Bruno Mattei
Sommaire
1 / Filmographie et bibliographie
2/ Notte di terrore (Les Rats de Manhattan, 1983)
3 / Virus (Virus Cannibal, 1981)
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1 / Filmographie et bibliographie de Bruno Mattei
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2 / Notte di terrore (Les Rats de Manhattan, 1983)
Le Z italien, dans toute son absence de morale, ne s'inspirait pas moins d'un genre cinématographique à la fois. Plus de deux sources d'inspiration et le résultat aurait pu virer au patchwork infernal. De 78 à 83, on trouve ainsi pêle-mêle le film de l'après apocalypse, le film de gangs, le survival mâtiné de Rambo's touch, le film de zombies, l'heroic fantasy, le gore exagéré, etc. Ces films se refusaient à mélanger la chèvre et le chou : qu'ils pompaient allègrement Carpenter, Romero ou Ted Kotcheff, les meilleurs artificiers du Z ritale se plaçaient néanmoins ouvertement dans le sillage d'une seule et unique mode américaine à la fois. Cas d'espèce : Les Rats de Manhattan. Pour la première fois en effet, plusieurs genres cinématographiques cohabitent dans un même Z, comme ils peuvent : le film de l'après apocalypse et le film de gangs toujours, mais aussi la fable écologique (sic), l'horrifique explicite, le film d'invasion animalière et de menace toxique. Le résultat, bizarre, s'explique surtout de manière historique.
83, 84 : la mort du Z italien.
Lorsque Bruno Mattei s'apprête à tourner Les Rats de Manhattan,
il ne sait pas que celui-ci sera le dernier Z italien digne de ce nom. Cependant,
le mélange des genres cinématographiques à l'uvre
ici, son absence de ligne directrice et, pour tout dire, de source d'inspiration
claire, indique la confusion dans laquelle se trouvaient alors les réalisateurs
italiens de séries Z. Une confusion à mettre sur le compte des
grands succès du cinéma américain circa 82, 83, 84 :
si, de tous temps, le Z a pompé les triomphes du cinoche yankee, ces
triomphes n'étaient, pour la plupart, que des films à petits
budgets et à l'environnement plus ou moins réaliste (Assaut,
Rambo, The Warriors ou Zombie), donc facilement exportables
dans un contexte italien où cohabitaient budgets de misère et
tournages en extérieur - le manque d'argent, on s'en doute, n'autorisait
guère la construction de décors (ou alors constitués
de deux ou trois cartons pattes calés au fin fond d'une pièce
prêtée par diverses huiles). Rien de tel à partir de 83.
À cette époque, les grands succès américains se
nomment L'Empire contre attaque et Le Retour du Jedi, E.T. et
Dark Crystal, des films difficilement reproduisibles lorsqu'on ne possède
pas une compagnie à effets spéciaux ni un budget un tant soi
peu conséquent afin de se permettre de telles folies visuelles.
Bruno Mattei le sait mieux que quinconce. Pire : sa légendaire (et justifiée) médiocrité vient de le rattraper. Engagé un tant par la compagnie Cannon (bien avant l'éphémère gloire que connut cette société à partir de 85) pour mettre en scène une nouvelle version des aventures d'Hercule - celle-ci, bien que financièrement modeste, n'en comprenait pas moins un budget largement supérieur à ceux auxquels Mattei était jusqu'alors habitué -, le cinéaste se fera virer pour "incompatibilité d'humeur"(traduction envisageable : pour incompétence). Sommé de retourner à la zone Z, Mattei se trouva fort dépourvu : vers quel film américain pouvait-il donc s'en remettre, sachant que rien, mais alors rien, dans le budget financier mis à sa disposition ne l'autoriserait à la folie des grandeurs ? De plus, dans l'Italie de 83, la mode venait d'à nouveau changer : finit le courant gore et les aventures d'Emmanuelle, oublié les épopées barbares et les mercenaires du futur... En fait, le Z commençait à mourir de sa petite mort, le marché se montrait de plus en plus frileux à l'égard de ces réalisateurs profiteurs ; quant à l'exportation, mis à part la vidéo (et encore), plus rien se semblait être en mesure de renflouer le budget de ces films. Fin d'une époque, donc. Mais Mattei s'accroche tant bien que mal : Les Rats de Manhattan sera son film-bilan, son adieu à une décennie marquée par les gladiateurs au regard bovin, les explosions corporelles de l'intérieur (Virus, déjà de Mattei) et les ftus extirpés du ventre même de la dame enceinte...
La somme de toutes les inspirations.
Affirmer que Les Rats de Manhattan dresse le bilan et entonne la conclusion
de la série Z italienne serait surestimer les intentions d'un cinéaste
qui ne pense pas. Pourtant, si l'on repositionne ce film dans son contexte,
si l'on regarde attentivement l'évolution du Z ritale à compter
de 84, si on admet que toutes les tendances, toutes les inclinaisons de la
série Z italienne de la fin des années 70 se trouvent peu ou
prou dans Les Rats de Manhattan, alors oui, on peut dire qu'à
son corps défendant, Bruno Mattei, à sa façon, résume
ici les grandes étapes, les sources d'influences premières des
trente glorieuses du Z italien.
Les Rats de Manhattan débute comme n'importe quel Z inspiré de New York 1997 : dans un Manhattan en ruine, un groupe de survivants motorisés tombe sur un quartier source, semble- t-il, de protection. Inspectant les lieux, la petite bande découvre un laboratoire dans lequel des études, peut-être même des expériences, ont été faites sur... des plantes. La raison d'une telle découverte ? Obscure. D'autant plus obscure que, très vite, la menace extérieure revêt forme : des rats, des rats par milliers sont là pour bouffer les humains ! Non, non, on n'épiloguera pas ici sur les contorsions visuelles du réalisateur destinées à nous faire croire que les rats se comptent en effet par milliers (dialogue d'un protagoniste : "- Bon dieu ! Ils sont des milliers ! Ils vont nous bouffer le cul !" ; contre champs sur les rongeurs : une petite dizaine, à tout casser. Technique à la Mélies afin de simuler l'attaque par milliers : prendre un carton blanc et y filmer les ombres de dix ratons en mouvement, mouvement réitéré dix fois de suite dans un même plan - la poésie du Z à son firmament), ceci a déjà été chroniqué ailleurs, en d'autres temps. "Don't acte ".
Par contre, on peut s'amuser à répertorier les nombreux emprunts à différents genres précédemment exploités dans d'autres Z : les loubards bardés de cuir proviennent de New York 1997/Les Guerriers de la nuit (anticipation/film de rues déjà porté au pinacle par 2019 après la chute de New York ou Les Guerriers du Bronx), la survivance en milieu hostile de bandes Z telles que Blastfighter l'exécuteur ou Thunder, les attaques dégueulasses des rongeurs ne sont que variation décalée de tous films de zombies italiens réalisés à partir de 77 (Virus cannibale donc, mais aussi L'Enfer des zombies, Horrible).
Seule originalité : rare sont les films italiens décrivant une invasion de bestioles devenues carnivores (un sous-genre plutôt américain ; dans le genre rats, on peut citer D'origine inconnue - George Pan Cosmatos, 83 - , l'un des sketchs de En plein cauchemar - Joseph Sargent, 84 - ou dans le genre lapins tueurs (! ), l'hilarant Night of the Lepus) ; quant au discours écolo, aucune généalogie précise - y en a- t-il une, simplement ? Cette profusion de genres et sous genres ne se fait guère en rang serré, chacun son tour, selon les baisses de rythme et d'inspiration du film (nombreuses, précisons-le), au contraire : véritable fou furieux de l'acétate de cellulose, anarchiste qui s'ignore, Bruno Mattei empile ses références les unes sur les autres. L'ensemble vire souvent au bordel indescriptible, et l'histoire ra(con)tée parait aussi rafistolée que la créature de Frankenstein. Pour couronner le tout, le réalisateur, comme à son habitude, s'offre une pirouette finale sensée justifier les débordements précédents. Celle-ci, comme une Planète des singes dans laquelle les rats plutôt que les guenons auraient coulé la Statue de la Liberté, milite en faveur du droit des... rats (re sic).
À notre connaissance, aucun Z ne se veut, comme Les Rats de Manhattan, l'apothicaire de tant de sources d'influences disparates. Par la suite, il n'y en aura guère d'autres : on repérera de-ci de-là quelques nanars soucieux de varier les emprunts (citons Raiders of Atlantis de Deodato, mixture de Mad Max et de Carpenter, encore) mais sans le cur à l'ouvrage. Les années quatre vingt dix confirmeront : le Z se déplacera de l'Italie en Amérique (avec les productions fauchées de Charles Band, par exemple), trop cyniques, trop proprettes pour vraiment enthousiasmer comme le fit le Z italien.
Quant à Bruno Mattei, il ne tournera par la suite que par intermittence, et là encore, la passion envolée : excepté Robowar, pompage de Predator sans Arnold mais avec un figurant engoncé dans un costume de robot en fer blanc probablement trouvé à la casse du coin, notre homme se livrera au remake sans le sou et sans humour de films extirpés d'une époque trop lointaine pour vraiment toucher - comme Cruel Jaws, inspiré, comme son titre l'indique, des Dents de la mer, mais avec beaucoup trop d'années en retard sur le compteur pour espérer en tirer un Z autre que soporifique. Les Rats de Manhattan était donc le chant du cygne d'un cinéaste, d'un genre aussi. Quant à nous, il ne nous restait plus qu'à grandir, à découvrir d'autres films, d'autres horizons, et, le cas échéant, à revenir un jour sur la série Z italienne pour en extirper quelques souvenirs d'enfance, quelques flashs, quelques impressions d'une époque où, comme nombreux, nous étions encore idéalistes...
Jean Thooris
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3 / Virus (Virus Cannibal, 1981)
(propos sur un remake de Dawn of the Dead (1978, Zombie), de G. A. Romero)
Par Jean Thooris
Amérique, Italie.
Vers la fin des années soixante-dix / début quatre-vingt, les
meilleurs Z italiens puisaient l'essentiel de leurs inspirations dans les
gros succès yankees du moment. En fait, trois films américains
en priorité subissaient les foudres de la photocopieuse ritale : Zombie
(Dawn of the dead) de George A. Romero, New York 1997 (Escape
from New York) de Carpenter, et Rambo (First Blood) de Ted
Kotcheff. Des films de gauche essentiellement, voire franchement anars pour
certains : chez Romero, on fustige la société de consommation
et le brouhaha des médias ; dans New York 1997, le gouvernement parque
les citoyens indésirables dans un New York transformé en île
carcérale. Dans Rambo, la mauvaise conscience de l'Amérique
à l'égard du Vietnam s'acharne sur un ex-béret vert en
voie de clochardisation avancée. Pourtant, des originaux aux copies
(carbones pour certaines) qu'en tirèrent des cinéastes aussi
essentiels que Enzo G. Castellari, Bruno Mattei ou Sergio Martino, il y eut
sembl -t-il friture sur la ligne. Si des plans entiers de ces films furent
resservis à la sauce budget misérable, le fond, lui, a viré
de bord : de Thunder à Blastfighter l'exécuteur,
la mode des sous Rambo s'est toujours plongée avec une délectation
suspecte dans le film d'auto-défense premier degré ; les clones
de New York 1997 (Les guerriers du Bronx, 2019 après
la chute de New York et j'en passe des pires et des... pires), face aux
problèmes de délinquance (en dépit du fait que la plupart
de ces Z n'avaient strictement rien à faire des problèmes de
société) ne préconisaient rien d'autre que l'exécution
pure et simple ; quant aux sous-zombies (de loin les plus mauvais ou les meilleurs
selon l'approche du Z que l'on peut avoir), seul comptait le déballage
gore avec, si possible, le maximum de tabous foudroyés (à l'égard
des enfants par exemple : le ftus digéré dans Anthropophagous).
Ecrire que les big boss du Z italien cautionnaient une idéologie fasciste
serait cependant exagérer. D'abord parce que leurs incompétences
de cinéastes privaient leurs films de toute morale cinématographique
et tuaient ainsi dans l'uf le recul nécessaire face aux sujets
traités - d'où, bien souvent, le spectacle homérique
que constitue la vision d'un Z. Ensuite car, pur cinéma commercial,
le Z italien ne cherchait qu'à piquer l'emballage formel des films
pompés sans trop se soucier d'y adjoindre une quelconque réflexion
de fond. Pourtant, c'est justement à cause de ce dernier point que
l'ambiguïté politique de certains nanars apparaît au grand
jour. Car, manière quand même de raconter un semblant d'histoire
et d'opérer de minimes changements de caractères sur les citations
américaines, les réalisateurs italiens de la bonne époque
se sont inspirés de faits divers, de scandales politico financiers
ou d'exactions commises par certains partis politiques parmi les plus extrêmes.
En général donc, rien que du graveleux et du pas net. Problème
: traité sans aucune distanciation, ce genre d'emprunts vous explose
à la tête ! Sur ce point, un génie tel que Bruno Mattei
a battu tous les records en matière de mauvais goût trépassé.
Explications avec, en guise d'étendard, le chef-d'uvre du cinéaste
: Virus Cannibales.
" Ils ont l'air plus malade que méchant
".
Virus Cannibales est donc une sorte de remake (parfois plan par plan)
de Zombie - pas un hasard si Mattei a signé son film sous le
pseudo de Vincent Dawn... of the dead. Au niveau formel du moins. Le fond
du film, de son côté, n'entretient désormais que de très
vagues rapports avec le manifeste gauchiste de Romero.
A l'origine du film, du moins le suppose-t-on, un incident survenu durant
l'année 1976 en Italie. Le 10 juillet, une usine chimique d'Hoffmann-Laroche
implantée à Meda, près de Milan, rejette accidentellement
dans l'atmosphère un nuage de dioxine à base de particules de
tétrachlorodibenzodioxine. L'information n'est divulguée que
quelques jours plus tard lorsque les habitants de Seveso, inquiets de voir
mourir leurs animaux domestiques et de voir sécher leurs plantes, provoquent
une enquête suivie de mesures de protection, bien tardives. Mattei a
vu plus loin : dans Virus Cannibales, le nuage toxique, plutôt
que d'achever les animaux et les plantes (trop gentil), contamine à
présent les habitants d'un village situé en... Afrique (où
l'équipe du film n'a jamais posé un pied, mais peu importe).
Le peuple africain se retrouve ainsi confronté à un double supplice
: mourir à petits feux ou bien, carrément, devenir mort-vivant.
Là où Bruno Mattei fait très fort, c'est dans sa tentative
d'expliquer les origines d'un tel virus.
N'importe qui aurait sorti des arguments du style "erreur scientifique", "mauvais dosage de pipettes" ou "malédiction des Dieux". Pas Mattei : le spectateur apprendra ainsi, après une heure de projection, que les origines de ce génocide sont d'ordre... économique ! Les scientifiques implantés en Afrique ont tout simplement mis au point une solution afin d'enrayer les problèmes de famine. La solution, par déduction : extermination des crève-la-faim ! Ne pas y voir autre chose qu'une naïveté mal contrôlée : pour le réalisateur, cet argument est un argument comme un autre. Bien sûr, Mattei, sans doute conscient des implications d'un tel raisonnement, cherche parfois à se dédouaner par des pirouettes visuelles et scénaristiques qui se voudraient "politiquement correctes" : assiégés par deux ou trois zombies mollassons, les héros journalistes du film qualifieront leurs agresseurs de "plus malade que méchant ". Débarquant dans un village contaminé, les militaires (et les spectateurs avec) se farciront une suite de stock-shots sortis d'on ne sait quel documentaire amateur, stock-shots qui, censés dénoncer les ravages du fléau, ne provoquent que dégoût par leurs utilisations complaisantes. Ce ne sera d'ailleurs pas la dernière fois que le cinéaste des Rats de Manhattan tentera de racheter ses écarts de conduite par des coups de bluff carnavalesques. En 82, dans Pénitencier de femmes (titre original, qui résume tout : Emmanuelle, reportage da un carcere femminile, bref : une nouvelle aventure d'Emmanuelle, ce coup-ci en cabane), afin de justifier les innommables sévices infligés à la très séduisante Laura Gemser (viols, passages à tabac, sceaux d'excréments en plein visage), Mattei nous apprendra, en dernière instance, qu'Emmanuelle travaillait en fait pour le compte...d'Amnesty International !
Autre fait réel repris par Mattei dans Virus Cannibales, et
non des moindres : l'assassinat du leader de la démocratie chrétienne
Aldo Moro par les Brigades rouges. Résumons brièvement les grandes
lignes de l'affaire : dans les années 70, l'Italie est traversée
par des actes de terrorisme d'une extrême-droite qui, par cette stratégie
de la tension, cherche à accéder au pouvoir, ou tout du moins
à l'influencer. Face à cette menace fasciste, de nombreux groupes
d'extrême-gauche (dont le plus structuré prend le nom de Brigades
rouges) adoptent également la violence comme moyen d'action appliquée
à l'affrontement contre les forces de l'ordre d'un Etat qu'ils rejettent
et combattent. Sans doute pour empêcher le "Compromis historique"
entre la Démocratie chrétienne et le PCI, un commando enlève
à Rome Aldo Moro et l'assassine le 9 mai 1978.
En début de film, une séquence précise reprend à son compte cet événement : un groupe de terroristes aux idéaux présentés comme louables (obtenir la fermeture des usines toxiques en Afrique, on comprend très vite pourquoi) kidnappe le maire ainsi que son staff. Pacifiques dans l'âme, peut-être, mais néanmoins convaincus de leurs propres cruautés, les terroristes s'affirment prêts à aller jusqu'au meurtre de sang froid afin que l'autorité accepte la requête susdite. En guise de réponse, ils se feront impitoyablement exterminer par des militaires à la gâchette facile. Cependant, avant de mourir, le leader des terroristes annonce aux forces de l'ordre incrédules les événements horribles qui s'en suivront, d'une voix prophétique et montrée comme juste. Par la suite, débarqués en Afrique afin d'enrayer le mal qui ronge le pays, les militaires constateront la véracité de l'annonce, non sans en rajouter une couche dans le propos sentencieux. Surtout, dès leur apparition, ces militaires baroudeurs sont clairement montrés par Mattei comme des tueurs nés, des obsédés sexuels et des imbéciles congénitaux. Les bobines suivantes confirmeront : peu soucieux du sort réservé aux peuples d'Afrique mais, à l'inverse, ne pensant qu'à sauter la jeune et jolie journaliste, totalement à la masse ("-Visez la tête ! Visez la tête ! " ne cesse-t-on de leur recommander afin d'envoyer ad patres les zombies des environs). En vain : ils viseront toujours le corps) et le flingue toujours à portée de main, les forces de l'ordre semblent aussi nuisibles pour la populace que le gaz mortel (avant résurrection) envahissant chaque contrée.
On se souvient que l'une des séquences d'ouverture de Zombie
montrait un commando assiégeant un immeuble insalubre dans lequel croupissaient
des familles portoricaines. Pour les forces de l'ordre, il s'agissait de débusquer
un petit groupe de crapules avant que l'assaut ne dégénère
en un véritable massacre. L'attaque était clairement montrée
comme un sale job vécu par des militaires harassés, désabusés...
sauf pour l'un d'entre eux : un raciste dont la haine viscérale à
l'encontre de l'étranger se muait en une véritable psychose
meurtrière, le rictus diabolique au visage et les injures hystériques
balancées à tour de bras. Les militaires de Virus Cannibales
ressemblent tous (oui, tous !) à ce dernier. Le réalisateur
a simplement évacué les dilemmes moraux et les attitudes souvent
contradictoires vécus par les personnages de Romero, pour n'en conserver
que la facette la moins reluisante, la plus sauvageonne - mais sans jamais
en dénoncer les abus ni fonctionner au second degré. A se demander
en effet si Bruno Mattei ne fait pas un peu de propagande en l'honneur des
Brigades rouges ou d'Ordine Nero, selon les goûts. Ou bien encore, cette
question : trop mauvais pour étayer ouvertement un quelconque propos,
le réalisateur de Virus Cannibales est-il un naïf qui s'ignore
ou un beau salopard cachant son idéologie néfaste derrière
le passe-partout du Z ? La furie avec laquelle les forces de l'ordre trucident
un catho devenu mort-vivant avance un soupçon de réponse : Bruno
Mattei est plus malade que méchant.
Et alors ?
Lorsqu'un cinéaste américain tel que Joel Schumacher profite
de l'industrie hollywoodienne pour faire passer des propos limite nazis, le
haut-le-cur est de rigueur. Dans le cas de Bruno Mattei et autres cinéastes
estampillés Z (Joe D'Amato, mettons), la perception du spectateur est
tout autre. Trop bordéliques, trop éducatives (on y apprend
tout ce qu'il ne faut pas faire : qu'est-ce qu'un faux-raccord ? Qu'est-ce
qu'un rythme narratif à peu près cohérent ?), trop au-delà
du bien et du mal pour être prises au premier degré, les meilleures
bandes Z italiennes, qu'elles soutiennent des propos ouvertement fascistes
ou pas - mais qui pourra vraiment le confirmer ? -, s'apparentent en priorité
à des parangons universitaires d'humour non sensique. Au fond, un film
comme Virus Cannibales est digne de frayer sur le podium au
côté d'uvres admises, étudiées et respectées
telles que Helzappopin, The Party ou Sacré Graal.
Voilà pourquoi certains masos n'échangeraient pour rien au monde
leur copie VHS pourrave de Virus Cannibales contre, mettons, dix minutes
inédites de Citizen Kane trouvées dans l'arrière-salle
d'une quelconque cinémathèque provinciale !
(en préparation)