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La Comédie du bonheur (1940)

de Marcel L'Herbier

 

 

Avec, dans les principaux rôles, Michel Simon (M. Jourdain), Jacqueline Delubac (Anita), Ramon Navarro (Félix), Micheline Presle (Lydia) , André Alerme (Déribin), Louis Jourdan (Fédor), Louise Sylvie (Mme Maria), Magdeleine Bérubet (Aglaé), Marcel Vallée (docteur Acario), Tré-Ki (Tiordo), Anthony Gildès (Augustin), Jean Sinoël (le général), Eve Francis (la voyante), Doumel (Pernamboc), Jaque Catelain (le directeur de Radio Azur).

 

Les relations entre les cinématographies française et italienne à la fin des années trente sont assez complexes à déchiffrer; A partir de 1937, l'Italie avait multiplié les signes de rapprochement avec l'Allemagne par le biais de coproductions avec le cinéma nazi. Mais à la suite du Pacte de non-agression germano-soviétique, le jeu diplomatique a redistribué sensiblement les cartes. Le régime mussolinien se tourne provisoirement vers la France. Une lune de miel paraît même s'instaurer et de nombreuses coproductions franco-italiennes sont mises en chantier. Démarche assez paradoxale et pour le moins utopique que celle du Quai d'Orsay qui encourage alors réalisateurs et vedettes français à se rendre dans les studios romains : Jean Renoir se voit ainsi proposer le tournage de La Tosca, Julien Duvivier est même pressenti pour un film de nature à cautionner l'aventure coloniale de l'Italie en Abyssinie... Ce jeu diplomatique cessera avec la décision de l'Italie d'entrer en guerre le 26 avril 1940. Toutes les équipes françaises quitteront précipitamment Rome et bon nombre de films ne seront jamais réalisés.

Dans ses Mémoires, Marcel l'Herbier raconte que La Comédie du bonheur était un projet vieux d'une dizaine d'années. En septembre 1930 le contrat signé avec le producteur Adolphe Osso comportait en effet deux engagement : Le Mystère de la chambre jaune (réalisé à la fin de l'année 1930) et La Comédie du bonheur, "la pièce spirituellement surréaliste que Charles Dullin avait fait triompher huit cent fois de suite à l'Atelier et dont je savais que l'auteur, Nicolas Evreinoff, me permettrait de construire une adaptation -ô combien libre- que j'avais déjà en tête et qui serait à la fois du théâtre et du cinéma dans la future télévision"(Marcel L'Herbier, La tête qui tourne, Ed. Belfond, 1979).

Verbatim : " La Comédie du bonheur du printemps 1940 sonne curieusement juste dans le climat de décomposition, de tricherie généralisée, dans ce grand jeu de dupes qu'est l'agonie de la Troisième République. Le prologue du film dans un studio de télévision n'est pas vraiment original : les comédies italiennes étaient familiarisées avec le petit écran. La société utopique, parallèle, qu'un fou manipulateur échappé d'une clinique marseillaise parvient à animer dans une pension de famille niçoise, l'est à peine plus. Mais le désespoir quand il faut que les masques tombent et que les victimes heureuses du délire de Michel Simon reviennent sur terre (un désespoir bien tempéré : La Comédie du bonheur reste une comédie et le film finira en bouffonerie dans le studio de télé), est singulier. Deux phrases : d'abord "le bonheur se crée par l'illusion du bonheur", puis "on vous illusionne, on vous trompe". Etrange écho au temps de Paul Reynaud de "nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts", de "la route du fer est coupée...". Les pantins masqués de L'Herbier rejoignent ou prolongent fugitivement, pathétiquement, ceux de la fête à la Colinière, dans une sarabande dérisoire" (Jean-Pierre Jeancolas, op. cit. p. 288).

 

Philippe Chiffaut-Moliard (copyright, juin 2004)