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The Secret Agent de Joseph Conrad et son adaptation par Alfred Hitchcock

 

 

Sylvère Monod (grand spécialiste de l'oeuvre de Joseph Conrad ) : "The Secret Agent, se situe incontestablement dans le groupe que l'on pourrait appeler en termes sportifs le peloton de tête de toute son oeuvre (...). On doit reconnaître que la majorité de ses plus grandes oeuvres datent de la première décennie du siècle. D'ailleurs la date de 1910 est significative dans sa vie puisque, après avoir achevé la rédaction de Sous les yeux de l'Occident, il eut une querelle avec son agent littéraire, et tomba gravement malade, d'une forme de goutte compliquée d'une forte dépression nerveuse. il ne devait jamais recouvrer une réelle santé physique. The Secret Agent appartient donc bien à l'époque de la plénitude artistique. Mais si l'on se refuse à l'exercice stérile qui consiste à établir une hiérarchie des valeurs à l'intérieur de l'oeuvre d'un grand écrivain, il n'est pas indifférent de constater que The Secret Agent succède parmi les romans de Conrad à Nostrom et précède Sous les yeux de l'Occident, ces trois récits étant les plus politiques qu'il ait composés" (Préface à l'édition Gallimard 1987, reprise dans l'édition 1995 pour Folio).

 

Le roman de Joseph Conrad : "Agent secret. A simple tale" (1907)

 

Le roman est construit en 13 chapitres dont la structure diégétique générale est la suivante.

 

Chapitre 1

Mise en situation générale des personnages (Adolf Verloc prénommé Carl dans le film), Winnie Verloc, sa femme, Stevie, le petit frère de Winnie, et la mère de Winnie) et des lieux (la boutique d'Adolf Verloc). Bref rappel de l'origine du mariage entre Adolf et Winnie (sept ans auparavant, Adolf Verloc avait courtisé Winnie alors qu'il était pensionnaire d'une maison de famille tenue par la mère de Winnie; considéré comme un très beau parti par sa future belle-mère, Adolf avait surtout convaincu Winnie car il acceptait de prendre aussi à sa charge Stevie).

 

Chapitre 2

L'entretien à l'ambassade russe d'Adolf Verloc avec le conseiller privé Wurmt puis avec Mr. Vladimir, Premier secrétaire d'ambassade. Vive altercation sur l'efficacité des méthodes employées par Adolf Verloc soupçonné justement de ne pas être très actif et de transformer sa fonction d'agent secret (dont le but premier est d'infiltrer les milieux terroristes à Londres et de provoquer des évènements aux fins de contraindre le gouvernement anglais à faire preuve d'une plus grande répression) en simple rente de situation. L'ordre absurdre lui est donné de provoquer un acte de sabotage à l'encontre de l'observatoire de Greenwich (dixit Mr. Valdimir : "Il ne saurait rien y avoir de mieux. Un tel attentat associerait le plus grand respect possible pour l'humanité avec l'étalage le plus inquiétant d'imbécillité féroce"). Bien que courroucé par cet ordre, Adolf Verloc devra s'exécuter en utilisant l'homme de main de son choix qui lui semblera le meilleur.

 

Chapitre 3

Réunion chez Adolf Verloc de Michaelis, "l'apôtre en liberté conditionnelle", de Karl Yunct, le vieux terroriste et d'Alexander Ossipon surnommé Tom ou encore "Le Docteur ". Conversation sur le sens de l'action révolutionnaire consternante en raison de l'extrême médiocrité des protagonistes, anarchistes sur le retour. Puis conversation, tard le soir, entre Adolf et Winnie, et qui concerne surtout l'état d'extrême fragilité nerveuse de Stevie.

 

Chapitre 4

Ellipse temporelle (conformément aux directives de l'ambassade, Adolf Verloc s'est rendu chez un homme très dangereux appelé "le Professeur", spécialisé dans la fabrication d'explosifs. Celui-ci en a fourni à Verloc. On apprendra plus tard que celui-ci a eu l'idée totalement saugrenue - vu la personnalité de Stevie - d'organiser l'attentat en convaincant celui-ci de transporter le colis dans lequel la bombe était cachée, sous couvert d'une raison pseudo humanitaire. Or, Stevie, avec sa maladresse habituelle, a buté maladroitement sur une racine et a été déchiqueté dans l'explosion qui n'a pas fait d'autre victime. Seule la nouvelle de l'explosion près de Greenwich a figuré dans l'édition spéciale des journaux).

Ossipon retrouve Le Professeur dans la brasserie du Silène. Longue conversation entre eux durant laquelle les conceptions anarchistes et fondamentalement terroristes du Professeur stupéfient Ossipon. On y apprend que Le Professeur a toujours un mécanime explosif sur lui prêt à servir, que la police le connaît parfaitement et que, pour l'heure, personne n'a encore cherché à l'arrêter de peur d'exploser avec lui. Quant à un assassinat du Professeur par la police, à distance respectable, les lois britanniques interdiraient une telle pratique. Bref, Le Professeur semble intouchable.

 

Chapitre 5

Apparition dans le récit de l'inspecteur principal Heat, de la "brigade criminelle spéciale". Rencontre fortuite entre Heat et Le Professeur et mise au point entre les deux hommes sur une profonde dialectique sur le Pouvoir (Le Professeur peut à tout moment se faire sauter et avec lui, tout aux alentours = pouvoir relatif ; mais Heat rétorque que la société ne pourra en aucune manière être mise en péril par le seul risque permanent que constitue Le Professeur = pouvoir absolu).

Le matin même, Heat avait été chargé de se rendre dans le parc de Greenwich pour y découvrir les restes d'un corps non encore identifié avec certitude (mais en ayant découvert un indice qui s'avérera décisif, un bout de tissu de pardessus à col de velours portant sur l'envers une étiquette marquée au feutre et indiquant une adresse correspondant à celle des Verloc à Baker Street). Puis Heat se rend à la convocation du Préfet de police adjoint. Où l'on apprend que Heat est persuadé de la culpabilité de Michaelis et que ce sentiment préoccupe très sérieusement le préfet pour des raisons demeurées non exposées mais sans aucun doute personnelles.

 

Chapitre 6

L'histoire de Michaelis, l'apôtre en liberté provisoire, et de sa "noble protectrice". Visite du préfet adjoint chez celle-ci. Conversation conflictuelle entre le préfet adjoint et Heat convaincu de la culpabilité de Michaelis. Développements sur l'approche radicalement différente de l'affaire par les deux hommes. Heat expose l'état d'avancement de son enquête, spécialement quant aux indices trouvés sur le lieu de l'explosion conduisant à l'adresse des Verloc.

 

Chapitre 7

Visite du préfet adjoint auprès d'un "haut personnage", Sir Ethelred. Approche politique du dossier entre ces deux hommes quant aux conséquences d'une possible implication des services secrets d'une puissance étrangère. Souhait émis par le préfet adjoint de pouvoir maîtriser seul l'évolution de l'enquête. Initiative du préfet adjoint de se rendre incognito à proximité du commerce des Verloc.

 

Chapitre 8

(Construction en flash back). Le départ en maison de retraite de la mère de Winnie. Le trajet en fiacre. L'incident avec Stevie effrayé par le coup de fouet donné au cheval. Plus tard dans la soirée, Adolf Verloc informé par sa femme des évènements de l'après-midi. Winnie inquiète de l'état de surexcitation de Stevie. Conversation entre Winnie et Adolf. Annonce par celui-ci de son départ en voyage sur le continent pour plusieurs jours.

 

Chapitre 9

10 jours plus tard. A la demande de Winnie, Adolf accepte d'emmener désormais avec lui Stevie lors de ses promenades dans Londres au cours desquelles Adolf entretient ses contacts comme agent secret. Adolf Verloc prend conscience de son très fort ascendant sur Stevie.

L'action se situe de nouveau le jour de l'explosion. Adolf Verloc rentre à son domicile. Winnie évoque la présence de Stevie qu'elle croit toujours tranquillement installé chez Michaelis. Adolf annonce à Winnie qu'il a retiré tout l'argent déposé sur son compte en banque. Un peu plus tard, visite d'un homme étrange (en fait un homme de l'ambassade). Puis visite de l'inspecteur Heat. Très vite, Adolf Verloc admet son implication dans l'attentat et confirme à Heat la mort de Stevie. Winnie, à l'écart, entend tout. Adolf Verloc perçoit immédiatement les risques encourus et menace de tout révéler sur ses activités d'agent double si la police décidait de l'arrêter. Heat le somme alors de déguerpir le plus tôt possible d'Angleterre. Départ de Heat.

 

Chapitre 10

Conversation entre le préfet adjoint et Sir Ethelread. Ou l'on apprend que Michaelis n'est pour rien dans l'acte de terrorisme. La vérité apparaît aux yeux des politiques : il s'agit d'un drame absurde, d'un drame "familial", Adolf Verloc ayant stupidement été influencé par les propos inconséquents de Vladimir puis ayant entraîné Stevie dans un acte de terrorisme dénué de sens. Dans la soirée le préfet adjoint se rend dans les salons de la "protectrice" de Michaelis. Il y retrouve en très bonne compagnie Vladimir. Froide conversation entre les deux hommes. Un peu plus tard, dans la rue, nouvelle conversation entre eux deux. Vladimir comprend qu'il doit disparaître au plus vite.

 

Chapitre 11

Au même moment, au domicile des Verloc. Explication entre Adolf et Winnie. Adolf fulmine après Vladimir qui a provoqué indirectement la fin de sa carrière comme agent secret. Pendant qu'Adolf dîne seul, Winnie décide de quitter le domicile conjugal. Mais un instinct de folie meurtrière s'empare d'elle et, comme une démente, vient assassiner Adolf alors allongé sur le canapé.

 

Chapitre 12

Winnie, le meurtre accompli, a quitté les lieux en laissant la lumière allumée. Elle erre vers les quais de la Tamise, tentée par le suicide car trop effrayée par la pendaison qui l'attend. Inopinément elle tombe nez à nez avec Ossipon qui se rendait précisément chez les Verloc après avoir lu les journaux, convaincu de la mort d'Adolf Verloc dès lors que le Professeur l'avait mis au courant de l'achat d'explosifs par ce dernier. Ossipon émet l'idée qu'Adolf Verloc se soit suicidé. Winnie, totalement déstabilisée, l'informe de la visite de deux hommes mais reste dans le flou et Ossipon demeure dans l'ignorance des circonstances réelles du drame. Winnie lui annonce qu'elle a sur elle une très importante somme d'argent. Elle demande soudain à Ossipon de retourner chez elle pour éteindre les lumières. Celui-ci, bien que ne comprenant guère la situation, accepte. Mais sitôt entré dans la maison il découvre le cadavre d'Adolf Verloc. Ossipon, après un instant de panique, propose à Winnie de quitter l'Angleterre le soir même. Ossipon organise astucieusement la fuite et tous deux se retrouvent dans le wagon d'un train en partance pour Douvres. Mais juste au départ du train et alors que Winnie lui a confié l'argent il saute du wagon et laisse celle-ci disparaître seule dans la nuit.

 

Chapitre 13

Le lendemain. Ossipon retrouve le Professeur dans leur café habituel. Conversation sur le sens à donner à un comportement terroriste et sur l'absurdité des choix du Professeur, le seul pur et dur de la bande. On apprend qu'une femme s'est suicidée la nuit précédente durant la traversée du ferry en direction du continent.

 

Philippe Chiffaut-Moliard (tous droits réservés)

 

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