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Shara de Naomi Kawase
Production (Japon)
Yoshiya Nagasawa
Scénario
Naomi Kawase
Direction de la photographie : Yutaka Yamazaki / Yuzuru Sato
Musique : UA
Son : Eiji Mori
Montage : Naomi Kawase / Shotaru Anraku / Tomoh Sanjo
Casting
Kohei Fukunaga : Shun
Yuka Hyoudo : Yu
Naomi Kawase : Reiko
Katsuhisa Namase : Taku
Kanako Higuchi : Shouko
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D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Charlotte Garson : (...) (Sur la séquence de la disparition de Kei) : "Le film rend admirablement l'étrangeté du laps de temps qui s'égrène entre la perte et son enregistrement mental par ceux qui restent - entre le choc et le deuil. Cinq ans plus tard, la vie a repris, la mère est de nouveau enceinte. D'autres courses, d'autres travellings prennent place, suivant Shun adolescent et sa jeune voisine Yu, à vélo ou à pied, ou l'impressionnante parade rituelle dansée où Yu enchaîne une série de mouvements répétitifs et hypnotiques (...). De même que la disparition ne pouvait être filmée qu'en plan-séquence et advenir au moment de la coupe, ici, une révélation ne peut se dire que dans une durée scandée par les pas des deux femmes. Durée que la parade, la prière (collective, en cercle) et les mouvements respiratoires pendant l'accouchement de la mère reprennent en la ritualisant, et qui marque peut-être la fin du cycle de la disparition (...). Le nouveau-né ne remplace pas le jumeau disparu (le souvenir de Shun jouant dans la cour avec son frère revient à la fin de Shara, surexeposé mais bien présent). Il débloque le temps familial arrêté sur l'instant de la disparition ". (Etudes, mai 2004)
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Heike Hurst : " (...) Naomi Kawase montre dans une sorte de suspense douloureux et profond les traces de la disparition d'un enfant, le travail de deuil et de mémoire qui s'ensuit et la lente réappropriation de soi et de son histoire, malgré tout (...). Quand elle entreprend le travail sur Shara, elle s'installe avec ses acteurs-personnages dans une maison qui sera la maison du tournage. Peut-être arrive-t-elle à créer cette intensité qui caractérise ses films comme si elle avait écouté pendant des décennies les manifestations secrètes des âmes en émoi. Son cinéma révèle l'agitation des corps exposés aux tourments des émotions. A l'observation de ce monde intérieur insondable, elle joint un filmage d'une précision exceptionnelle pour capter les manifestations du corps par rapport à cette violence du réel inacceptable. Shara est une autre pierre précieuse qui vient compléter la lente élabotation de l'oeuvre de la cinéaste : étudier les rencontres tourmentées des âmes soeurs/frères, parents/enfants, etc. Shara marque aussi un tournant car c'est la première fois que Naomi Kawase donne la priorité à la danse de la vie, à la renaissance - un bébé naît - non pas pour remplacer le corps disparu mais pour affirmer le mouvement perpétuel". (...) (Jeune cinéma, n° 288, avril 2004)
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Serge Kaganski : " (...) Comment Shun et sa famille vivent-ils le manque ? Comment ce trauma initial travaille-t-il Shun et son rapport aux autres, à un âge où s'éveillent sexualité et sentiments ? Ces questionnements, à la fois universels et constitutifs de la singularité de Naomi Kawase, sont déjà remarquables en soi, mais ce qui ici est grand, stupéfiant, presque irréel de délicatesse et de subtilité, c'est la façon dont Kawase s'approprie ces motifs de cinéaste visitée par la grâce. Si Suzaku était le plus souvent cadré avec une caméra sur pied, Shara appartiendrait plutôt à la catégorie des "films-endoscopie", plongées organiques dans un lieu ressemblant à un grand corps, utilisant des procédures de mises en scène vulgarisées par les jeux vidéo. La caméra de Shara est toujours mobile, en mouvement, privilégiant la figure du travelling avant. Au lieu de mettre en place de manière classique un espace-scène de théâtre à trois côtés (la caméra prenant la place du quatrième côté, celle du cinéaste et des spectateurs), la caméra de Shara force l'espace du film, avance vers un fond-horizon sans limite des plans, tourne parfois sur elle-même à 360°... L'usage de la Steadycam ajoute à cette figure dominante un aspect flottant, glissant, liquide, incertain, proche d'une vision somnanbulique onirique". (...) (Les inrockuptibles, 31 mars 2004)
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Jacques Mandelbaum : " (...) Ce style singulier dont la formule repose sur un humanisme d'autant plus vibrant et sensuel qu'il est fondé sur l'épreuve intime de l'absence et de la mort, produit ici un récit qui, précisément inauguré par la disparition d'un enfant, dépliera dans la crainte et le tremblement, mais aussi bien dans l'émerveillement, la dialectique entre l'irrémissible sentiment de la perte et l'hypothèse plus fragile d'un possible rachat (...). Dialectique délicate, dont les risques de complaisance spectaculaire et d'empesage psychologique sont d'emblée réglés par un hallucinant plan-séquence d'une virtuosité proprement aérienne. Soit l'espace confiné d'une pièce lentement exploré par la caméra, qui va bientôt coller aux basques des deux enfants jumeaux qui y jouent, les suivant dans les méandres de la maison qu'ils traversent, dans la cour qui la sépare de l'extérieur, puis dans le réseau labyrinthique des rues qu'ils parcourent en courant, avant que l'un d'eux ne disparaisse subitement au détour d'un angle droit, proprement volatilisé, ravi par les cieux dans l'infime interstice temporel qu'il aura fallu à la caméra pour le rejoindre". (...) (Le Monde, 31 mars 2004)
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Anthoine Thirion : " (...) Shara accomplit sa révolution et le récit, sa résolution, par une succession de petits motifs. Scansion d'éclats visuels et sonores, pulsations discrètes ou massives, plans de rue et de fleurs, gestes chorégraphiques ou du quotidien. Le film est travaillé de l'intérieur par le bout à bout de petits récits divisés en deux. Comme "début" et "fin", chaque scène, personnage ou objet, a son jumeau antérieur ou futur. Soit il promet, soit il accomplit la promesse. Et suspend ainsi le lien de cause à effet (...). Naomi Kawase est, elle aussi, contrainte de se dédoubler. Présente de part et d'autre de l'écran, elle réunit deux temps disjoints, celui de la préparation et celui de la performance (...). Documentaire-fiction, ce partage ne peut pas être posé de manière étanche quand chacune des parties n'est employée qu'à travailler l'autre, à manier ce qui les sépare (...). Shara loge dans cet entre-deux, récit (ou fantôme, légende, tradition, souvenir) qui met un instant passé en rapport avec le présent". (...) (Cahiers du cinéma, n° 589, avril 2004)
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