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Retour à la rubrique : horreur et fantastique (1957-1987)

 

 

 

Chamber of Horrors (1966) de Hy Averback

 

 

 

Production

Warner Bros.

Hy Averback / Jim Barnett

 

Scénario

Stephen Kandel / Ray Russell

 

Directeur de la photographie : Richard H. Kline

Musique : William Lava

Son : M. A. Merrick

Direction artistique : Art Loel

Décors : William L. Kuhl

Maquillage : Gordon Brau / Jean Burt Reilly

Montage : David Wages

Assistant réalisateur : Sam Schneider

 

 

Casting

 

Peter O'Neal : Jason Cravette

Cesare Danova : Anthony Draco

Wilfrid Hyde-White : Harold Blount

Laura Devon : Marie Champlain

Patrice Wymore : Vivian

Suzy Parker : Barbara Dixon

José René Ruiz : Senor Pepe de Reyes

Vinton Haworth : Judge Walter Randolph

Philip Bourneuf : Insp. Strudwick

Jeannette Nolan : Mrs Ewing Perryman

Marie Winsdsor : Madame Corona

 

 

* * * * *

 

Chamber of Horrors de Hy Averback est un film franchement original qui mérite une réévaluation, à tout le moins une redécouverte. Ce film constitue l'un de ces chaînons manquants un peu négligés dans l'histoire très mouvementée des studios Warner durant les années 1964-1969. Il s'inscrit également dans la série très réduite des films d'horreurs produits par les principales majors Us durant ces mêmes années, le genre étant censé avoir été totalement dévoyé par toutes les productions Z ayant pu fleurir durant les dix années précédentes (à l'exception très notable des films de Roger Corman).

Retour sur la Warner. Les derniers triomphes de Jack Warner (ou, plus exactement, de productions quasi indépendantes) constituent un somptueux chant du cygne avec My Fair Lady (1964) de George Cukor, Cheyenne Autumn (1964) de John Ford, A Distant Trumper (1964) de Raoul Walsh, Spencer's Mountain (1965) de Delmer Daves, Who's Afraid of Virginia Woolf (1966) de Mike Nichols (qui conduisit à un conflit ouvert avec la politique de censure du Code de la production), The Battle of Villa Fiorita (1965) de Delmer Daves, The Great Race (1965) de Blake Edwards. Mais la société est au bord du gouffre financier. La fermeture du département du cinéma d'animation, déjà envisagé en 1963, deviendra effective en 1969. En 1967, le studio fusionne avec une société de droit canadien, Seven Arts, et devient Warner Bros. - Seven Arts Ltd. Jack Warner liquide progressivement ses intérêts dans la société. Bonnie and Clyde d'Arthur Penn est le premier film distribué sous la nouvelle raison sociale.

La Warner n'a pas été seule à subir le choc des années 1964-1965. Le cinéma hollywoodien est en crise. Plus spécialement le cinéma grand public. De multiples facteurs entrent en jeu pour expliquer ce phénomène. Deux d'entre eux nous paraissent décisifs : d'une part, l'extraordinaire impact des premiers James Bond produits par H. Saltzman et A. R. Broccoli, avec Sean Connery : Doctor No (1962) de Terence Young, From Russia With Love (1963) de Terence Young, Goldfinger (1964) de Guy Hamilton et Thunderball (1965) de Terence Young, d'autre part la concurrence redoutable de la télévision capable de s'affranchir plus aisément de la censure.

Le point de départ de ce qui fut une petite révolution se situe à la fin de l'année 1964. Un certain Michael Garrison, aussi truculent qu'excentrique réalisateur et producteur, propose au directeur des programmes de la chaîne américaine CBS, Hunt Stromberg, une idée a priori déraisonnable : lancer Wild Wide West (autrement dit, pour les lecteurs francophones, Les Mystères de l'Ouest). La bondmania est une déferlante qui envahit les séries télé et inspire le cinéma transalpin. Pourquoi ne pas alors exploiter ce filon en portant justement l'accent sur les frustrations du public qui réclame un spectacle certes flamboyant mais surtout bien moins sage. Comme une sorte de retour aux lois des serials des années 40-50 où l'on pouvait se tirer dans le dos, infliger d'horribles traitements aux héroïnes capturées, se régaler de personnages fourbes, sadiques et délirants. Durant quatre années (de 1965 à 1969) Wild Wide West emporte tous les suffrages et C.B.S. obtient des succès d'audience inespérés. Robert Conrad (Jim West) et Ross Martin (Artemus Gordon), agents très spéciaux du Président Ulysse Grant, voyagent dans l'Ouest américain à bord d'un train privé à la rencontre de leur toujours génial adversaire le Docteur Miguelito Loveless alias Michael Dunn.

Au même moment ou presque, Hy Averback, grand spécialiste des séries télévisées (The Real McCoys, The Dick Powell Show et surtout The Rogues, avec Charles Boyer, Gladys Cooper et David Niven, qui obtînt un énorme succès), propose à la Warner le pilote d'une série télévisée devant prendre appui sur le thème du Wax Museum cher à cette firme (The Mystery of the Wax Museum réalisé en bichromatique par Michael Curtiz en 1933, et House of Wax réalisé en trois dimensions par André de Toth en 1953).

Le concept peut se résumer ainsi. L'action se passe à Baltimore dans l'Etat du Maryland à la fin du 19ème siècle. Anthony Drago (Cesare Danova), Harold Blound (Wilfrid Hyde-White) et Pépé de Reyes (José René Ruiz), ont conçu un spectacle attractif pour la bonne bourgeoisie de cette ville provinciale de la côte Est, un musée des horreurs. Harold Blound est un très honorable (et respectueusement âgé) sculpteur de mannequins de cire, Anthony Drago, le play boy de service et le nain Pépé de Reyes, une sorte d'électron libre.

Pour chaque épisode de très sombres affaires criminelles laisseront sans voix les autorités officielles de la police. Notre trio, aidé par de multiples personnages de second rang, seront ainsi conduits à poursuivre d'incroyables enquêtes, chaque résolution d'énigmes conduisant à la création d'un nouveau personnage de cire venant prendre place dans le musée des horreurs. Violences, turpitudes, sexualité sont à l'honneur. Trop sans doute. Lors de la projection du pilote de la série le projet de Hy Averback est jugé irrecevable. La Warner refuse le projet. En revanche, pourquoi ne pas transformer en film le matériau déjà investi ? Ce sera Chamber of Horrors, un produit bien étrange, un pilote de série télévisée transformé en long métrage et sérieusement édulcoré pour ne pas avoir à subir les foudres du Code de la production. Un bien étrange film, mort-né en quelque sorte.

Quant à Hy Averback, cette incursion dans le fantastique n'aura pas de suite, le réalisateur retournant à la comédie pour signer en 1968 l'excellent I Love You, Alice B. Toklas (Le Baiser papillon) avec Peter Sellers.

Au générique, l'étourdissant Patrick O'Neal, qui incarne l'odieux Jason Cravette, Wilfrid Hyde-White, un grand acteur britannique qui a fait toute sa carrière ou presque dans le cinéma bis américain, le "beau ténébreux" Cesare Danova et l'excellent acteur nain José René Ruiz, alias Pepe de Reyes. Du côté des actrices, nous découvrons Laura Devon découverte par Howard Hawks l'année précédente dans Red Line 7000, Patrice Wymore et Suzy Parker.

L'équipe technique est composée de Richard H. Kline, un directeur de la photographie qui sera très vite repéré par Richard Fleisher qui lui confiera en 1968 la photographie de The Strangler of Boston puis de Soylent Green (1973) et de William L. Kuehl, un remarquable chef décorateur qui a débuté sa carrière en 1945 (on lui doit en particulier les splendides décors de Phantom of the Rue Morgue (1954) de Roy del Ruth).

Usant d'un procédé cher à William Castle, Hy Averback saupoudre à plusieurs reprises le film de gimmicks avertissant le spectateur de l'imminence de scènes insoutenables. Il faut y voir un humour au second degré puisque, bien évidemment, un film de la Warner soumis au Code de la production ne pouvait laisser passer, par définition, aucune image contraire à la bienséance idéologique hollywoodienne. Toutefois dès l'année suivante, l'Administration du Code de la production se montrera un peu moins inflexible et des thématiques jusqu'alors honnies comme l'homosexualité pourront être abordées (The Fox de Mark Rydell, The Sergeant de John Flynn). Il n'empêche : la révolution culturelle est proche et le cinéma indépendant et contestataire se prépare à engager la lutte. 36 mois plus tard, la guerre du Viêt-Nam se transformera en boucherie pour les populations civiles du détroit du Mekong et George A.Romero signera Night in the Living Dead.

 

 

(l'album photo et l'étude du film seront prochainement mis en ligne)

 

 

 

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