L'Empreinte du Dieu (1940) de Léonide Moguy
Avec, dans les principaux rôles, Anny Ducaux (Wilfrida), Pierre Blanchar (Domitien van Bergen), Jacques Dumesnil (Gomar), Pierre Larquey (Mosselmans), Blanchette Brunoy (Karelina), Ginette Leclerc (Fanny), Arthur Devère, Hélèna Manson, Paul Escoffier, Maximilienne, Gabrielle Fontan.
Léonide Moguy a 45 ans lorsqu'il commence le tournage de L'Empreinte du Dieu durant l'été 1939. Le film est l'adaptation du roman de Maxence Van der Meersch, "le romancier du Nord", qui a obtenu le Prix Goncourt en 1936. Le tournage est interrompu avec l'entrée en guerre. Il ne sera repris qu'en janvier 1940, Annie Ducaux remplaçant Dita Parlo et Ginette Leclerc reprenant le rôle de Mila Parély. L'Empreinte du Dieu est le dernier film réalisé dans la France d'avant l'Occupation par le réalisateur. Devant la menace des persécutions, celui-ci préfère quitter le pays avec sa famille et s'embarquer pour les Etats-Unis où il tournera trois films avant de revenir en France pour réaliser Bethsabée. Léonide Moguy a débuté sa carrière comme monteur sur le film Divine (1935) de Max Ophuls. Puis il passe à la réalisation en cosignant avec Yves Mirande Baccara (1935).
Son amitié avec Charles Spaak, auteur des dialogues du film (l'adaptation scénaristique étant confiée à Louis d'Hée), s'épanouit durant l'élaboration du scénario de Prison sans barreaux (1937) qui provoqua alors une vive réaction de la censure et consacra comme vedette la toute jeune Corinne Luchaire (elle travaillera encore à deux reprises avec Leonide Moguy, interprétant les personnages de Claire dans Conflit (1938) et de Marie aux côtés de Jean-Pierre Aumont dans Le Déserteur (1939) renommé par la censure Je t'attendrai pour sa sortie en salles.
Le sujet du roman, mélodramatique à souhait, est bien connu : l'histoire des deux soeurs Karelina et Wilfrida. Celle-ci, mariée à un ingénieur de grande renommée, voit sa vie jusqu'alors bien rangée, bouleversée par l'irruption de sa soeur Karelina qui, à bout de chagrin et profitant de l'arrestation de son mari (Gomar) pour faits de contrebande, a fui le domicile conjugal. Une histoire d'amour va naître entre Karelina et le mari de Wilfrida. La suite ? Un enfant adultérin, le désespoir des deux soeurs puis le pardon de l'une et la fuite de l'autre, enfin la survenance de Gomar fou de jalousie qui assassine l'ingénieur. Au final, Gomar s'enlisera dans les sables mouvants et Wilfrida recueillera Karelina et son enfant. Fort brève évocation qui ne reflète aucunement la qualité littéraire de l'oeuvre de Maxence Van der Meersch.
Annie Ducaux avait déjà été dirigée deux fois par Leonide Moguy (dans Prison dans barreaux où elle jouait le personnage de la directrice, puis dans Conflit où elle interprétait le personnage Catherine). Blanchette Brunoy avait été découverte par le grand public dans La Bête humaine (1937) de Jean Renoir où elle jouait Flore. Les deux rôles principaux masculins sont revenus à Pierre Blanchar (l'ingénieur Bergen) et à Jacques Dumesnil (Gomar).
Philippe Chiffaut-Moliard (copyright, juin 2004)