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L'Esquive d'Abdellatif Kechiche
(film réalisé en 2002 et sorti en salles en janvier 2004)
Production
Benoît Pilot / Charles Taris (Prod. assoc.)
Lola Films / Jacques Ouaniche / Ciné Cinéma
Scénario
Abdellatif Kechiche et Ghalia Lacroix
Directeur de la photographie : Lübomir Bakchev
Son : Nicholas Washkowski
Montage : Ghalia Lacroix
Casting
Osman Elkarraz : Krimo
Sarah Forestier : Lydia
Sabrina Ouazani : Frida
Nanou Benhamou : Nanou
Hajar Hamlili : Fathi
Rachid Hami : Rachid
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Florence Colombani : " (...) Le cinéaste esquive, bien sûr, les attentes du spectateur, pour qui une bande de jeunes dans un hall d'immeuble n'est pas, n'a jamais été un matériau cinématographique, tout juste celui d'un reportage de journal télévisé sur l'insécurité. Pour la première fois, un cinéaste français filme la banlieue comme l'écrin d'une poignée de personnages, sans s'attarder, avec une rapidité sèche qui évite le sociologique. L'Esquive est un film modelé par le discours, paradoxal comme la rencontre de Marivaux et de Krimo. Construit à l'extrême, mais donnant constamment l'impression de saisir la réalité au vol. Rapide, et pourtant découpé en longues scènes élastiques qui s'étirent à loisir, au gré des tirades de chacun. Tout entier dédié au discours amoureux, ce qui dissimule à peine sa profondeur politique". (...) (Le Monde, 7 janvier 2004)
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René Prédal : " (...) Si la Suzanne de Pialat répétait du Musset dans la scène d'ouverture d'A nos amours, Marivaux installe ici l'atmosphère douce-amère du feutré, du masque, et l'esquive donc, mais la tension est toujours à la limite de l'explosion verbale ou physique. De fait, les engueulades sont perpétuelles; réfléchir n'est pas de mise et Lydia, qui suspend sa réponse à Krimo lui demandant de sortir avec elle, mettra la révolution dans les règles du micromilieu par ses hésitations. Le drame peut même toujours surgir comme le montre le saisissant contrôle de police où les jeunes sont interpellés de façon musclée et terriblement humiliante. Visiblement , pour Abdelattif Kechiche, la réussite du pluri-ethnisme tenté avec conviction et talent par l'intégration scolaire est par contre dangereusement contrecarrée par les représentants de la politique sécuritaire (...). L'excellente idée du scénario est d'avoir choisi Les jeux de l'amour et du hasard où valets et maîtres échangent leurs rôles sans parvenir pour autant à supprimer l'ancrage irrémédiable de leurs classes originelles. C'est pourquoi le déguisement qui avive les passions mais ne saurait transformer les esprits et les coeurs ne réussira pas davantage à Krimo qui "rachète" à Arlequin son rôle pour essayer de se faire aimer de Lydia". (...) (Jeune cinéma, n° 287)
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Jezan-Philippe Tessé : " (...) Le film tente de saisir cela, ce débordement sonore, cette frénésie de vocabulaire qui fait l'ordinaire des conversations adolescentes, en se plaçant au milieu des échanges. Il ya quelque chose de sportif dans ces joutes oratoires où insultes, apostrophes et jurons fusent comme des balles. C'est la limite où le film pourrait virer de bord en transformant chaque dialogue en performance, à la manière de ces concours de tchatche d'où le rap a émergé (...). C'est d'une autre parole qu'il est question et qui affleure miraculeusement entre les lignes alors qu'elle a du mal à exister dans la cité : un discours amoureux ou d'amitié pudiquement tapi sous un déluge de vocables blessants (...). S'y joue une maîtrise du langage dont l'ajustement fabrique la fiction de même que la maîtrise de l'espace (...). La scène de théâtre ne sert pas à transformer les personnages (pas de transfiguration via la scène, ni de révélation) mais seulement à modifier les données de l'espace du dialogue. Abdelattif Kechiche mesure ce qui passe du quotidien au théâtre, ce qui s'y perd, ce qui reste en coulisses". (...) (Cahiers du cinéma, n° 586)
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Vincent Thabourey : " (...) Les jeunes acteurs se sont emparés du film sans manières, à bras-le-corps, avec un engagement total où dire c'est faire. On imagine aisément que cette impression de naturel est sous-tendue par une recherche documentaire importante doublée d'une direction d'acteurs exigeante. Cette énergie bouillonnante des acteurs qui fait parfois défaut dans le cinéma français a par moments toute la saveur des bonnes comédies sociales anglaises. Elle nourrit le film sans dogmatisme (...). Parallèlement au spectacle, une histoire d'amour se dénoue, une autre est en suspens et des amis fâchés se réconcilient. Que cette image béate ne trompe personne. Ce passage éclair dans le registre du merveilleux ne doit pas faire oublier que la ville reste un lieu de violence. Si les séquences qui l'évoquent sont peu nombreuses, elles revendiquent presque le statut "d'images chocs" (...). L'Esquive est avant tout une comédie qui joue sur les oppositions et qui fonctionne grâce aux allers-retours permanents entre deux langues que tout sépare, deux langues dont la confrontation, parfois rugueuse, est une vraie trouvaille comique et d'où le mépris est absent (...). (Positif, n° 515)