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Retour à la rubrique : Les films de l'année 2004

 

 

 

Le Pont des arts d'Eugène Green

 

 

Production

Mact Productions

 

Scénario

Eugène Green

 

Directeur de la photographie : Raphaël O'Byrne

Musique : Vincent Dumestre

Montage : Jean-François Elie

 

Casting

Adrien Michaux : Pascal

Natacha Régnier : Sarah Dacruon

Denis Podalydès : Guigui, alias l'innomable

Alexis Loret : Manuel

Olivier Gourmet : Jean-Astolphe Méréville

Camille Caraz : Christine

Jérémie Renier : Cédric

(...)

 

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D'un regard l'autre

Une sélection d'extraits des critiques de ce film parues dans les principaux quotidiens, périodiques et revues de cinéma francophones. Ces extraits sont présentés suivant l'ordre alphabétique des patronymes. Ils sont accompagnés de leur référence afin de permettre au lecteur de se reporter à l'intégralité du texte. Tous droits réservés des auteurs cités.

 

 

 

Benoît Chantre : " (...) Le Pont des arts confirme une écriture et une inspiration, et leur donne la fluidité et le rythme que la très strice composition des précédents films annonçait (...). Eugène Green creuse le plus qu'il est possible ce qui fait le coeur du réel, entre passé et avenir, ciel et terre (...). "Nous sommes un corps unique dans la lumière", dit Sarah à Pascal. Toute la ville se concentre en ce noyau d'énergie lumineuse. C'est le point culminant du film, sa résolution mystique (...). Résolution de tous les contraires que "l'intelligence seule sépare", dit l'image de Sarah sur le pont : le burlesque et le tragique, le verbe et la chair, la vie et la mort. L'émotion dégagée par cette scène sature soudain l'écran de sa lumière. Et le spectateur comprend ce qui a eu lieu quand Pascal, retenu par la voix enregistrée de Sarah, a échappé à la mort : son visage livide pendant qu'il regardait le ciel était filmé de haut, du point de vue de la voix qu'il entendait. Il s'était mis à rire : Sarah l'apparemment morte et Pascal l'apparemment vivant s'étaient alors unis derrière les apparences. Elle le lui rappelle sur le pont : "Tu as entendu le rire dans ma voix". Sarah a disparu, qui vient de révéler le Verbe, le mettre au monde dans l'éclat de midi. La caméra filme Manuel tournant son visage vers la fenêtre. Les plans des deux nouveaux amis, l'un regardant couler la Seine du pont des arts, l'autre de chez lui, s'accordent dans la voix de leur âme et amie commune, qu'on entend à nouveau chanter le Lamento della ninfa ("Une femme, disait-elle à Manuel au tout début du film quand il l'interrogeait sur le baroque, peut-être folle, peut-être morte"). Ni l'une ni l'autre. Ressuscitée. C'est là l'un des fils possibles, l'une des façons de raconter cette oeuvre au scénario ciselé, dans lequel s'insèrent avec grâce les images de Raphaël O'Byrne (...) (Esprit, décembre 2004)

 

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Jean Collet : " (...) Pour une fois, je vais essayer de défendre un film qui a tout pour déplaire, un vrai film maso - que dis-je carrément suicidaire -, auprès duquel le parler bressonien (auquel, évidemment, Eugène Green se réfère) apparaît comme la quintessence du naturel. A bien des égards, voici un film exaspérant : par ses partis pris ridicules et naïfs; par une application studieuse à rater ses coups de caricatures grossières : ainsi l'homosexuel adipeux, ami du musicien et valet d'un ministre, qui enseigne à un jeune comédien - avec des intentions évidentes - comment jouer Racine en chemise de nuit, et en révélant le "sous-texte"... Ou le musicien "innomable" qui hoquète avec son faux accent anglais et ne parle que pour vomir des injures (...). Alors pourquoi défendre un cinéma qui a déjà son petit public et ses grands avocats ? (...). Eh bien ! Je confesse qu'il me touche, me bouleverse même parfois, malgré ses défauts, à travers ses défauts. Grâce à Natacha Régnier, d'abord, qui, elle aussi, passe à travers l'afféterie persistante de son metteur en scène. Car la même caméra frontale, policière, qui enferme les autres personnages dans une cage sans air pour les ridiculiser le plus souvent, l'écrase elle aussi : mais, cette fois, la douleur perce l'écran, et le spectateur - comme chez Dreyer - ne peut qu'être submergé par la compassion; Natacha Régnier n'est d'ailleurs pas la seule capable de donner un sens à ce cinéma de la cruauté. Car si Eugène Green n'est guère doué pour la satire et encore moins pour l'humour, il sait - et cela a plus de prix à mes yeux - filmer mieux que personne les larmes et le désespoir. Pas seulement le désespoir de quelqu'un, mais aussi le désespoir d'une époque (...). Eugène Green sera peut-être, un jour - bientôt je l'espère - un grand cinéaste, pour peu qu'il veuille considérer le spectateur, accepter de le rencontrer humblement, au lieu de l'épater, voire de le terroriser sottement avec ses petits copains. Car il a des choses tellement essentielles à nous dire, sur le mal - aujourd'hui et toujours -, et la noblesse, la grandeur des enfants qui ont le pouvoir incroyable de désarmer le diable" (...). Il me faut maintenant rassurer le spectateur qui osera affronter ce film, et je l'y encourage résolument, malgré tout, car il y a des moments sublimes dans cette oeuvre écartelée. Et n'est-ce pas l'humble réalité d'un pont - sa fonction,son art, justement - que de résister à ce qui l'écartèle ? ". (Etudes, décembre 2004)

 

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Heike Hurst : " (...) L'essentiel, ce n'est pas ce qu'on voit, ce que les gens disent, l'essentiel c'est ce qui se passe dans les coeurs, ce que les personnes éprouvent et transmettent avec la musique comme unique vecteur. Et quelle musique ! On n'aura jamais entendu chanter le Lamento della ninfa de cette façon. Cette voix miraculeuse bouleverse. Le temps est suspendu, la création surmonte la douleur et l'absence. Monteverdi écrivit ce lamento après le décès de sa jeune épouse. Sarah, tout comme elle, blessée à mort - en paroles - par son professeur, va disparaître pour revenir hanter les vivants et donner à son amoureux transi le courage d'un amour éternel et impossible. Malgré ce contenu mélodramatique, le film ne s'enlise jamais dans le cliché ou dans le ridicule. Le pont des arts, pont emblématique entre Le Louvre et l'école des Beaux Arts, trait d'union entre les rives, entre les disciplines artistiques, se mue ici en Styx qui sépare le monde des vivants du monde des morts (...) (Jeune cinéma, n° 292)

 

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Jacques Mandelbaum et Isabelle Régnier : " (...) La seule voie imaginable en la matière sera celle de l'art, défini ici par le titre même, comme un pont jeté entre les rives de la réalité et de l'imaginaire, de la satire et du sublime, de la tragédie et de la farce, mais aussi bien de la vie et de la mort. Voici donc un film installé en permanence sur le fil du rasoir, d'un anti utilitarisme féroce, d'une subtile délicatesse et d'une drôlerie vacharde, d'une évidente modernité et d'un goût altier pour la tradition, une oeuvre tout à la fois forte de ses convictions et ténue comme l'utopie (...). Naît tardivement dans le film, à partir d'un plan bressonien de cuisinière à gaz, une singulière histoire qui voit un jeune rescapé tomber éperdument amoureux d'une voix avant de rencontrer, dans son éclatante vitalité, le corps qui l'abritait. Cela par la seule puissance de l'art, sur le pont qui en porte le nom. Devenu le socle d'un espace-temps indéfinissable, celui de l'art, de l'amour, du baroque, de la fusion de la vie et de la mort, celui-ci accueille la rencontre des deux amants, séparés par un champ-contrechamp vertigineux, mais unis dans une lumière invisible pour entonner un sublime duo amoureux". (...) (Le Monde, 10 novembre 2004)

 

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Jacques Morice : " (...) Chez Eugène Green on aime toujours ce qu'on a aimé un jour, dans une autre vie, antérieure ou imaginaire . Religion que tout cela ? Pas vraiment. Plutôt une foi dans la spiritualité exprimée de façon très concrète. Le réalisateur pourfend la suffisance autoritaire incarnée par le bouffon innomable et par un metteur en scène ridicule, hypocrite et conformiste. A n'en pas douter, Eugène Green règle ses comptes avec le milieu du théâtre et de la musique baroque où il a longtemps souffert avant d'être sauvé par le cinéma, plus hospitalier (...). La grâce du verbe, sa résonance dans ces vieux appartements peu meublés, dans les jardins d'automne ou les rues d'un Paris baudelairien, animent cette sorte de chanson de geste médiévale. L'artifice est ici affiché, - "Le masque était ma vérité" soupire un moment Sarah. Il n'empêche nullement l'humour (on rit beaucoup) et l'émotion, notamment lorsque Pascal, réchappé in extremis de la mort grâce au magnifique Lamento della ninfa (chanté par Claire Lefilliâtre), pleure de joie.Un flux secret semble éclairer les visages, contribuant à la beauté raphaélique de Natacha Régnier, à l'exaltation d'Adrien Michaux, à la fièvre blanche d'Alexis Loret. Il y a là une sincérité, une férocité et un élan". (...) (Télérama, 10 novembre 2004)

 

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Olivier Séguret : " (...) Le plaisir qu'Eugène Green s'autorise et du coup nous accorde, ne se conçoit que dans le cadre préalable d'une gravité étrange, une lucidité bressonienne portée sur le monde mais qui aurait gardé, encadrant le regard, les pans de rideau du théâtre. Green possède un art tout à fait suprême et tordu pour faire vivre dans un plan de pur cinéma des créatures chimériques et bâtardes comme l'Innomable, autre personnage infernal qu'incarne Denis Podalydes. L'Innomable est un odieux tyran musicien qui frappe le destin de la pure Sarah mais c'est aussi une figure où s'agrègent une cohorte de caricatures ancestrales (...). La première vertu du Pont des arts est cet effet d'un film qui nous regarde et, au propre comme au figuré, nous dérouille : il nous tance autant qu'il nous décille. Le rapport individuel que chacun entretient à la "culture" est certainement le point le plus délicat que peut soulever un film comme celui-là". (...) (Libération, 10 novembre 2004)

 

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Jean-Philippe Tessé : " (...) C'est sur le pont des art qu'Eugène Green est au plus près de lui-même. Par une façon de dépouiller le fantastique de ses atours, par une approche tourneurienne des spectres (ila appartiennent encore au monde, à la vie), il continue ce cinéma de croyant qui traque l'énigme du verbe et l'empreinte sacrée de l'invisible (...). Est-ce une manière de grandir, cet élargissement du cadre des vues parisiennes (les toits, la Seine, le pont des arts), cette singularité qui s'assagit, cette tenue de plan qui s'assouplit ? Est-ce une nouvelle manière, cette manière de marier une épaisse comédie de moeurs à une fine et translucide épopée parisienne de jeunes cervelles éprises de beauté ? Plutôt la certitude nouvelle, héritée d'une fermeté inquiète, que l'opération de l'art est bien une alchimie. Que le dépouillement conduit de film en film vers une simplicité d'expression qui, aérée à d'autres vents, se rapproche humblement de l'objet de sa quête : le visage matinal d'un fantôme, d'une voix qui ne s'est pas éteinte quand le corps qui la portait, lui, a rejoint les ordinaires de la Seine". (...) (Cahiers du cinéma, n° 595, novembre 2004)

 

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A lire également :

1/ L'entretien avec Eugène Green, réalisé par Antoine de Baecque et paru dans le numéro de Libération du 10 novembre 2004

2/ L'entretien avec Eugène Green, réalisé par Florence Colombani et paru dans le numéro du Monde daté du 10 novembre 2004

 

 

 

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