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Dementia / Daughter of Horror (1955)
de John Parker
Production
H.K.F. Productions / J. J. Parker Productions
John Parker / Ben Roseman (ass.pr.) / Bruno VeSota (ass.pr.)
Scénario
John Parker
Directeur de la photographie : William C. Thompson
Musique : George Antheil / Shorty Rogers (jazz)
Décors : Ben Roseman
Son : Buddy Myers / Michael Pozen
Effets photographiques : Albert Simpson
Montage : Joseph Gluck
Casting
Adrienne Barrett : la jeune femme
Lucille Howland : la mère
Ben Roseman : le père
Bruno VeSota : l'homme riche
Ed Hinckle : Butler
Angelo Rossito : le vendeur de journaux
et Richard Barron, Ed McMahon (le narrateur), Faith Parker, Shorty Rogers, Gayne Sullivan, Jebbie Ve Sota, Shelley Berman, Jonathan Haze
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Une étude de ce film sera prochainement mise en ligne
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Dementia, alias Daughter of Horror (c'est sous ce titre que circule aux Etats-Unis la version DVD), aurait été réalisé en 1955. L'emploi du conditionnel s'impose car de la généalogie de ce film demeure mystérieuse. L'année 1955 semble toutefois très probable : elle figure systématiquement dans les catalogues recensant le cinéma bis des années cinquante. L'orchestre des Giants du saxophoniste Shorty Rogers a, cette année là, le vent en poupe. Cette même année 1955, Shorty Rogers et son orchestre sont choisis par Otto Preminger pour figurer dans The Man with the Golden Arm et auditionner Frankie Machine (Frank Sinatra). De John Parker nous ne savons rien. Il en va de même de presque tous les intervenants, à l'exception du directeur de la photographie, William C. Thompson, connu pour avoir signé la photographie de la plupart des films d'Ed Wood Jr., du monteur Joseph Gluck, spécialisé dans la série B à la Universal Pictures durant les années 40, et de l'immense compositeur américain George Antheil (1900-1959) qui, durant plus de trente années, a manifesté un profond attachement pour le cinéma (en 1924 il signe une partition inouïe pour Le Ballet mécanique de Fernand Léger). On lui doit par la suite quelques très grandes musiques de films : par exemple celles de The Plainsman (1936), The Buccaneer (1937), Union Pacific (1938), Knock on any Door (1948), In a Lonely Place (1949), We Were Strangers (1949).
Le lieu de tournage du film ? Incontestablement Los Angeles d'après les différentes notules accompagnant les supports DVD de ce film. L'actrice ? Adrienne Barrett. Apparemment sa seule apparition au cinéma. La figure de Bruno VeSota est plus connue : on retrouve cet acteur dans de nombreux films de série B ou Z durant les années 50 et 60. Au regard du making off, Dementia / Daughter of Horror, a peu de choses à révéler. Quant aux histoires du cinéma, elles ignorent cette fascinante réalisation qui, à l'instar de Carnival of Souls (1963) de Herk Harvey, peut être considérée comme un film chef-d'oeuvre de Série B.
Dementia est-il un film noir ? Non. Un film d'horreur ? Pas exactement. Un film expérimental ? Peut-être... A tout le moins un film qui expérimente, qui tâtonne, qui entreprend. Un film qui vient se confronter avec une magistrale violence à une esthétique des majors américaines alors en pleine crise. En ce début des années 50 Hollywood ne sait plus comment faire pour contrer l'effet dévastateur de l'essor de la télévision. Le cinéma en 3D, l'apparition du cinémascope et des écrans larges, tout est fait pour inciter les spectateurs à revenir dans les salles. L'essor des drive-in (et par là-même des séries B puis Z) participe de ce mouvement. Le flirt n'est pas chose aisée dans les habitations parentales de l'american way of life. En revanche les voitures sont spacieuses et confortables... Voilà au moins une tranche d'âge invitée à fuir le petit écran télévisuel et à découvrir les joies de la projection cinématographique durant le temps des amours. Observation futile ? Sûrement pas : les drive-in apparaissent un peu partout à la sortie des villes américaines et font naître une nouvelle pratique spectatorielle chez les 16 / 25 ans.
Cette guerre déclarée entre la télévision et le cinéma conduit les tycoons des majors et les banques qui les financent, à opter pour les films à grand spectacle, comédies musicales, films d'aventures, péplums et films bibliques, westerns, peu importe, il faut en mettre plein la vue et renouveler l'opération dans une course éperdue car le public en veut à présent toujours et encore plus : Show Boat (1951), An American in Paris (1951), Quo Vadis ? (1951), Singin' in the Rain (1952), The Prizoner of Zenda (1952), Gentlemen Prefer Blondes (1953), The Band Wagon (1953), The Robe (La Tunique, 1953), Mogambo (1953), House of Wax (1953), The War of the Worlds (1953), Brigadoon (1954), Carmen Jones (1954), A Star is Born (1954), Knights of the Round Table (1954), Prince Valiant (1954), Valley of the Kings (1954), The Caine Mutiny (1954), The Egyptian (1954), Moonfleet (1955)... Ouf ! Ben Hur (1959), Cleopatra (1963) et The Longest Day (1963) ce sera pour un peu plus tard. Quelle liste néanmoins ! Que de films devenus "mythiques" pour les spectacles ainsi donnés à voir. Une fantastique machine à produire des films brillants, consensuels, d'incontestables chefs-d'oeuvre enfouis dans toutes les mémoires des gamins et des parents.
Hollywood c'est aussi en ce début des années cinquante la fin du maccarthysme. Le vide est fait ! Tous les indésirables se sont rangés ou ont quitté la Californie. Orson Welles est parti, Orson Welles n'est plus là. Non pas tant parce qu'il avait été effectivement inquiété (qui aurait osé s'attaquer de front à Orson Welles ?) que parce que, lui, la figure intellectuelle la plus prestigieuse du New Deal et qui avait su habilement exposer avec force ses idées dans La Dame de Shanghai (cf. le personnage de Michael O'Hara), ne se sentait plus à son aise avec le nouveau catéchisme de l'ère Truman : conformisme, santé, sécurité, ordre, puissance, argent, optimisme, confiance dans le drapeau, exclusion de la figure du noir, etc.
Orson Welles abandonnait alors la démesure technique des studios d'Hollywood qu'il chérissait tant. Il reviendra en Californie mais dix ans plus tard pour tourner son film peut-être le plus fascinant, Touch of Evil (1957), initialement envisagé pour être exploité comme un film de Série B !
Welles part, mais bien d'autres cinéastes aussi. Quelque chose de profondément délétère a surgi du maccarthysme. Que faire ? Avec qui travailler ? Comment gérer sa carrière et rester fidèle à des amitiés ? Certaines plaies restent béantes. Beaucoup de personnes s'évitent. On parle moins. Et certains films devinrent de grands films auto-réflexifs et malades (mais faut-il s'en étonner ?) : Sunset Boulevard (1950) de Billy Wilder, The Bad and the Beautiful (Les Ensorcelés, 1952) de Vincente Minnelli, The Barefoot Comtessa (1954) de Joseph L. Mankiewicz, The Big Knife (Le Grand couteau, 1955) de Robert Aldrich, mais aussi, par l'usage de son dispositif, Rear Window (Fenêtre sur cour, 1954) d'Alfred Hitchcock.
Un réalisateur semblait tenir tête, j'ai nommé Nicholas Ray avec surtout In a Lonely Place (Le Violent, 1950), The Lusty Men (Les Indomptables, 1952), Johnny Guitar (1954) et Rebel Without a Cause (La Fureur de vivre, 1955).
Et puis, ici ou là, au fin fond du Nouveau Mexique ou bien dans quelques quartiers de villes de la Côte Est, un autre cinéma prenait forme, sans trop de moyens, sans catéchisme, sans souci de lignes de convergence. Herbert Biberman réalisa ainsi en 1953 Salt of the Earth (Le Sel de la terre), quelques années plus tard John Brahm et John Cassavetes travaillaient à la série Johnny Staccato, et en 1955 quelques fous furieux réalisèrent dans des rues planquées de Los Angeles, Dementia.
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L'étude de ce film sera prochainement mise en ligne.
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