L'An 40 (1940) de Fernand Rivers
Avec, dans les principaux rôles, Jules Berry (Stanislas), Cécile Sorel (Mme Raffut), Félicien Tramel (Félix Raffut), Josseline Gaël (Lucie), Marcelle Praince (la sourde), Michèle Olivier (Yvonne), André Alerme (M. Garnier),Simone Berriau (Mme Garnier), Jacques Erwin (Jacques), Rivers Cadet (Joseph), Fernand Charpin
Une production : Films Fernand Rivers. Yves Mirande est l'auteur du scénario et des dialogues. Seul film contemporain évoquant l'exode de 1940. Une partie du tournage a été effectuée dans le Périgord (Claudette Peyrusse, op. cit.), l'autre partie étant tournée à Marseille dans les studios Pagnol en octobre 1940. A noter la présence devant les caméras, outre Cécile Sorel, de Josseline Gaël et de Jules Berry. Chef-opérateur : Willy Faktorovitch, un grand nom du cinéma français des années 20 et 30.
Le film étant (définitivement ?) perdu, les différents résumés proposés par les historiens du cinéma méritent d'être cités.
Jacques Siclier propose le résumé suivant, reconstitué "d'après les quelques indications données par Paul Olivier dans la revue Les Cahiers du Film (n°2, du 1er février 1941) et par Fernand Rivers dans son livre Cinquante ans chez les fous (Editions Georges Girard, Paris, 1945) : "Felix Raffut et sa femme habitent un château du Périgord. Au moment de l'invasion allemande, le châtelain affolé décide d'envoyer son mobilier précieux en Bretagne. Des réfugiés arrivent dans la région et une panne de camion providentielle permet de sauver les meubles" (Jacques Siclier, op. cit. , p. 278).
Maurice Bessy et Raymond Chirat présentent le film ainsi : "Les évènements de cette année-là, évoqués de l'arrière", par le truchement d'un châtelain provincial qui devant la tournure de la guerre décide, affolé, d'effectuer l'exode de sa famille et de son mobilier vers des lieux supposés hospitaliers. Une panne de camion lui évite pourtant de tomber dans la gueule du loup" (op. cit. , p. 52).
Pierre Darmon à son tour, se référant aux souvenirs de Fernand Rivers : " Après l'exode, deux riches parisiens (Jules Berry et Cécile Sorel) se réfugient dans leur château périgourdin. La pénurie aidant, ils se reconvertissent dans l'agriculture mais avec les moyens du bord. Le châtelain attelle des chevaux de labour à sa Rolls-Royce, la châtelaine en est réduite à rouler à bicyclette et on couche sur des matelas posés à terre, tous les meubles ayant été expédiés en Bretagne. Alors les Berriau découvrent qu'ils n'ont jamais été si heureux". Pierre Darmon cite une réplique du film : Jules Berry : " - On ne dira plus je m'en fiche comme de l'an 40" et Cécile Sorel lui rétorque : " - Mais si, bientôt la France saura se redresser magnifiquement et, dans quelques mois, on pourra redire : je m'en fiche comme de l'an 40".
La revue Les Cahiers du Film présente l'An 40 comme un "film satirique d'une grande actualité mais établi avec un tact que commandaient les circonstances. Il demeurera comme une des oeuvres types de la grande production française de l'immédiat après-guerre" (sic), cité par Pierre Darmon (op. cit. , p. 69). La première projection du film a lieu à Marseille le 31 janvier 1941. Pierre Darmon raconte l'idée saugrenue du distributeur de faire parader en ville la Rolls-Royce tirée par des chevaux de labour. La projection est accueillie par des sifflets. Dès le lendemain la censure vichyssoise interdit le film.
Philippe Chiffaut-Moliard (copyright juin 2004)