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Ecologia del delitto (La Baie sanglante, 1971) de Mario Bava
(Titre d'exploitation en France : La Baie sanglante / Titres de tournage en Italie : Reazione a catena / Antefatto / Titres d'exploitation aux Etats-Unis et au Royaume Uni, y compris titres videos : Twitch of the death nerve / A Bay of Blood / Carnage / Chain Reaction / Last House on the Left Part II / New House on the Left II / Titre d'exploitation en Espagne : Bahia sangre)
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Fiche technique
Production
Nuova Linea Cinematografica, Roma
Directeurs de production : Giuseppe Zaccariello
Directeur exécutif : Roberto Cicutto
Directeur délégué : Fernando Franchi
Scénario
Mario Bava / Filippo Ottoni
sur un sujet de Dardano Sacchetti et Franco Barberi
Musique : Stelvio Cipriani
Assistant réalisateur : Lamberto Bava
Directeur de la photographie : Mario Bava
Chef opérateur : Lorenzo Battaglia, assisté de Gianlorenzo Battaglia
Décors : Sergio Canevari
Costumes : Enrico Sabbatini, assisté de Rosanna Andreoni
Maquillage : Franco Freda
Coiffures : Adalgisa Favella
Ingénieur du son : Carlo Tarchi, assisté de Carlo Diotallevi et Gene Luotto
Mixage : Carlo Diotallevi
Montage : Carlo Reali
Effets spéciaux : Carlo Rambaldi
Procédé couleur : Technicolor
Date de sortie du film en Italie : janvier 1971
Durée : 81' (selon la source Gremese) / 90' (selon la source, Mario Bava, ouvr. coll., Editions Cefal)
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Casting
Claudine Auger : Renata
Luigi Pistilli : Albert
Claudio Camaso : Simon
Anna Maria Rosati : Laura
Chris Avram : Frank Ventura
Leopoldo Trieste : Paolo Fossati
Laura Betti : Anna Fossati
Brigitte Skay : La jeune hippie qui se baigne
Isa Miranda : La comtesse Federica Donati
Paola Montenero : Denise, une jeune hippie
Guido Boccaccini : le hippie tué par la serpe
Roberto Bonanni : Robert
Giovanni Nuvoletti : Le comte Filippo Donati
Renato Cestié : Le fils de Renata et Albert
Nicoletta Elmi : La fille de Renata et Albert
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Le titre du film tout d'abord : Ecologia del delitto soit Ecologie du délit dans sa traduction littérale. Ecologie : "étude des milieux où vivent et se reproduisent les êtres vivants ainsi que des rapports de ces êtres avec le milieu" (définition donnée par le dictionnaire Robert). Mieux connu sous le titre plus séducteur de La Baie sanglante, le film de Mario Bava constitue selon nous un manifeste tout à fait essentiel pour qui souhaite appréhender l'oeuvre du réalisateur non seulement dans sa perspective giallesque mais aussi, et de manière plus théorique, dans son questionnement sur la fonction du film d'horreur contemporain d'alors.
Six ans auparavant, en réalisant Sei donne per l'assassino (Six femmes pour l'assassin, 1964), Mario Bava avait choisi de travailler à partir d'une logique de scénario privilégiant l'enchâssement des actions meurtrières. La mise en scène, spécialement l'usage de la couleur, offrait déjà de nombreuses pistes de réflexion mais demeurait en quelque sorte tributaire d'un principe de nécessité : maîtriser coûte que coûte les exigences d'un récit en forme de whodunit.
En 1969, avec Il rosso segno della follia (littéralement, la trace/ le signe rouge de la folie), le cinéaste poursuivit sa recherche en installant de manière plus franche le film dans une approche psychanalytique. L'usage d'une scène traumatique primitive participait alors d'une combinatoire nouvelle avec les motifs précédemment conçus (la maison de couture, l'enfance, la thématique de l'eau). Puis, au début de l'année 1970, Mario Bava, oeuvrant très probablement dans l'urgence d'une commande justifiée par l'essor commercial du giallo, aborda de nouveau mais cette fois avec des pointillés la question de la mise en scène du regard dans son approche horrifique (Cinque Bambole per la luna de augusto / littéralement Cinq poupées durant la lune d'août).
Le projet ayant conduit à Ecologia del delitto était d'une tout autre nature. Donnons la parole à Jean-François Rauger qui, dans un texte critique daté de 1994, a mis en lumière un aspect essentiel du film : "On voit difficilement à quel genre cinématographique rattacher cette succession de scènes de meurtres, à la fois absolument invraisemblables si on la pense déterminée par les évolutions psychologiques du film et, en même temps, obéissant à une logique implacable, autre, se plaquant sur une pure mécanique pulsionnelle. C'est un film de terreur reposant sur un secret de type policier où tous les protagonistes sont coupables et victimes en même temps. C'est, en fait, une oeuvre fonctionnant sur l'écoulement d'une association d'images et de sons fournissant la matière vivante d'une poésie insondable" (in Mario Bava, ouvrage collectif coordonné par Jean-Louis Leutrat, éditions du Céfal, Liège, 1994).
Texte riche de sens car Ecologia del delitto offre effectivement une multiplicité d'approches : narratologique (outre l'exercice de style qui consiste à enchaîner dans un récit filmique pas moins de 13 meurtres, le cinéaste entreprend d'explorer la question de l'absurde dans le récit filmique - ce qui, peut-être, pourrait expliquer le titre initial de tournage : L'antefatto - mais aussi le statut du personnage comme figurine quasiment désincarnée : cette réflexion trouvera son apogée avec Lisa e il diavolo en 1972), stylistique (l'usage du mode de représentation gore; la question du lien et de la coupe dans le montage) et poétique (la recherche d'une texture sonore cohérente de bout en bout; l'emploi de nombreuses métaphores inscrites dans la thématique nature/culture).
Mais Ecologia del delitto nous raconte aussi une histoire. Une histoire pas si éloignée du monde de l'enfance même si le film est truffé de scènes d'une violence tout à fait nouvelle : on y strangule, empale, déchiquette à coups de serpe, de machette, on fait d'un poulpe un animal carnivore, on s'entre-tue sans vergogne pour laisser finalement place nette à la nouvelle génération, ce gamin et cette gamine qui, dans un superbe moment d'humour, abattent à la carabine les deux derniers survivants avant de rejoindre en courant dans les herbes fleuries la fameuse baie rendue à son aspect champêtre.
Philippe Chiffaut-Moliard (5 novembre 2006)