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2046 de Wong Kar-wai
Production
Paradis Films / Orly Films / Block 2 Pictures / Shanghai Film Group
Wong Kar-wai
Eric Heumann / Ren Zhonglun / Zhu Yongde
Scénario
Wong Kar-wai
Directeur de la protographie : Christopher Doyle / Lai Yiu-fai / Kwan Pun-leung
Décors : William Chang Suk-ping
Musique : Peer Raben / Shigeru Umebayashi
Son : Claude Letessier / Tu Duu-chih
Montage : William Chang Suk-ping
Effets spéciaux : Buf Compagnie
Casting
Tony Leung Chiu-wai : Chow Mo-wan
Gong Li : Su Li-zhen
Kimura Takuya : Tak
Faye Wong : Wang Jing-wen / wjw1967
Zhang Ziyi : Bai Ling
Carina Lau Ka-ling : Lulu / Mimi
Chang Chen : cc1966
Wang Sum : M. Wang / le chef de train
Siu Ping-Iam : Ah Ping
et la participation de Maggie Cheung Man-yuk (siz1960), de Tchongchai Mcintyre (Bird) et de Dong Jie (Wang Jie-wen)
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Matthieu Darras : " (...) Les repères chronologiques, en dépit de l'obsession wongienne des montres et des heures précises, sont souvent floués. Le but premier est de faire ressentir plus intensément certaines émotions : l'avant-goût d'une déception, un amour regretté avant d'avoir commencé, etc. Paradoxe : dans cette logique, un lieu peut faire figure d'indice temporel. Et la distinction temps/espace n'est plus opportune. L'espace est temps, et vice versa. Le titre 2046 reflète parfaitement cette idée d'un lieu-temps. 2046 est avant tout une chambre de l'hôtel "Oriental". D'autre part, on va à 2046 (ni lieu ni espace mental) en train. C'est un véritable voyage dans le temps qu'on effectue pour se rendre dans l'espace-temps où l'on stocke souvenirs, pensées, impulsions, espoirs et rêves. Bien que maintes fois commentée, on n'a pas assez dit combien cette nostalgie particulière teintant le cinéma de Wong Kar-wai, sorte de nostalgie du présent, tient beaucoup à la nature même de la ville. Echapper à son passé : tel est le voeu pieu de Chow Mo-wan dans 2046. Faire autre chose. Recommencer, repartir à zéro, comme dans Happy Together. Même si c'est impossible". (...) (Positif, n°525, novembre 2004)
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Aurélien Ferenczi : " (...) Le cinéphile sait que Wong Kar-wai a l'art de filmer comme aucun autre un Hong Kong stylisé et chatoyant, une certaine idée de l'Orient et du désir. Qu'il manie en maître les couleurs du songe et du souvenir (ici ocre et émeraude), mais que jamais ce maniérisme ne fait obstacle à l'ivresse des yeux et des oreilles. On sait aussi qu'il ne cesse d'explorer son sujet de prédilection, le temps qui passe et les amours qui filent (...). Le romancier lui-même est hanté par le regret d'un amour passé. Il s'y accroche au point de ne pouvoir vivre ces passions qui, apparemment, s'offrent à lui. L'exquise demoiselle de joie de la chambre voisine, et le jeu de cache-cache amoureux qui va les unir puis les séparer, offre ses plus belles scènes au film". (...) (Télérama, 20 octobre 2004)
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Jean-Michel Frodon : " (...) L'une des multiples beautés de 2046 est de raconter aussi le courage, la folie et les incertitudes de celui qui le fait. Noces étranges et magnifiques de l'extrême maîtrise formelle du réalisateur et du désarroi inquiet du conteur. Sans doute le premier met toutes ses ressources de grand compositeur d'images-sons au service du second. Et c'est un festival étourdissant de propositions chromatiques en rouge, vert et or, de rimes et de suggestions qu'un cadre, un glissement, un art du détail exalte. De la grandiose et expéditive scène d'animation 3D d'ouverture futuriste à l'imparable jeu de la leçon de japonais en gros plans sur des chaussures à talon aiguille, du graphisme SF visionnaire à la déco rétro sophistiquée à mort, sans parler du défilé - de stars féminines et de robes à tomber - 2046 a des airs de brasier formaliste où Wong Kar-wai consume sans compter des trésors qui suffiraient à d'autres pour faire quinze films". (...) (Cahiers du cinéma, n° 594, octobre 2004)
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Jacques Mandelbaum : " (...) 2046, c'est ainsi trois choses à la fois : le numéro de la chambre contiguë où résida la femme aimée, le nom du roman en cours d'écriture, et ce lieu mystérieux du monde futur d'où personne, dans le roman, n'est censé revenir et d'où revient, de fait, un double de l'écrivain, incarné par un acteur japonais. De sorte que 2046, davantage que l'addition de ces trois éléments en constitue la synthèse. En vertu de la redistribution à laquelle il procède, l'espace se voit déterminé à travers le seul chiffre du temps. Outre une possible définition du cinéma, cette utilisation d'un chiffre d'autant plus mystérieux qu'omniprésent emporte aussi avec elle l'affirmation d'un credo esthétique : celui d'un art de l'artifice et de la réminiscence, doublure mélancolique et évanescente d'un réel peuplé de fantômes en devenir. Ainsi, tous les signes qui pourraient venir ici attester du poids vivant et contradictoire de la réalité - depuis les multiples personnages jusqu'aux images d'archives du Hong Kong des années 60, en passant par l'existence d'une autre Asie (Singapour ou Japon) - sont-ils inéluctablement aspirés dans la spirale proustienne du temps de la création, immense coquillage jaune et noir qui ouvre et clôt le film". (...) (Le Monde, 20 octobre 2004)
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Alain Masson : " (...) L'utopie de "2046" présente une apparence à la fois dense et simplifiée : les mouvements amples et tranchant de l'appareil, la dureté chromatique du décor, le nom de la ville, les figures érotiques qui la peuplent, l'impossibilité du retour, l'indétermination peut-être accidentelle des androïdes, l'idée d'un lieu d'éternité, tout rappelle ici Stanley Kubrick. C'est à coup sûr une manière d'accuser le caractère cinématographique, cinéphilique même de la mémoire amoureuse qui permettrait d'unir, comme dans une seule chambre, portant justement ce numéro 2046, toutes les maîtresses d'une vie (...). Il n'est pas indifférent que, pour réfléchir sur l'introuvable mémoire, sur l'artifice et la fiction qui affectent de toute nécessité le discours autobiographique et les exercices de contemplation amoureuse qui l'enrichissent, le cinéaste trouble les souvenirs que le spectateur pourrait avoir de deux oeuvres, celle de Kubrick et la sienne (...). La discontinuité de l'espace et du temps, l'hétérogénéïté des souvenirs, la métempsycose, la rencontre d'une idéalité romanesque et de réalités hésitantes composent-elles des corps kaléidoscopiques". (...) (Positif, n° 525, novembre 2004)
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