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Tropical Malady d'Apichatpong Weerasethakul
Production
Charles de Meaux
Scénario
Apichatpong Weerasethakul
Image : Vichit Tanapanitch / Jarin Pengpanitch / Jean-louis Vialard
Son : Akrichalerm Kalayanamitr
Montage : Lee Chatametikool
Casting
Banlop Lomnoi
Sadka Pengpanitch
Sirivech Jareonchon
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
François Bégaudeau : " (...) En apesanteur au-dessus du sordide, telle est la première partie, sidérante de quiétude. Pas un coup bas, pas une mauvaise pensée. Nulle adversité, nul élément perturbateur. Le film ne raconte pas tant l'amour de Keng et de Tong qu'il ne promène sa radieuse harmonie, succession d'instants dissuadant toute effraction narrative (...). Qu'il consiste à distinguer l'évènement du quotidien ou le bien du mal, c'est le geste même de trancher qui est proscrit. Aucun plan ici ne semble la négation brutale de la proposition de cadre précédente (...). Dans Tropical Malady, on ne rompt pas, on s'efface. Et lorsque, au milieu du film, un conte prétend s'abattre comme une herse céleste sur ce havre, c'est conformément à cette économie du moindre signe qu'il n'y fait pas le chambard annoncé (...). L'ajout de conte, c'est quoi au fond ? Un singe et un tigre, les mêmes qui en première partie auraient pu apparaître en raccord de regard d'une déambulation amoureuse? Sauf qu'aux cris aigus de l'un on accole des sous-titres, et aux moustaches immobiles de l'autre une voix off. Entre le réel et sa légende il n'y a que le dépôt feutré de deux ou trois signes (...). (Cahiers du cinéma, n° 595)
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Antony Fiant : " (...) Les machines à muer que sont les films de Weerasethakul supposent une confiance certaine en le spectateur, invité à partager une expérience antitéléologique. L'entrée dans la danse n'y échappe pas et les questions relatives à l'exposition des enjeux qui s'y posent immanquablement participent d'interrogations qui ne lâchent pas le spectateur et qui jouent pleinement leur rôle dans la conduite du récit, des récits. Dans cette logique de l'inachèvement et de la lacune assumée, c'est même parfois, comme chez tout grand cinéaste, à rebours que tel ou tel indice disséminé agit pleinement (...). Blissfully Yours et Tropical Malady reposent sur une construction en diptyque, l'élaboration de deux volets se répondant de manière différente mais ayant en commun un retour au primitif célébré par une communion entre l'homme, la nature, et, dans le second cas, l'animal (...). S'il est des similitudes entre ces deux structures (ndlr : celles des deux films précités et préalablement explicitées par l'auteur), il convient de remarquer qu'elles ne sont point érigées en système et qu'au contraire elles révèlent une volonté de renouvellement. La volte-face fonctionne en effet dans deux sens opposés. Blissfully Yours passe d'abord par une phase de (relative) agitation avant d'atteindre une certaine ataraxie tandis que Tropical Malady fait le chemin inverse, passant de la quiétude des jeunes garçons (dont la première manifestation est celle des sourires quasi constants) aux troubles de la seconde partie". (...) (in Apichatpong Weerasethakul : des films qui muent, Trafic n° 53, p. 27-38; étude dont nous conseillons vivement la lecture en ce qu'elle développe une approche comparative approfondie de Mysterious Object at Noon, Blissfully Yours et Tropical Malady).
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Nadine Guérin : " (...) Nous n'avons pas trouvé le mode d'emploi pour pénétrer dans l'univers d'Apitchatpong Weerasethakul. Pas plus que nous n'avions saisi, dans Blisfully Yours, l'urgencedu propos tenu (ni la "provocation" d'un générique survenant après 45 minutes de projection), pas plus n'avons nous compris dans celui-ci le lien qui est censé unir les deux parties du film, les amours de Keng et Tong de la première heure, et la poursuite de "l'homme-tigre" de la seconde. Peut-être la créature est-elle Tong puisque Keng la poursuit (ou l'inverse ?). Peut-être pas. La question ne nous a pas semblé angoissante ni digne d'être résolue. A part ces réticences, la jungle est très belle, superbement filmée, un homme pourvu d'un appendice caudal de bonne taille surgit parfois dans les broussailles, il semble se passer des choses importantes du côté des mythes. (...) (Jeune cinéma, n° 290)
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Louis Guichard : " (...) De ces deux volets d'un même diptyque, fascinant de bout en bout, lequel est vécu par les protagonistes, lequel est délie ? Le premier est vraisemblable mais avec la suavité d'un songe fleur bleue. Le second intègre des éléments fantastiques, voire horrifiques, mais avec une précision sensorielle confondante - bruits, lumières, matières. D'un côté la surface lisse, apollinienne des illusions, de l'autre, les tréfonds dionysiaques de la vie, la nuit noire des pulsions et des instincts débondés, le temps des métamorphoses, de l'effroyable vérité ? On pense au Mulholland Drive de Lynch, autre film dévoilant l'envers atroce d'une histoire trop belle, et lui aussi déchiré en son centre par une faille insondable, un trou noir - à Cannes, les spectateurs de Tropical Malady crurent à une défaillance technique. Mais, au final,Apitchatpong Weerasethakul estplus proche du mysticisme de Jacques Tourneur, laissant le dernier mot aux forces obscures de sa jungle vaudoue, sans renier aucunement sa sentimentalité : jusqu'au sang, la maladie tropicale reste maladie d'amour". (Télérama, 24 novembre 2004)
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Gérard Lefort : " (...) Il y grand bénéfice à voir deux fois de film bifide. Car, à la seconde visite, où évidemment la surprise de la seconde partie et notamment son effet de rupture fait moins d'effet, on est d'autant plus attentif au premier récit. Où l'on détecte pas à pas qu'il développe de drôles de façons, des comportements étranges, des images bizarres, de curieux cadres, qui ne sont pas moins énigmatiques qu'un singe qui parle, qu'un tigre qui pense ou qu'un arbre qui respire. Ainsi d'une séance de karaoké out of space, d'une leçon de gym tonic surle parking d'un centre commercial et, surtout, de la visite guidée par deux soeurs d'un temple souterrain où, de tunnel méphitique en boyaux "claustrophobiques", la descente aux enfers guette. Et l'on peut trouver tout à coup qu'il n'est pas d'une évidence fatale qu'en plein milieu d'un embouteillage un bain de première importance, comme par hasard, le camion de Keng s'arrête à hauteur du véhicule de Tong, permettant ainsi aux deux hommes de gentiment dialoguer. C'est une des forces du film que de faire de la banalité un signal d'alarme". (...) (Libération, 24 novembre 2004)
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Jacques Mandelbaum : "Depuis peu, le nom d'Apichatpong Weerasethakul vient aussi facilement que celui de Jean Renoir sur les lèvres d'un cercle de plus en plus large de cinéphiles (...). Deux raisons peuvent être avancées. La première est liée à la soudaine visibilité conférée au cinéaste par sa promotion ultrarapide (...). La seconde intéresse la valeur intrinsèque de son cinéma comparable, tant sur le plan de sa provenance que de son esthétique, à l'irruption impromptue d'une météorite dans l'atmosphère terrestre. Cette étrangeté si radicale qu'elle en paraît incongrue, même la référence à l'art contemporain ou au cinéma expérimental qui constituent le terreau originaire de ce cinéaste de trente quatre ans ne suffit pas à en lever l'hypothèque. C'est donc au risque de cette incongruité mais aussi bien à sa récompense, qu'on ne voit pas comment appeler autrement que l'envoûtement, que doit se préparer le spectateur suffisamment téméraire pour se mettre à l'épreuve de Tropical Malady". (...) (Le Monde, 24 novembre 2004)
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Jean-Baptiste Morain : "Tropical Malady est constitué de deux parties distinctes, d'une chenille et d'un papillon,sans qu'on sache avec certitude qui a engendré qui (...). Toute histoire d'amour a une fin. Dans un geste inouï qui devrait faire date dans l'histoire du cinéma (...) Weerasethakul stoppe soudain son film d'amour tendre pour en commencer un autre - à moins que ce ne soit la suite du premier ou son double inversé, ou le film qu'il souhaitait vraiment réaliser et dont il ne pouvait prendre conscience qu'après avoir produit le premier. Un geste équivalent à ce qu'en peinture on appelle un repentir. Ce second film, d'amour cruel, de chasse à l'homme, de passion, de souffrance, a la forme d'un conte au ton pince-sans-rire (...). Dans ce second film vont advenir quelques évènements troublants qui vont continuer de plonger le spectateur dans un état de torpeur excitée, une sorte de catatonie. Etat entretenu par un système de redites, de rimes, de vrais ou faux flash-back qui viennent se glisser dans cette nuit proprement hallucinante (...). Il y a un geste artistique radical dans Tropical Malady, une remise en question de l'acte de création qui dépasse de loin le seul cinéma (...). (Les inrockuptibles, n° 469)
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Pierre Murat : " (...) On a tous plus ou moins Blissfully Yours (...). Non sans raison. Le film était vertigineux d'ennui, certes, mais empli d'audaces, de fulgurances qui laissaient deviner la naissance d'un cinéaste troublant (...). Ce troisième long métrage porte bien son titre. Un mal bizarre semble avoir métamorphosé le cinéaste en sa propre caricature. C'est l'avatar d'Apichatpong Weerasethakul qui a filmé ce long diptyque indolent, au premier volet très sensible et au second très, très sombre, dans tous les sens du terme. L'étrangeté est restée mais pas la fascination". (...) (Télérama, 24 novembre 2004)
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Yann Tobin : " (...) Une succession de vignettes attachantes, semi documentaires, caractérise la première moitié réaliste et rêveuse, réminiscence du précédent film de son réalisateur, le très lent et parfois fascinant Blissfully Yours. Puis, soudain, le film change de ton et les deux personnages principaux se trouvent au coeur de la jungle, héros d'un conte fantastique où l'un d'eux endosse la personnalité d'un "homme-tigre" qui terrifie la campagne tandis que l'autre devient à la fois son chasseur et sa victime potentielle. Ce transfert fantasmatique des pulsions est filmé dans une forêt obscure qui figure les sortilèges de l'inconscient. Des ruptures de continuité et des temps forts, des apartés en voix off et des plans d'animation : bref, tout un attirail de "déconstruction" mène la fable à son énigmatique conclusion". (Positif, n° 521-522)
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