Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004
Big Fish de Tim Burton
Production
Columbia Pictures
Richard D. Zanuck / Bruce Cohen / Dan Jinks / Arne L. Schmidt
Scénario
John August
Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
Décors : Denis Gassner
Costumes : Colleen Atwood
Musique : Danny Elfman
Montage : Chris Lebenzon
Casting
Ewan McGregor : Edward Bloom jeune
Albert Finney : Edward Bloom
Billy Crudup : Will
Jessica Lange : Sandra
Helena Bonham Carter : Jenny et la sorcière
Danny DeVito : Amos Calloway
Steve Buscemi : Norther Winslow
Alison Lohman : Sandra jeune
Robert Guillaume : Dr Bennett
Marion Cotillard : Joséphine
* * * * *
D'un regard l'autre
Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.
Jean-Louis Bourget : " (...) (Le récit double entorse à l'éthique du tall tale. D'une part, le cadre global appartient à un schéma thématique traditionnel (un fils s'efforce de mieux connaître et comprendre son père avant la mort de celui-ci), d'autre part, la satire mais aussi la violence, caractéristiques du genre (yeux arrachés), tendent à être gommée au profit du féérique. On s'accordera à distinguer scheématiquement trois veines principales chez Tim Burton : le gothique, la féerie et la satire (...). Non que les éléments gothiques ou satiriques soient ici tout à fait absents : évoquons pêle-mêle la forêt anthropomorphe dont les arbres vivants tentent de retenir le héros prisonnier, les araignées sauteuses, le personnage de loup-garou incarné par Danny DeVito, (...). Ou encore, dans le registre satirique, l'histoire de la mort du laitier (roman familial inversé). Il n'empêche, c'est un Tim Burton plus sentimental que d'habitude qui l'emporte ici". (...) (Positif n° 517, mars 2004)
* * * * *
Jean-Marc Lalanne : " (...) Quelque chose a mûri dans le cinéma de Tim Burton. Il peut désormais faire vivre des personnages réalistes, donner corps à des sentiments banalement humains (...). Le cirque Burton, ses flambées dans l'imaginaire, son esthétique de parade post-fellinienne, sont encore présents mais uniquement pour mettre en image les souvenirs de jeunesse du vieil Ed Bllom (...). Le film est donc le récit d'un double travail de deuil : celui d'un fils avec la représentation du monde héritée de son père et celui d'un cinéaste qui met à distance le type de cinéma dont il a été l'un des représentants les plus brillants et novateurs et auquel, aux premiers signes d'usure, il décide de renoncer. La mue n'est pas encore totalement accomplie. Big Fish est inégal, un peu bancal (...). Cette absence de fluidité ne nuit pourtant pas durablement à la beauté un peu sourde et enfouie du film. Tim Burton enregistre ce moment âpre où il faut renoncer à ses jeux d'enfants, ses figurines fétiches et ses poupées de chiffon, où l'on remise ses reliques dans un vieux carton à jouets voué à prendre la poussière. Entre les affabulations héroïques du père et le réalisme contrit du fils, on craint longtemps que le film ne choisisse la résolution la plus consensuelle. Qu'à la fin par exemple, le fils découvre que les mensonges du père n'étaient pas des mensonges, que toutes ses créatures abracadabrantes ont réeellement existé. Le dénouement est plus subtil. Le film trace une ligne médiane. Certains personnages apparus dans les flash-backs prennent tout à coup corps dans la réalité, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres". (...) (Les inrockuptibles, 3 mars 2004)
* * * * *
Isabelle Régnier : " (...) C'est d'une usine à rêves qu'il s'agit ici, nichée dans l'esprit d'un Américain anonyme, homonyme du Léopold Bloom de Joyce, dans Ulysse, exerçant comme lui le métier de VRP, et s'inventant une vie plus grande que nature (...). Centré sur le rapport père-fils et la transmission, Big Fish se rattache à la filmographie de son auteur par le prénom de son héros, Edward, désormais véritable signature burtonienne. Les mots comptent plus ici que les images. Ils les font surgir. C'est dans la narration que s'est reportée la passion de Tim Burton pour le bancal et le dissonant. Contée à plusieurs voix, la légende prend forme comme un livre à entrées multiples mais n'en apparaît pas moins parfaitement homogène (...). Dans ce récit qui en contient la clé, l'histoire de la réconciliation entre le père et le fils se fait une place en cours de route, comme une sorte d'excroissance. La réconciliation a lieu sur le lit de mort du père, qui transmet à son fils le flambeau de la fiction en lui demandant d'écrire son dernier chapitre". (...) (Le Monde, 3 mars 2004)
*
* * * *
Vincent Malausa, dans le revue Cinéastes, défend la construction
d'ensemble du film en y voyant une "synthèse quasi-théorique"
de l'opposition continuelle dans le cinéma de Tim Burton "entre
une certaine trivialité ordinaire et la magie des constructions imaginaires".
L'ensemble du récit retrouverait ainsi sa pleine cohérence : "De
la même façon que les scènes de récit finissent par
se confondre avec les séquences réelles, transformant l'ensemble
en une suite de sketches qui se croisent et se répondent entre eux, le
démélage du vrai et du faux entrepris par le fils devient rapidement
secondaire. A la manière d'une rivière dont peu à peu on
ne maîtriserait plus le cours, la fiction, le faux, l'imaginaire emportent
progressivement tout sur leur passage" (Vincent Malausa, Mémoires
d'un poisson-clown, Cinéastes n° 12, p. 47). On trouvera dans ce
même numéro un dossier fort bien mené sur le réalisateur,
qui s'attache surtout à faire découvrir quelques aspects moins
bien connus de sa filmographie.
* * * * *
Antoine Thirion : " (...) Le sentiment de déception, voire d'agacement, ne résulte pas tant du scénario, récit plutôt émouvant développé sur le thème de la filiation (...) . L'initiation au romanesque étant une condition d'un passage à l'âge adulte, il faut être juste : l'adage est, au choix, bouleversant ou plat (...). L'enquête filiale qui constitue le deuxième tiers du film inverse les proportions du récit paternel - plus de réalisme et moins de fantaisie - et ne maintient qu'une étrangeté fade. Dernier tiers dont on aurait aimé que le film fasse son ouverture : enterrement du père, réunion de tous ses intimes dans l'espace commun de la réalité et du rêve, du banal et de l'étrange, de la vie et de la mort. Ainsi conçu, le shéma de Big Fish provoque plusieurs effets néfastes : compartimentation trop distanciée des niveaux d'énonciation, bestiaire figé par un cerne contraignant, soumission de Burton à la vogue contemporaine d'un cinéma exécutant sur simple demande mille chansons et pirouettes (...). La gêne provient aussi d'une pratique de l'autocitation comme mise à distance du style (...) et de ce que l'économie à quoi Burton nous avait habitué, s'annule dans le passage à une forme plus traditionnelle de superproductions américaines". (...) (Cahiers du cinéma,n° 588, mars 2004)
* * * * *
A lire également :
- L'entretien avec Tim Burton, réalisé par Michel Ciment et Laurent Vachaud et paru dans le numéro 517 (mars 2004) de la revue Positif
* * * * *