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10ème Chambre, instants d'audience de Raymond Depardon
Production
Palmeraie et désert / France 2 Cinéma
Claudine Nougaret / Claude Morice / Adrien Roche
Image : Raymond Depardon / Fabienne Octobre / Justine Bourgade
Son : Claudine Nougaret / Sophie Chiabaut
Montage : Simon Jacquet / Lucile Sautarel
Mixage : Dominique Hennequin
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs des textes.
Pascale Bodet : " (...) Le réel choisi est prélevé de façon équivalente et équidistante, quel que soit l'instant, quel que soit le procès, et sans autre programme apparent que de faire un défilé sans adjonction pédagogique, sans parti pris d'orientation, sans valeur ajoutée - sans leçon à tirer. Dans ces conditions, où porter le regard ? La mise en place, aussi simple soit-elle, marque des exclusions fortes. Le plan large, qui aurait permis d'inclure en même temps plusieurs protagonistes, paraît manquer. Dans la même logique, les cadres-types sont des plans-taille : le champ ne donne pas l'impression de devoir être partagé. Un plan = un champ = un individu. Ce jeu de cases uniques met particulièrement en valeur le parti pris du défilé judiciaire comme galerie de portraits (...). La question de la place du spectateur est d'autant plus préoccupante que lui aussi se retrouve seul avec la mélasse des autres - à chaque plan, sans contrechamp, devant tous les individus qui défilent. A quel point de vue se prêter ? Quel point de vue défendre ? (...). La case du spectateur reste vide : il n'est pas réellement acteur du procès, il n'est pas seulement à la place du spectateur et il ne sait pas quoi penser. Ou, ce qui revient au même, il n'arrête pas de juger, de s'identifier. Ne sachant plus où il est, il est nulle part et il est virtuellement partout". (...). (La Lettre du cinéma, n° 28, octobre-novembre-décembre 2004)
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Eric Derobert : " (...) En 1981, Jean-Pierre Vincent met en scène au Théâtre national de Strasbourg un spectacle au titre sobre : Le Palais de Justice. Les dialogues de véritables audiences avaient été consignés et se voyaient joués par des comédiens, la volonté du projet consistant à produire un décalque neutre de la réalité judiciaire. Il s'agissait de montrer ce qui d'ordinaire n'était pas vu, l'évènement de la représentation modifiant par surcroît le regard qu'on aurait porté sur l'audience réelle si l'on y avait assisté (...). A la vision séparée de chacune des séquences de 10ème Chambre, instants d'audience, on peut croire à une approche similaire de la part de Raymond Depardon, à ceci près que les probables déformations de la vérité des protagonistes originels par des acteurs de théâtre seraient ici remplacées par les possibles effets de la présence de la caméra sur l'attitude des protagonistes eux-mêmes (...). Mais si l'on analyse le film sur son déroulement dans le temps on perçoit bien autre chose. Comme tout documentaire, 10ème Chambre, instants d'audience est pour l'essentiel construit au montage (...). Depardon procède à une graduation progressive des délits, graduation pas tout à fait monotone ni régulière, pour quand même laisser une marge de surprise au spectateur". (...) (Positif, n° 520, juin 2004)
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Jean-Michel Frodon : " (...) Dans le travail de Raymond Depardpon presque tout est affaire de cadre. Ici, la mise en place très subtile d'un assemblage de décisions de cadrages va déployer la richesse du film en toutes ses dimensions (...). Dire la loi : rarement il aura été montré aussi précisément et aussi intensément ce qu'implique cette formule (...). Les textes ne sont rien si des êtres humains particuliers dont c'est le métier, ne viennent pas inlassablement les proférer (...). A l'encontre de la répétition kafkaïenne des situations, voire de la pure fatigue, Madame le juge le fait dans ce qui se perçoit très bien comme une invention permanente du point de contact entre la lettre de la règle de droit, qu'il n'est en aucun cas question de transgresser, et la particularité de chaque cas auquel elle-même et le droit sont confrontés, ici et maintenant (...). Des innombrables mérites du film de Depardon, le moindre n'est pas de mettre en question le cliché qui dit que la justice est un théâtre - que ce soit un cliché ne signifie pas que ce soit entièrement faux - mais que cette métaphore marque la fin de toute réflexion". (...) (Cahiers du cinéma, n° 591, juin 2004)
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Hélène Romano : "(...) Le filmage en plans fixes - puisque la caméra ne pouvait être déplacée sous peine de gêner les audiences - est très révélateur : de nombreux gros plans permettent de suivre sur le visage des accusés le besoin de résister, d'interpréter leur acte, de trouver un raisonnement pertinent. Les procureurs jouent leur rôle de censeurs, remparts de la Loi et de la sécurité de la société, les avocats sont plus ou moins convaincants (l'un d'eux se lance dans des considérations philosophiques sur l'interaction amour/haine, inopérantes ici puisqu'elles reviendraient à justifier les mauvais traitements). L'équilibre du montage de ces douze instants d'audience, choisis après trois mois de tournage, donne à comprendre l'essentiel, le rapport strict de l'individu avec la Loi ". (...) (Jeune cinéma, n° 290)
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