Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004
Collateral de Michael Mann
Production
DreamWorks / Paramount Pictures / Parkes/MacDonald Productions
Michael Mann / Julie Richardson / Michael Waxmann
Scénario
Stuart Beattie
Directeur de la photographie : Dion Beebe / Paul Cameron
Musique : James Newton Howard / Tom Rothrock / Thomas Schobel
Son : Elliott Koretz / Lee Orloff / Williaw Cawley
Décors : David Wasco
Direction artistique : Daniel T. Dorrance
Costumes : Jeffrey Kurland
Montage : Jim Miller / Paul Rubell
Casting
Tom Cruise : Vincent
Jamie Foxx : Max
Jada Pinkett Smith : Annie
Javier Bardem : Felix
Mark Ruffalo : Fanning
Peter Berg : Richard Weidner
Bruce McGill : Pedrosa
Irma P. Hall : Ida
Barry Shabaka Henley : Daniel
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Patrice Blouin : " Dans Collateral deux films ne cessent de se contredire et de s'alimenter. Le premier est un blockbuster, linéaire et efficace, à la machinerie scénaristiquement savamment montée, mêlant scènes d'action et confrontation psychologique. Le second est une grandiose eau-forte qui transforme la ville de Los Angeles, magnifiquement filmée de nuit, en une gigantesque constellation (...). Le monde a-t-il un sens ? (...) Ce problème métaphysique représente pour Michael Mann un véritable défi. Ce rapport complexe entre l'ordre et le désordre l'occupe tant qu'on trouve, au coeur de film, une curieuse discussion entre Vincent et un musicien noir sur l'apprentissage de Miles Davis (...). En choisissant de filmer dans une mégalopole nocturne, le cinéaste essaye ainsi d'insérer le parcours attendu de ses personnages dans une toile de fond autrement plus obscure et plus indécidable. La moindre fenêtre s'ouvre ici sur l'immensité d'un néant sidéral. C'est cela qui, en dernière instance, fait le prix de Collatéral, cette impression inattendue que le film cherche consciemment à se confronter à son autre, au grand non-sens de ce qui l'entoure, jusqu'à flirter parfois, dans un poudroiement coloré, avec la catastrophe visuelle". (Les inrockuptibles, n° 461)
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Vincent Malausa : " (...) Le passage de l'improvisation à l'action tisse le double projet du film. D'un côté, dérouler une intrigue dont les effets de surprise relèvent du lieu commun (...) de l'autre, volonté récurrente chez Mann de soulager le projet de son contenu moral au profit d'une expérience d'immersion incontrôlée. En cela Max renvoie au personnage de Jeffrey Wigand dans Révélations. Personnage de l'infusion et du délitement qui bien vite excède le challenge du "rôle" (l'homme comme vous et moi) pour tirer de son état de soumission / dépression / passivité une forme de regard tout-puissant, car exclu du jeu de dominos engagé par la fiction (...). Max, le "collatéral", échappe à la chaîne alimentaire du polar : il substitue peu à peu à son rôle de victime un statut d'agent corrosif, point de croisement de tous les regards (poursuivants et poursuivis) (...). La grande force du film repose sur ce refus de s'en tenir à la relation prédateur / proie ou à la simple métaphore de la lutte des classes pour faire vaciller les limites qui séparent le bon bougre du post-yuppie sociopathe sortit d'un roman de Bret Easton Ellis. Cela se résume essentiellement pour Mann, à un problème de mise en espace (...). Admirable est ici l'exploitation d'un récit classique d'oppression et de dualité vampirique en utilisant quasi exclusivement les ressources du lieu, multiplicé d'espaces clos et désaffectés d'un Los Angeles fantôme" (...). (in Le loup dans la ville, Cahiers du cinéma n° 593, septembre 2004, p. 37-38).
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Jacques Morice : " (...) Michael Mann s'impose comme le réalisateur outre-Atlantique qui apporte à chaque genre visité (film noir, biographie, film-dossier) une forme nouvelle de lyrisme mélancolique. Extrême précision du regard, alternance de plans courts et longs, confiance dans les acteurs : Collateral n'échappe pas à la règle et s'imposera comme un nouveau modèle (...). Michael Mann filme Los Angeles, cette ville de l'ultramodernité comme personne, saisissant fort bien la somme de sensations complexes et trompeuses qu'elle procure. Passage, Chassé-croisé, connexion, glissement, dans le grand bain de la géométrie. Oui, Michael Mann est bien aujourd'hui le grand urbaniste du cinéma contemporain (in Le film d'action revisité, Télérama, 29 septembre 2004).
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Jean-François Rauger : " (...) Tout y est à la fois si fragile, si forcé, si invraisemblable et tout y est si miraculeusement évident que Collateral s'ouvre in fine sur des perspectives qui auraient sans doute été imperceptibles dans toute autre circonstance (...). Ainsi Los Angeles, dont le cinéaste capte la lumière et les atmosphères nocturnes, aidé par l'usage d'une caméra numérique qui donne à l'image une texture particulière et au cadre le sentiment d'une liberté qui accroît l'intensité documentaire ressentie (...). Le récit s'interroge sur l'individualisme contemporain et met en avant une obsession bien américaine du pragmatisme, de la quête de l'indépendance à acquérir par l'action (Vincent) qu'il oppose à l'aliénation nourrie par le rêve et l'inertie (...). La mise en scène est tout entière guidée par la construction d'espaces abstraits et symboliques, de volumes géométriques soumis à l'épreuve de l'imbrication. Tout le sens de l'action s'identifie à l'écheveau d'une topographie subtilement signifiante qui souligne les différences (sociales, individuelles, mythologiques) et inscrits les individus dans un rôle que les règles de la fiction et le suspense leur enjoignent littéralement de quitter (...). (in Double concerto pour tueur et taxi, Le Monde, 29 septembre 2004).
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Philippe Rouyer : "(...) Le huis clos s'esquisse bientôt dans l'opposition de deux volontés : celle du "melvillien" Vincent, attaché à suivre la ligne qu'il s'est fixée, contre celle de Max, désireux de l'en détourner partous les moyens. La force brute est du côté de Vincent avec ses armes, sa technologie et son cynisme de tueur professionnel. Mais à force de s'effacer derrière un look élégant et un hiératisme désenchanté qui renvoie à une vision du monde où l'homme ne serait qu'un grain de sable dans l'univers, Vincent a perdu cette étincelle de vie que Max trouve en lui-même (...). Comme un vampire, Vincent se nourrit du sang des autres et tire sa force de l'obscurité (...). La musique à dominante de blues, mélange de partition originale et de morceaux préexistants, qui semble flotter par nappes, contribue à créer cette atmosphère spécifique aux films de Mann où le geste le plus anodin semble magnifié. Le cinéaste n'a pas son pareil pour inscrire les corps dans le paysage urbain (...). Considérer Collateral comme un chant d'amour du réalisateur à sa ville de Los Angeles n'est pas exagéré". (...) (in Collateral. La nuit des coyottes, Positif n° 524, octobre 2004, p.6-7).
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Frédéric Strauss : " (...) Cette virée en roue libre se révèle très balisée. Par un curieux effet boomerang, la volonté d'échapper aux conventions ne fait que souligner, en retour, celles auxquelles le film ne renonce pas. Ainsi le chauffeur de taxi est un personnage très standardisé : il est là pour apporter de la cocasserie et de l'humanité, mettre de l'émotion dans la peur, mais il est aussi mécanique que le tueur qu'interprète Tom Cruise crispant. Michael Mann n'arrive pas à rien arracher à l'acteur que celui n'ait donné déjà ailleurs : son numéro de méchant est fabriqué selon les normes d'une performance de star dont les dérapages sont malheureusement contrôlés. Quant au scénario il ne nous épargne ni les invraisemblances ni les ficelles d'un rebondissement final prévisible et il se boucle sur un bon vieux happy end (in Creux et ptrétentieux, Télérama, 29 septembre 2004).
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A lire également
- L'entretien avec le cinéaste, réalisé par Michael Henry (Positif, n° 524)
- L'approche par Olivier Assayas de l'oeuvre de Michael Mann (Les inrockuptibles, n° 461)
- L'article de Florence Colombani sur la vision de Los Angeles au cinéma (Le Monde, 29 septembre 2004)
- la critique du film par Jérôme Serme, en ligne sur le site www. objectif-cinéma.fr
- la critique du film par Sébastien D. Gendron, en ligne sur le site www. jowebzine.com
- la critique du film par François Cholliet, en ligne sur le site www.dvdfr.com
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