Diamant noir (1940) de Jean Delannoy
Avec, dans les principaux rôles, Charles Vanel (François Mitry), Gaby Morlay (Mlle Marthe), Maurice Escande (Guy de Fresnoy), Louise Carletti (Nora Mitry), Guy Denancy (Jacques Maurin), Jeanne Véniat (Catry), Jean Joffre (Daniel), Carlettina (Nora enfant), Michel Retaux (Jacques enfant), Jacques Roussel (Vincent), Henriette Delannoy (Mme de Morigny)
En 1940 Jean Delannoy a 32 ans. Durant ses études, il a acquis très vite une solide formation littéraire et artistique, ses goûts allant surtout vers la sculpture. Sa carrière cinématographique commence à la fin des années 20 comme acteur à l'initiative de sa soeur aînée Henriette déjà fort connue dans le milieu du théâtre et du cinéma. En 1933, René Barberis lui confie un rôle un peu plus important dans Casanova (avec dans le rôle principal Ivan Mosjoukine tout comme dans la version d'Alexandre Volkoff en 1927). Mais Jean Delannoy s'intéresse surtout à la réalisation (il travaille aux sudios Paramount de Joinville au début des années trente et tourne plusieurs courts métrages) et au montage, domaine dans lequel il acquiert en quelques années une technique très sûre (Le Roi des Champs-Elysées (1934) de Max Nosseck, Tovaritch (1935) de Jacques Deval). Il s'essaye à la réalisation dès la fin de l'année 1933 avec une petite comédie dans laquelle il dirige Armand Bernard, Paris-Deauville.
Par l'intermédiaire de Jacques Deval, Jean Delannoy fait la connaissance de Felix Gandéra, homme de théâtre. Jean Delannoy intervient alors comme assistant réalisateur (en fait et surtout comme conseiller technique pour tous les problèmes de réalisation) sur Tamara la complaisante (1937) et sur Le Paradis de Satan (1938). Dans ses conversations avec Christian Gilles Jean Delannoy rappelle que son véritable premier long métrage de qualité a été La Vénus de l'or (1937), film co-signé avec Charles Méré (op. cit. p. 83). En 1939, Jean Delannoy débute le tournage de Macao, l'enfer du jeu. Mais le film ne sera achevé qu'en 1942, toutes les séquences tournées avec Eric von Stroheim (interdit d'écran durant l'Occupation) ayant dû être reprises avec Pierre Renoir.
Diamant noir est la seconde collaboration entre Jean Delannoy et Charles Méré alors directeur de la société de production Minerva. Ce film est une nouvelle adaptation à l'écran d'un roman de Jean Aicard (l'auteur de Maurin des Maures écrit en 1908), une première version ayant été tournée du temps du muet par André Hugon en 1922 (avec Henry Krauss et Claude Mérelle). Un mélodrame à la française très "début de siècle". Sans doute Charles Méré, jadis lui-même "auteur dramatique" à succès, ne fut-il pas étranger au choix du sujet. Celui-ci est connu : le milieu de la finance, un banquier devenu veuf mais pas vraiment inconsolable car il se croit cocu, une gouvernante qui n'a d'yeux que pour le banquier, une jeune fille qui déteste la gouvernante précitée et qui choisit le renoncement à la vie en entrant au couvent, un coup de théâtre (l'épouse était en fait irréprochable !), un choix cornélien pour le père qui renonce en définitive à l'amour de la gouvernante pour retrouver celui de sa fille...
Diamant noir a très probablement été tourné dans les premiers mois de l'année 1940. Le film ne sortira que le 25 juin 1941. Un brillant générique avec Gaby Morlay dans le personnage de la gouvernante, Charles Vanel dans celui du banquier et Louise Carletty dans le rôle de la jeune fille Nora. On note aussi la présence d'Henriette Delannoy. Mais il faut signaler surtout la remarquable photographie due à Fedor Bourgassoff, un des plus grands chef-opérateurs des années 20 et 30.
Philippe Chiffaut-Moliard (copyright, juin 2004)