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Tarnation de Jonathan Caouette
Production
Jonathan Caouette / John Cameron Mitchell / Gus van Sant / Stephen Winter
Scénario
Jonathan Caouette
Image : Jonathan Caouette
Musique : John Califra / Max Avery Lichtenstein
Son : Jonathan Caouette
Montage : Jonathan Caouette / Brian A. Kates
Casting (dans leurs propres rôles)
Renée Leblanc
Jonathan Caouette
Adolf Davis
Rosemary Davis
David Sanin Paz
Michael Cox
Dagon James
Shana King
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Françoise Audé : "Les figures de la monstruosité sont innombrables, elles vont du répulsif au fascinant. Ici, elles abondent, pas toutes rédhibitoires (...). Pour le "réalisateur", monteur, auteur", donc pour Jonathan : "Tarnation est un documentaire, mais aussi un happening, une rencontre". Ajoutons que, entièrement "post produit sur logiciel (...) montage image, truquages/étalonnage, montage son et mixage", le film présente les caractéristiques d'austérité, d'imprécision, de déconstruction, fragmentation, mobilité et rythmes frénétiques d'un cinéma autrefois autoproclamé underground, aujourd'hui "ré-étiqueté" expérimental. Il n'en reste pas moins que les données de la biographie de Jonathan Caouette sont ahurissantes (...). Heureusement, Jonathan n'a jamais oublié de se filmer, la caméra vidéo ayant été son "mécanisme de défense", probablement une manière narcissique de se reconstituer. Le résultat est parfois émouvant. Impressionnant même, cela en termes (on l'espère) d'exception humaine, pas quant à la méthode de fabrication du génie". (Positif, n° 527)
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Lorenzo Codelli : "J'ai été surpris de l'adoration quasi unanime de la critique pour Tarnation. Non pas que, depuis le temps, je ne sois pas habitué aux succès instantanés dus à la mode, mais parce que je me suis demandé : aucun de mes collègues n'a donc jamais vu un film de Stan Brackage ? Ils devraient pourtant savoir que, sa vie durant, le maître de l'underground américain (récemment disparu) avait filmé sa propre existence dans chacun de ses moindres replis, remntant ensuite des petits films de famille en les parant d'inventions linguistiques admirées (...). Caouette a créé un "journal" autobiographique "hyperégocentrique" et parfois engageant. Grâce aux incroyables évènements dont il a été l'objet (mais se sont-ils vraiment passés ainsi, ou nous le fait-il croire ?), que l'auteur gonfle de manière ronflante comme dans Vérités et mensonges, l'expérience n'ennuie pas. Mais, hélas, se répète la litanie des lamentations, confessions, révélations, sauts en avant et en arrière, jeux électroniques des sous-titres et des collages visuels. Brakhage, si l'on veut, était répétitif, mais les segments de son flux monothématique étaient bien plus courts et, décidément, moins spectaculaires". (...) (Positif, n° 521-522)
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François Forestier : " (...) Ce collage frénétique résume toute une vie : les couleurs bavent, les interviews sont décadrées, les visages flous, tout est filmé à la va-vite, avec l'énergie du désespoir. Il passe là-dedans quelque chose de fiévreux, une sorte de plaisir obsessionnel, une urgence absolue : si Jonathan Caouette n'avait pas fait de cinéma, il serait peut-être mort (...). Dans les années 60, Renée est une beauté : cheveux noirs à la Joan Baez, regard de braise. Elle se marie, un bébé naît, elle part avec le nourrisson en abandonnant son foyer au Texas. A peine arrivée à New-York, elle est violée devant Jonathan, qui a 3 ans. Traumatisée, de retour chez ses parents, elle est placée en hôpital psychiatrique. Pendant qu'elle est soumise à des centaines d'électrochocs, l'enfant est confié à des familles adoptives : il est souvent attaché, battu. Il s'échappe parfois pour aller au cinéma avec son grand-père, découvre la sexualité avec des pédophiles, apprend que sa mère sombre. Il travaille dans des stations-service, fait remettre sa mère en liberté, survit tant bien que mal, se drogue, s'installe à New-York avec son amant et apprend que Renée est définitivement abîmée : elle a été victime d'une overdose de lithium. Sa raison a basculé. Avec une caméra Sony Hi-8, achetée d'occasion par son grand-père, Jonathan Caouette commence à rassembler souvenirs et bouts filmés (...). "Tarnation" (exclamation enfantine, moins grossière que "Damnation !") est un poème électrique, la radiographie d'une descente aux enfers, la version vidéo des "Lettres de Rodez". Film noir ? "Pas tant que çà, souligne Jonathan Caouette, çà se termine bien. J'ai survécu et ma mère aussi. C'est une fin heureuse. Une putain de bizarre fin heureuse". (Le Nouvel Observateur, 8 novembre 2204)
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Louis Guichard : "On peut chercher à présenter ce film rationnellement : c'est l'assemblage des documents autobiographiques stockés depuis vingt ans par un New-Yorkais aujourd'hui trentenaire, Jonathan Caouette. Mais rationnel n'est pas exactement le terme qui convient, ni au garçon ni à son oeuvre. Tarnation évoque plutôt une gerbe hirsute d'étincelles provoquée par un court-circuit non-stop, en tout cas, un effarant maelström visuel et sonore (...). Maîtriser par l'image etle récit le chaos d'une vie, tout en le restituant de façon sensorielle, voilà ce que réussit Tarnation, film clignotant, suturé de partout et foncièrement hétérogène (...). Ebranlée aussi la limite entre la vérité et son envers romanesque, digne de la meilleure tradition américaine : les électrochocs à répétition de Renée en font un personnage à la Tennessee Williams, une petite soeur d'Elisabeth Taylor dans Soudain, l'été dernier (...). Tarnation est un vrai film humaniste. Caron y voit un gamin s'extirper de l'enfer à la seule force de son imagination, de sa sexualité, de ses passions. Puis s'inventer un langage artistique et passer d'une Amérique arriérée et mortifère à une autre, où tout semble encore possible. Y compris d'imposer un film aussi libre et viscéral que celui-ci". (Télérama, 10 novembre 2004)
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Gérard Lefort : " (...) Cette vie filmée nous harcèle aussi et nous désespère, empêchant l'ignominie de la compassion (...). Livret de famille lacéré, album de photos souillées (larmes ou vomi?), ces images ont le cafard, la bande -son mauvaise haleine. Jonathan Caouette ne communique pas, il panique. En perpétuelle overdose de lui-même au point que parfois on a envie de le quitter, de faire une pause, pour qu'il ait le temps de ramasser ses billes et qu'il aille jouer sa vie ailleurs que dans la nôtre. Sauf qu'il nous rattrape toujours dans l'escalier (...). Si ce genre ne vous rappelle rien ,Tarnation ne peut pas grand chose pour vous. Car l'étonnant dans cette séquence, ce n'est pas son exception mais plutôt que tout le monde n'en a pas fait autant. Quiconque ayant entre 8 et 12 ans accordé des interviews exclusives à lui-même en se confessant à quelque caméra imaginaire, tout en tremblant d'être découvert comprendra. Caouette, lui, a eu le génie enfantin de se filmer pour de bon". (...) (Libération, 10 novembre 2004
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Isabelle Regnier : " (...) Tarnation est un récit à deux voix : l'une raccorde silencieusement et inconsciemment ces éléments visuels et sonores selon un processus proche du stream of consciousness. L'autre, off, celle du narrateur, fait le récit distancié, à la troisième personne, de l'histoire de son propre personnage (...). Dans une démarche qui évoque celle de Nan Goldin, la seule "vérité" sur laquelle le spectateur puisse compter -hormis l'apparence physique des personnages qui se vieillissent de vingt ans en deux heures - est que le film a été écrit par son auteur qui en est aussi le narrateur et le personnage central (...). La grande réussite du film tient à l'émotion qui se dégage de la relation d'amour fou unissant l'adolescent, puis le réalisateur adulte, à sa mère. C'est aussi par-là que le film échoue. (...) L'auteur place la pudeur au mauvais endroit. Il parle de la folie mais la montre à peine, ne fait pas assez confiance à son dispositif et à la distanciation qu'il crée. Esquivant l'âpreté, il esquive aussi la force et la poésie". (Le Monde, 10 novembre 2004)
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Jean-Philippe Tessé : " (...) Ce récit est vu de très près - Caouette se filme depuis l'âge de 11 ans - et raconté de plus loin, via un texte à la troisième personne (...) qui propose une distance à définir. Elle serait -hypothèses- celle du désordre intérieur, ou une précaution nécessaire vis-à-vis de l'écriture contre laquelle la troisième personne vaudrait comme garantie de ne pas se faire engloutir par elle, de ne pas se dissoudre. Ou, autre chose, l'indice qu'il n'y a d'empathie possible qu'à travers cette sorte d'éloignement dérégulé, sans instance de contrôle - geste pervers de l'autobiographie qui semble fabriquer une carapace quand elle file une toile d'araignée. Ou l'indice que le texte s'affichant à l'écran existe aussi comme manière de contester l'immédiate et sensuelle attirance pour les images (...). Moi resplendissant autant qu'en lambeaux. Course à la chimère mais course quand même et en avant. Créature warholienne, Caouette invente l'autoportrait en série - concrètement : la reproduction presque en boucle de ses images, les trucages (split screen, surimpression, etc.) qui disent comme ils peuvent l'éparpillement de la personnalité". (...) (Cahiers du cinéma, n° 595)
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A lire également
- L'entretien avec le cinéaste Jonathan Caouette réalisé par Elisabeth Lebovici et Annick Rivoire, et paru dans le numéro daté du 10 novembre de Libération
- L'entretien du cinéaste Jonathan Caouette réalisé par Jean-Philippe Tessé, et paru dans le numéro 595 des Cahiers du cinéma
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Dans son texte précité publié dans Le Nouvel Observateur, François Forestier propose une anthologie des "journaux" au cinéma : Jonas Mekas bien sûr mais aussi les frères Mayles (Grey Gardens, 1975), Jaime Chavarri (le magnifique El Desencatado, 1976, puis A un dieu inconnu (1977), Ray Billigham (Fishtank, 1998), Darren Stein et Adam Shell (Put the Camera on Me, 2003).