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Leçon de conduite (1945) de Gilles Grangier

 

 

Album photos

(nous nous excusons auprès du lecteur des quelques défauts dus à la qualité du support et nous remercions bien évidemment la firme Gaumont et le Centre National de la Cinématographie parrainé par le Ministère de la Culture, pour la splendide restauration du film).

 

 

Générique

 

Production

Société P. A. C. / Directeur de la société : André Hunebelle

Directeur exécutif : Paul Cadéac

Scénario

Gaston Modot et Georges Lalombe

Adaptation et dialogues : Jean Halain

 

Directeur de la photo : Philippe Agostini

Musique : Jean Marion

Directeur artistique : André Hunebelle

Décors : Paul-Louis Boutié

Son : Charles Dirlinger

Montage : Jean Sacha

 

Casting

Odette Joyeux : Micheline

André Alerme : Monsieur Granval

Gilbert Gil : Jacques

Maurice Baquet : Jean

Bernard La Jarrige : Roland

Yves Deniaud : Angelo

Jean Tissier : Fredo

Max Dalban : Mario

Georgette Tissier : Danièle

Max Revol : Alexandre

Anne-Marie Hunebelle

Renée Vos

Pierre Magnier

Félix Claude

Palmyre Levasseur

Georges Chamarat

Jacques Emmanuel

Raymonde La Fontan

Colette Ripert

Jean-Pierre Méry

 

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Leçon de conduite est un peu un O.V.N.I. dans la production française de l'année 1945. Ce film à petit budget bouleverse la donne en offrant au public une fantaisie cinématographique qui fait oeuvre de rupture (l'année suivante Pierre Prévert proposera une autre approche de la tonalité burlesque avec Voyage-surprise, puis ce sera Jour de fête de Jacques Tati en 1947).

Voici de nouveau la campagne française : non plus celle de Monsieur de Lourdines (Pierre de Hérain, 1942) ou de La Grande Marnière (Jean de Marguenat, 1942), mais une campagne toute simple, avec des arbres, des cabanes, du camping et une vieille guimbarde dénommée Hortense. Notons que Gilles Grangier avait déjà tourné en extérieur son premier film Adémaï, bandit d'honneur (1943) qui, diégétiquement se déroulait en Corse mais qui, contraintes de production obligent, avait été tourné dans les Alpes de Haute-Provence.

Au générique, Corysande "Chiffon" ou bien encore "Douce" pour le public des années d'Occupation, je veux parler bien sûr d'Odette Joyeux. A ses côtés, de bons amis d'André Hunebelle qui dirige la société de production P.A.C. : André Alerme, Jean Tissier, Yves Deniaud, Max Dalban, Max Revol... Et un trio de galopins (un tour de force car tous ces acteurs ont la trentaine bien passée) : Gilbert Gil, Maurice Baquet et Bernard La Jarrige. Notons aussi la présence d'Anne-Marie Hunebelle. Si l'on précise que le scénario est dû à Gaston Modot et à Georges Lacombe et les dialogues à Jean Halain, fils d'André Hunebelle, on pourrait presque parler d'un film réalisé en famille.

La petite fable racontée dans Leçon de conduite paraît si anodine qu'un producteur actuel n'y verrait guère là un sujet de long métrage. Micheline (Odette Joyeux) est une enfant gâtée par excellence. Fille unique de Monsieur Granval (Andre Alerme), le "roi de la godasse" (dixit Fredo alias Jean Tissier), elle mène par le bout du nez son père (qui s'initie sans trop y croire au jeu d'échecs), le majordome Alexandre (Max Revol) et sa femme de chambre. Elle s'ingénie aussi à exercer son pouvoir de séduction sur tous ses soupirants, fils de notables provinciaux, pour le seul plaisir de briser les petites idylles un peu niaises de ses copines. Bref, une petite peste qui s'ennuie à mourir.

Ce petit ordonnancement est perturbé par l'arrivée de Jacques (Gilbert Gil) et de sa bande de copains. Une petite pirouette scénaristique veut que Jacques soit justement le frère aîné de la pauvre Danièle qui craint de se faire chiper par Micheline l'homme de sa vie. Histoire de donner une bonne leçon à Micheline, Jacques, avec l'assentiment de Monsieur Granval, organise un vrai / faux enlèvement de Micheline et de la retenir en otage quelques jours avec ses deux amis Jean (Maurice Baquet) et Roland (Bernard La Jarrige), histoire de la replonger dans la douce quiétude de l'exécution des corvées domestiques (l'histoire de Cendrillon à l'envers en quelque sorte). Micheline finit par comprendre qu'il s'agit d'une farce de boy-scouts et a vite fait de se mettre dans la poche Jean et Roland. Seul Jacques semble lui résister.

Mais voici qu'intervient un nouveau trio de faux / vrais gangsters sur le retour : Angelo (Yves Deniaud), Fredo (Jean Tissier) et Mario (Max Dalban). Certes ceux-ci sont en vacances mais l'occasion fait le larron et en apprenant au détour d'une conversation l'existence de cette pauvre Micheline coincée dans une cabane au plein milieu des bois, ils décident de reprendre le turbin et de la kidnapper pour de vrai cette fois. Micheline, un temps surprise, est plutôt ravie de cette nouvelle aventure d'autant que Jacques lui a révélé maladroitement que son père était dans le coup. La suite rocambolesque de l'histoire nous mènera au final avec une mémorable bagarre au ton franchement burlesque et qui tournera à l'avantage de la jeunesse. Quant à Micheline qui avait secrètement mis son dévolu sur Jacques, il lui suffira d'une dernière cabriole en voiture pour que naisse peut-être enfin une véritable histoire d'amour.

Leçon de conduite doit se lire (se voir) comme une bande dessinée (le procédé donnera lieu deux ans plus tard à un petit chef-d'oeuvre du genre réalisé par Marcel Aboulker, Les Aventures des Pieds Nickelés d'après les albums de Forton). Le scénario écrit par Gaston Modot et Georges Lacombe fourmille d'idées, de gags, et donne la part belle au jeu d'acteurs dans quelques séquences drolatiques tout à fait nouvelles au regard des courants esthétiques contemporains. La mise en scène de Gilles Grangier est tout entière travaillée par la dimension burlesque qui trouve son point d'apogée lors de la grande bagarre dans la villa.

Leçon de conduite est un film réellement enthousiasmant par sa fraicheur, son rythme, ses numéros d'acteurs et par la joie de vivre proche d'un doux anarchisme qui pontue le déroulement des différentes séquences.

 

 

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1/ Prologue

L'action s'enclenche dès le générique du film (1) avec le parcours en voiture (un tacot dénommé Henriette) de huit bons copains (accompagnés de leur chien Dif) qui musardent sur les petites routes de campagne. Jean Marion propose en musique d'ouverture une rengaine entraînante ("Quand on part pour l'aventure...") combinée à des rythmes swings avec usage de la trompette solo : pas de doute, les temps ont changé, on peut se promener en toute liberté sur les routes françaises

Le dépassement d'un cycliste pas très à l'aise sur son deux-roues, donne l'occasion à un des larrons de l'apostropher en ces termes : " - Baisse la tête, t'auras l'air d'un coureur". Est-ce une citation d'emprunt d'une galléjade déjà connue des spectateurs d'alors ou bien au contraire la brillante invention d'une formule langagière ? Quoi qu'il en soit ce mot d'esprit de potache va connaître un très grand succès sur les routes françaises durant pas mal d'années ! Comme quoi...

En conclusion du prologue, notre cycliste maladroit achève son périple par une culbute dans un fossé. Impitoyable, Jacques demande à Jean de l'achever. Celui-ci le met en joue avec un fusil qui n'est qu'un jouet, juste le temps pour que le visage de la victime se retrouve flanqué d'une flèche en caoutchouc (2).

 

2/ Scènes de la vie ordinaire chez les Granval.

Un charmant petit château (34), l'oisiveté (3) et... l'ennui ! Monsieur Granval regrette l'époque bénie où son épouse était encore en vie. Une femme de tempérament certes : au menu des scènes de ménage, des saint-honorés en pleine figure et des bains forcés dans la piscine... Mais c'était tout de même le bon vieux temps ! Ces souvenirs donnent lieu à un petit dialogue fantaisiste entre Granval et son majordome alors que Micheline vient à peine de se réveiller dans sa chambre. Peut-être s'agit-il pour les scénaristes de réinscrire le film à venir dans la veine d'un cinéma burlesque peu ou prou abandonné par le cinéma français (les frères Prévert exceptés) avec l'arrivée du parlant.

Le réveil de Douce, pardon de Micheline (4). En cette belle journée ensoleillée, Micheline organise une garden party. Au programme : falbalas et frous-frous. La victime désignée est Danièle (6).

 

 

 

 

 

 

 

 

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