515, janvier 2004)

 

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Patrick Fabre : " (...) Tous ces regards captés, tous ces battements de coeur perçus, tous ces moments volés, tous ces petits riens brillamment mis en scène et magnifiquement éclairés par Lance Acord, chef opérateur d'Adaptation, participent à la création de cette atmosphère si particulière à l'oeuvre de la grande Sofia. L'ensemble est sublimé par l'utilisation que la cinéaste fait de la musique (...). Mais le regard de la réalisatrice n'est pas seulement contemplatif, il est aussi critique et humoristique. Dans Lost in translation, Sofia Coppola égratigne les stars hollywoodiennes, les Américains à l'étranger ou bien encore cette génération d'artistes branchés dont elle fait partie...". (...) (Studio magazine, n° 196, janvier 2004)

 

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Serge Kaganski : " (...) La Sofia's touch réside dans de subtils déplacements. Par exemple, lui est beaucoup plus âgé qu'elle. Dans leur amitié amoureuse bourgeonnante, il y a un zeste d'oedipe où passe l'ombre furtive de Francis Ford. Autre élément réjouissant, le temps laissé au temps, la lenteur d'approche, ingrédients de plus en plus rares dans le cinéma contemporain, qu'il provienne du pays des blockusters ou de contrées plus indépendantes. Sofia ne précipite pas ses deux tourtereaux l'un vers l'autre, elle y va mollo, petites touches par petites touches (leur première rencontre est un bref échange dans un ascenseur). Par ailleurs, et peut-être va-t-on tuer un des suspenses du film (...), ils ne coucheront pas ensemble - du moins pas dans l'espace-temps du film (après, tout reste ouvert). On ne perçoit nul puritanisme ici mais plutôt le signe fort de la délicatesse et de la subtilité de la cinéaste, une jeune femme qui veut croire ici à des sentiments très purs, à une sorte d'état intermédiaire entre l'amitié, l'amour, le respect d'une histoire à la fois tellement ténue et tellement immense qu'elle ne saurait être gâchée par la vulgarité terre à terre d'un coït sans suite. On n'est pas loin de l'absolu sublime, pudique et triste de In the Mood for Love (...). Cerise acide sur le gâteau, la BO est un sans-faute (...), des zébrures électrico-atmosphériques de Kevin Shields à la pop empoisonnée des Jesus and Marry Chain (...). Entendre les accords spectoriens de Just Like Honey déchirerle film etles adieux de nos deux héros, puis les guitares tétanos des frères Reid se déployer dans un Tokyo livide et fantomatique m'a tout simplement bouleversé". (...) (Les inrockuptibles, n° 423)

 

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Jacques Mandelbaum : "Ce Perdu à la traduction, dont l'étrangeté est comme redoublée pour le public français en raison de son absence de traduction, place d'emblée l'attente du spectateur sous le signe de l'incomplétude et de l'aléatoire. Et c'est très exactement de cela qu'il s'agit dans le film. Soit la rencontre de deux citoyens américains - un quinquagénaire désabusé et une jeune mariée mélancolique - loin de leur base respective, dans le no man's land luxueux et feutré d'un grand hôtel international de Tokyo (...). La mise en scène de Sofia Coppola, tapissage sensoriel de lumière tamisée, de musique planante et de calfeutrage nocturne, restitue opportunément ce déphasage spatio-temporel des personnages qui les pousse irrésistiblement, entre attraction amoureuse et affinité amicale, à trouver en l'autre une planche de salut existentiel (...). A cet égard, Tokyo constitue moins une réalité destinée à égarer ou à éclairer les protagonistes (le fameux choc des cultures...) qu'une sorte de plate-forme du transit international qui les enferme, au contraire, dans une insidieuse familiarité avec leur propre univers. Soit un monde de plus en plus indifférencié, en proie à l'arasement des cultures, à l'émoussement high-tech de la sensibilité, à l'annihilation par le marketing planétaire de toute rencontre un tant soit peu incarnée (...). C'est la nature très particulière de ce vertige, en vertu duquel l'homme devient à lui-même et en plus grand que nature sa propre marchandise, qui confère à la relation entre les deux protagonistes de ce film - hasardeuse, ténue et inexorablement vouée à la perte - sa valeur émotionnelle". (...) (Le Monde, 7 janvier 2004)

 

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Thomas Sotinel : " (...) Toujours au mépris des habitudes hollywoodiennes, Sofia Coppola est partie tourner à Tokyo, une ville qu'elle a découverte à l'âge de 20 ans : "J'étais venue travailler sur un défilé de mode. J'ai roulé la nuit, en écoutant de la musique et en regardant les néons à travers le pare-brise, c'est ce qui m'a donné l'envie de faire un film dans cette ville. Ça et mon ami Charlie Brown [de son vrai nom Fuhimiro Hayashi, il tient son propre rôle dans le film] en train de chanter God Save the Queen [la version des Sex Pistols] au karaoké" (...). A côté de cet amour de la ville, elle laisse transparaître un sens de l'ironie assez développé dans les séquences qui montrent le tournage du film publicitaire, inspiré de ceux que viennent réaliser au Japon les vedettes occidentales en mal d'argent (on en trouvera une anthologie édifiante sur le site japander.com) (...). Cette souplesse, ce talent qui lui permet d'extraire de la substance de petits riens se retrouvent entiers à l'écran, encore magnifiés par la justesse de son regard. Sofia Coppola a prouvé qu'elle était cinéaste de plein droit, dans un pays qui n'a jamais fait la part belle aux réalisatrices". (...) (Le Monde, 6 janvier 2004)

 

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A lire également

 

1/ Les propos de Sofia Coppola recueillis par Mia Hansen-Love (Cahiers du cinéma, n° 586)

2/ L'entretien avec Sofia Coppola réalisé à Venise en août 2003 par Michel Ciment et Yann Tobin (Positif, n° 515)

3/ L'entretien avec Sofia Coppola réalisé par Serge Kaganski (Les inrockuptibles, n° 423)