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Les Gangsters du château d'If (1939) de René Pujol
(Les photogrammes sont issus de collections particulières. Tous droits réservés des propriétaires de l'oeuvre. Leur reproduction est interdite. Ils viennent illustrer à titre de commentaires visuels l'analyse du film présentée infra)
Générique
Production
Ralph Baum / N. Vondas Films
Scénario et dialogues
René Pujol (d'après l'opérette d'Henri Alibert)
Assistant réalisateur : Gilles Grangier
Directeur de la photographie : Nicolas Toporkoff
Opérateurs : P. Montazel / D. Martin
(Pellicule Kodak / Tirage Lianofilm)
Musique : Vincent Scotto
Lyrics : René Sarvil (Editions Salabert)
Orchestre dirigé par Louis Wins
Architecte décorateur : Jean d'Eaubonne, assisté de Raymond Gabutti
Montage : A. Versein
Ingénieur du son : William Sivel, assisté de J. Bernard et A. Bodic
(Enregistrement Western-Electric-Wide-Range)
Régie générale : F. Sera
Casting
Henri Allibert, dit Alibert : Jean Mariole
Germaine Roger : Nine
Betty Stockfeld : Odette Paradis
Pierre Larquey : Esprit
Charlotte Dauvia : Jérômine
Aimos (Raymond Coudurier) : Dédé
René Sarvil (René Crescenzo) : Stoquefiche
Andrex (André Jaubert) : Bimbo
Jean Temerson : Papalouche
Roger Peter : le groom
René Lafourcade : Martin
Jeanne Helbling : l'amie de Dédé et Bimbo
André Berki
Raymond Fabre
Marcel Perez : un visiteur du château
Les Zenty Sisters
Le film a été tourné et enregistré aux studios Paris-Studios-Cinéma (Billancourt) et aux studios Photosonor (Courbevoie).
Les séquences en extérieurs ont été tournées à Marseille et au château d'If
Début du tournage : 19 décembre 1938
Date de sortie parisienne : 5 mai 1939
La copie VHS éditée par les Editions René Chateau (France) a une durée de 79 minutes. Dans leur ouvrage Histoire du cinéma français (encyclopédie des films 1935-1939, p. 443), Maurice Bessy et Raymond Chirat évoquent, avec de sérieuses réserves, une durée du film avoisinant les 90 minutes. Aucune autre source ne vient confirmer cette assertion.
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Séquentiel
Prélude au récit cinématographique
Jean Mariol (Henri Allibert, dit Alibert, 12) dirige "Le Phare du vieux port", un journal consacré à la chasse, à la pêche et aux galéjades. Il s'occupe également du "Club des galéjeurs" dont il laisse la présidence honorifique à son bon copain Stoquefiche (René Sarvil) qui vivote en tenant un petit bazar sur le vieux port. Un seul employé au journal : le groom (Roger Peter, 29). Jean Mariol a pour maîtresse Odette Paradis (Betty Stockfeld, 41). D'un commun accord ils ont décidé de se quitter. Mais Odette Paradis escompte bien recevoir en guise de cadeau d'adieu une somme rondelette. Elle ignore encore que Jean Mariol a le béguin pour Nine (Germaine Roger, 28) qui vît dans le château d'If, avec pour seule compagnie son oncle appelé Esprit (Pierre Larquey, 3) qui exerce le métier de gardien et de guide. Esprit gère ses fins de mois difficiles en proposant à la clientèle des séjours discrets dans la "cellule aux fantômes" transformée en lieu de rendez-vous galant.
Nine et Jean Mariol communiquent grâce et à l'insu d'Esprit souvent invité par Jean Mariol à venir chercher de la lecture pour sa nièce. Le fond de son chapeau melon sert de boite aux lettres.
Jean Mariol n'est pas le seul prétendant de Nine. Bimbo (Andrex, 10), un ancien employé indélicat de Jean Mariol, tente lui aussi de faire du gringue à celle-ci en lui rendant régulièrement visite à If. Bimbo fricote des affaires louches avec son vieux pote, Dédé (Aimos, 39). A Marseille, ces deux lascars ont leur repère de mauvais garçons, le bar La Rascasse rouge.
L'épouse d'Esprit, Jérômine (Charlotte Dauvia, 52) a quitté pour la treizième fois le domicile conjugal, ceci depuis "sept ans, 3 mois et 9 jours", après avoir annoncé à son mari qu'elle allait chercher du safran à Marseille. Le brave Esprit s'est convaincu que Jérômine a perdu la mémoire et qu'elle va revenir sitôt celle-ci retrouvée. Jérômine vît tout simplement à Marseille avec Papalouche (Jean Temerson, 37), détective privé qui "cherche en dormant". Celui-ci est parvenu à se faire embaucher par Esprit pour partir à la recherche de Jérômine, ceci moyennant finance. Esprit ou le cocu idéal.
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Générique. Long travelling sur le vieux port (2). Alibert chante Mon coeur vient de prendre un coup de soleil .
Le Phare du vieux-port. Jean Mariol et Stoquefiche palabrent à propos du futur concours de pêche et de galéjades. Cette conversation est interrompue par un coup de téléphone (6) d'un correspondant farceur, puis par l'irruption d'Odette Paradis. Stoquefiche s'éclipse. Odette Paradis vient proposer à son ex-amant les conditions de son départ : 50.000 francs. Où trouver cet argent ? Jean Mariol propose à Odette Paradis de lui laisser signer le roman qu'il vient d'achever, La fille de Monte-Cristo, ce qui permettra à celle-ci de récupérer les dividendes à condition que les droits d'auteur soient achetés au préalable par un éditeur. Jean Mariol est bien décidé à trouver une astuce pour y parvenir. Survient alors Esprit. Jean Mariol lui confie le manuscrit d'un roman à l'eau de rose destiné à Nine. Il lui propose aussi de passer dans son journal une annonce pour retrouver Jérômine.
Deux jours plus tard. Château d'If. Nine, toute joyeuse, chante sur les remparts du château. Au bord de l'eau, Bimbo et Dédé l'écoutent. Bimbo explique à son copain que cette fois il est bien décidé à courir sa chance auprès de Nine. Dans la cour du château, Esprit accueille un groupe de visiteurs. Pendant ce temps, au Phare du vieux port. Le groom passe un coup de téléphone pour annoncer le grand gala qui va avoir lieu en l'honneur de l'écrivain Odette Paradis. Alors que celle-ci vient de le rejoindre, le groom fait tomber malencontreusement le cadre où était caché la photo de Nine. Odette Paradis a vite fait d'en savoir plus. Un peu plus tard au château d'If. Jean Mariol vient rendre visite à Esprit en prenant prétexte du projet de publication dans son journal de l'annonce pour retrouver Jerômine. Leur conversation est interrompue par les appels d'un couple oublié dans la cellule aux fantômes (brève apparition de Marcel Perez). Au même moment Bimbo entreprend Nine dans un autre lieu du château. Mais Jean Mariol survient. Nine s'éclipse le temps d'une brève explication entre les deux hommes. Bimbo quitte les lieux. Jean Mariol et Nine chantent en duo Deux grands yeux noirs.
Le Lendemain. Au château d'If. Papalouche fait une brève visite à Esprit. Il lui réclame 7.000 francs pour poursuivre son enquête. Esprit refuse car sa bourse est vide. Papalouche obtient néanmoins l'assurance que s'il retrouve Jérômine il recevra 5.000 francs. Papalouche s'empresse de repartir à Marseille.
Quelques jours plus tard. Le Sardine Palace. En présence de toute la presse marseillaise, une réception est donnée en l'honneur d'Odette Paradis, la "célèbre romancière". Jean Mariol chante Youpi, la valse du racati (12). Puis Odette Paradis paraît. Très vite gênée car ne sachant quoi dire aux invités, Odette Paradis est soustraite un instant à la vue de ceux-ci par Jean Mariol. Lorsque les journalistes sont invités à interviewer enfin Odette Paradis, celle-ci a disparu. Une mystérieuse lettre indique qu'Odette Paradis a été kidnappée par "les gangsters du château d'If" qui réclament une rançon de 150.000 francs.
Le lendemain. Au château d'If. Esprit est révéillé en sursaut par plusieurs journalistes et apprend l'existence des fameux "gangsters du château d'If". Esprit décide de sortir les armes.
La nouvelle du kidnapping d'Odette Paradis est diffusée dans la presse marseillaise mais aussi dans la presse parisienne.
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Quelques jours ont passé. Au château d'If. Papalouche débarque du ferry-boat, accompagné de Jérômine (5) qui est munie d'une enveloppe contenant le safran mais aussi d'une chemise neuve destinée initialement à son amant. Jérômine étant retrouvée, Papalouche réclame à Esprit la prime de 5000 francs que celui-ci lui donne bien volontiers. Esprit s'inquiète soudain de l'annonce qui ne doit plus paraître dans le Phare. Un peu plus tard. Jean Mariol et Stoquefiche arrivent à leur tour au château sans connaître encore la raison de l'appel précipité d'Esprit. Ils découvrent le retour de Jérômine. Celle-ci a aussitôt le béguin pour Stoquefiche. Tous deux entrent discrètement dans la "cellule aux sensations fortes" alors qu'Esprit et Jean Mariol sont allés retrouver Nine. Maladroitement Esprit fait état devant sa nièce de ce que Odette Paradis vivait jusqu'au jour de son kidnapping dans l'appartement de Jean Mariol. Celui-ci bafouille une explication qui ne trompe pas Nine. De retour dans la cour du château Esprit et Jean Mariol entendent des gloussements dans la cellule. Ils y découvrent Jérômine et Stoquefiche (15). Jean Mariol n'est pas dupe mais le brave Esprit fait celui qui ne comprend pas et s'éclipse car de nouveaux visiteurs arrivent. Demeurés seuls Jean Mariol et Nine chantent en duo la chanson Tout autour de la corniche (16) (17).
Quelques jours ont passé. Au Phare du vieux port. Odette Paradis fait une scène à Jean Mariol. Elle s'impatiente et ne supporte plus de rester cachée dans l'appartement de celui-ci. Au même moment à Paris. Un éditeur est intéressé par le kidnapping d'Odette Paradis et charge son fondé de pouvoir, Martin, de descendre à Marseille pour acquérir les droits de La Fille de Monte-Cristo.
Le lendemain. Au château d'If. Esprit se prend pour Guillaume Tell et veut exercer sa précision au tir sur Jérômine (40). Illico, celle-ci décide d'aller chercher de l'huile d'olive à Marseille... Au même moment, au Phare du vieux port. Stoquefiche annonce à Jean Mariol la nouvelle qu'un éditeur a décidé enfin d'acheter les droits du roman. Arrive Papalouche qui vient proposer ses services pour retrouver Odette Paradis. Puis c'est au tour d'Esprit de débouler dans la pièce, deux revolvers en mains. Esprit est persuadé que Jérômine a été enlevée à son tour. Il se dit prêt à tuer tous les gangsters du château mais aussi les ravisseurs de sa femme. Papalouche et Stoquefiche s'affolent l'un et l'autre. Un peu plus tard. Au bazar de Stoquefiche. Stoquefiche tente de convaincre Jérômine de retourner au château. Celle-ci refuse et le traite de poule mouillée. Elle lui révèle sa précédente liaison avec Papalouche. Le soir. Au château d'If. Déguisé en fantôme, Stoquefiche s'adresse à Esprit pour le dissuader de tuer les ravisseurs de sa femme sous peine de courir lui-même les plus grands dangers (42).
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Le lendemain. Au Phare du vieux port. Nouvelle dispute à l'étage entre Odette Paradis et Jean Mariol. Au même moment. Martin, le fondé de pouvoir de l'éditeur, est reçu au rez-de-chaussée par le groom. Respectant les consignes du boss (Jean Mariol) il affirme que celui-ci n'est pas au journal. Sitôt Martin parti, le groom vient informer Jean Mariol de la venue du parisien (18). La situation génère une nouvelle dispute entre Odette Paradis et Jean Mariol. Furieuse, Odette Paradis jette de l'étage un énorme pot de fleur qui vient s'écraser sur la tête de Papalouche qui venait d'entrer à son tour (19).
Un peu plus tard. A La Rascasse rouge. Dédé convainc Bimbo d'appeler Jean Mariol pour discuter "entre hommes" au sujet de Nine (20). Au téléphone Bimbo tombe sans le savoir sur Odette Paradis. Celle-ci est évidemment très intriguée et décide de se rendre immédiatement au bar de La Rascasse. Un peu plus tard. Odette Paradis, affublée d'une paire de lunettes noires et d'un immense chapeau (21), attire l'attention de Dédé assis à une table. Bimbo les rejoint. Odette Paradis est bien décidée à obtenir de Dédé et Bimbo toutes les informations au sujet de Nine et de Jean Mariol.
Au bar La Rascasse rouge. Bimbo vient de raconter toute l'histoire à Odette Paradis.
Au château d'If. Stoquefiche vient rendre visite à Nine, histoire de tâter le terrain quant à l'absence de Jérômine. Nine s'inquiète surtout du silence de Jean Mariol. Stoquefiche pénètre dans la cour du château, intrigué par dispositif mis en place par Esprit. Très vite il s'affole en voyant celui-ci manier les armes sans discernement. Un peu plus tard. Esprit cherche en vain la chemise que lui a rapporté Jérômine.
Le Lendemain. Chez Stoquefiche. Stoquefiche essaye la fameuse chemise que lui a offerte finalement Jérômine. Mais voici qu'arrive Papalouche qui mêne son enquête. Il repère immédiatement la chemise portée par Stoquefiche et qui lui était initialement promise. Puis c'est au tour d'Esprit d'entrer dans le bazar de Stoquefiche. Lui aussi s'intéresse beaucoup à cette chemise que Jérômine venait de lui offrir (26). Stoquefiche parvient à se sortir de cette situation confuse et s'empresse de retirer cette chemise compromettante.
Plus tard dans la journée. Au château d'If. Esprit est de retour après avoir vu Jean Mariol. Nine est toute déçue de ne pas trouver un billet doux dans le chapeau melon de son oncle. Nine chante Les mots d'amour que l'on dit à Minuit (27).
Le Lendemain. Au Phare du vieux port. Martin cherche de nouveau à rencontrer Jean Mariol. Cette fois le groom le fait entrer. Odette Paradis surgit et se dépêche de monter à l'étage sans le voir. Stoquefiche et Jérômine font irruption à leur tour en espérant voir Jean Mariol car la situation est devenue intenable. Mais voici Esprit qui arrive au sujet de l'annonce qu'il est cette fois décidé à faire passer dans le journal. Jérômine trouve refuge à l'étage alors que Stoquefiche cherche à détourner l'attention d'Esprit, tout ceci devant Martin héberlué. Esprit ne se maîtrise plus. Il sort ses revolvers et braque sans s'en rendre compte Martin puis Papalouche qui arrive à l'improviste, lui aussi pour faire passer une annonce concernant Jérômine. Papalouche tente de calmer Esprit. A l'étage Odette Paradis tombe nez à nez ave Stoquefiche et Jérômine. Comprenant qu'il s'agit d'un adultère et que le mari est au rez-de-chaussée Odette Paradis veut leur rendre service. Mais celle-ci prend Martin pour Esprit et le chasse (38). Martin, stoïque, a néanmoins le temps de déposer sa carte de visite dans l'espoir d'un nouveau rendez-vous avec Jean Mariol. A peine Martin parti, Jean Mariol arrive enfin, accompagné de Stoquefiche et de Papalouche toujours en conversation. Odette Paradis s'aperçoit du quiproquo. Jérômine réapparaît miraculeusement et tombe dans les bras d'Esprit qui n'y comprend rien.
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Le lendemain. Dans la chambre d'hôtel de Martin. Jean Mariol vient pour signer le contrat. Mais faute de justifier d'un mandat émanant d'Odette Paradis, Martin refuse de signer le chèque de 150.000 francs. Jean Mariol lui donne rendez-vous pour le lendemain au Sardine Palace.
Au même moment. A La Rascasse Rouge. Odette Paradis décide de simuler un nouveau faux enlèvement afin de soutirer 50.000 francs à Jean Mariol. Dédé et Bimbo sont censés être ses nouveux ravisseurs (43).
Le lendemain soir. Au Sardine Palace. Une réception a lieu en l'honneur d'Odette Paradis. Jean Mariol révèle à Martin que l'enlèvement d'Odette Paradis était un simple coup de publicité et que celle-ci va arriver d'un instant à l'autre. Jean Mariol est appelé au téléphone. A l'autre bout du fil, au bar de La Rascasse rouge, Odette Paradis lui fait croire qu'elle a été cette fois vraiment kidnappée. Jean Mariol est cette fois décomposée.
Le lendemain. Au château d'If. Bimbo vient rendre visite à Nine (10). Celle-ci n'ayant plus de nouvelles de Jean Mariol, se laisse convaincre et décide de suivre Bimbo pour se rendre à Marseille.
Plus tard. Au phare du vieux port. Esprit arrive, l'air soucieux : non seulement Jérômine vient de disparaître de nouveau mais Nine a quitté également le château d'If. Jean Mariol s' inquiète de cette dernière nouvelle.
Au même moment. Chez Stoquefiche. Scène de ménage entre Stoquefiche et Jérômine.
Un peu plus tard. Au bar de La Rascasse rouge. Odette Paradis fait son entrée dans la salle en paradant en robe du soir. Dédé ne la supporte plus. De plus Odette Paradis commence à faire des allusions sur la vie très privée des deux mauvais garçons. Elle les menace de chantage s'ils venaient à révéler le pot aux roses à Jean Mariol. En quittant la salle, Odette Paradis remarque la présence de Nine, laissée seule dans une petite pièce. Comprenant la situation, Odette Paradis (41) joue la grande dame et prend l'initiative de faire capoter son propre plan en appelant Jean Mariol pour lui révéler l'endroit où elle est censée retenue en otage.
Un peu plus tard. Chez Stoquefiche. Jean Mariol et tous ses amis déboulent chez Stoquefiche, tous prêts à faire le coup de poing au bar de La Rascasse. Stoquefiche est chargé de faire venir également Martin pour qu'il signe enfin le contrat avec Odette Paradis. Dans toute cette agitation Stoquefiche en profite pour se débarasser de Jérômine. Mais Esprit décide cette fois de la répudier. En attendant tout ce petit monde prend la direction du bar de La Rascasse.
Un peu plus tard. Au Bar de La Rascasse. Odette Paradis et Nine proposent à Dédé et à Bimbo de danser avec elles. Martin, accompagné du groom, s'installe à une table. Odette paradis le repère très vite et s'empresse de lui faire signer le chèque de 150.000 francs. Soudain toute la petite bande de Jean Mariol fait irruption dans le bar. C'est la bagarre générale. Stoquefiche et Papalouche tentent de rester à l'écart. La police arrive. Le tohu-bohu est à son apogée. Jérômine essaye de calmerEsprit qui a sorti ses revolvers. En cherchant à se cacher derrière un rideau Stoquefiche et Papalouche y découvrent Dédé et Bimbo. La police arrêtent immédiatemennt ceux-ci. Esprit pardonne à Jérômine. Jean Mariol embrasse Nine.
Le lendemain. Au château d'If. Jean Mariol et Nine, debout sur une petite barque (53), quittent le château d'If et disent au revoir à Esprit et Jérômine (52).
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Le coin du cinéphile
2/ Henri Allibert, dit Alibert
Henri Allibert (1889-1951), Alibert de son nom de scène, est une personnalité marquante de l'opérette marseillaise durant les années 20-30. Natif de Carpentras, il dut être émerveillé, comme tous les gosses marseillais d'alors, par les extraordinaires spectacles filmiques donnés durant l'Exposition coloniale qui s'est tenue à Marseille en 1906. Mais c'est sûrement les scènes de music-hall qui durent le fasciner. La vitalité des spectacles marseillais au début du 20ème siècle était très grande. Des lieux mythiques : le Théâtre des Variétés (devenu Variétés-Casino), le Gymnase, le Grand Casino, le Palais de cristal, l'Alcazar, etc. Des vedettes adulées : Antonin et Albert Bossy, Fortuné Cadet, Antoine Mas, César Labite, Alida Rouffe, Félicien Tramel, Berval, Delmont, Andrée Turcy...
Son physique de jeune premier, sa voix, son élégance, les atouts d'Alibert étaient manifestes. Durant les années 1920-1935, Alibert, installé désormais à Paris, acquiert la renommée et entreprend de produire lui-même des opérettes qui obtiennent un énorme succès. Avec l'arrivée du cinéma parlant, Alibert, après Pagnol, Fernandel, Raimu, Berval, Aquistapace, se lance à son tour dans le cinéma.
En 1933 Robert Péguy réalise Au pays du soleil sur un scénario de René Sarvil et Alibert, avec la musique de Vincent Scotto. En 1934, c'est à Charles Barrois qu'est confiée l'adaptation filmique de Trois de la marine. En 1935 sort Arènes joyeuses (d'après l'opérette Zou, le Midi bouge !) réalisé par Karl Anton. Début 1937, Titin des Martigues est un spectacle créé directement pour le cinéma (réalisation de René Pujol). L'année suivante, le public découvre Un de la Canebière, deuxième collaboration entre René Pujol et Alibert (deux autres opérettes filmées ont vu le jour durant cette même période : Au soleil de Marseille réalisé en 1937 par Pierre Jean Ducis d'après l'opérette de Charles Tutelier, Audiffred et Marc Cab, et Le Club des fadas réalisé en 1938 par Emile Couzinet d'après l'opérette d'Eugène et Edmond Joullot).
Ajoutons qu'Alibert crée à Paris en 1936 La Revue Marseillaise avec René Sarvil. Par la suite, Alibert connaît un nouveau succès sur la scène du Théâtre des Variétés avec la reprise de Marius (avec Raimu dans le rôle de César), puis de Fanny. Plus de 300 représentations. Paris se met à l'heure marseillaise : complet blanc et chapeau de rigueur.
A tout le moins un certain Paris car, ailleurs, la critique se fait vive à l'égard du genre : qu'il s'agisse d'Alibert, de Tino Rossi, de Reda Caire et consorts, les sucreries chantées agaçent. En mars 1938, Charles Trenet se prépare à bouleverser la donne. Du côté du Groupe octobre, dès 1935, Agnès Capri (Sophie Rose Friedmann) était déjà connue d'un petit cercle parisien pour ses tours de chants. Avec l'aide de Maurice Jaubert et de Jacques Prévert son public s'élargit en 1938 aux dimensions d'une salle de music-hall. La critique de gauche est très mobilisée. Petit à petit se greffe un noyau dur formé de Maurice Baquet, Raymond Bussières, Yves Deniaud, Fabien Lorris, Sylvain Itkine. Du côté de l'extrême gauche on salue également le duo Gilles (Jean Villard) et Julien (Aman Maistre). C'est aussi l'époque de l'apogée de Marianne Osswald (Marianne Colin) qui développe en France l'esthétique du cabaret berlinois et qui reçoit un accueil triomphal en octobre 1937 à la Salle Gaveau et à Bobino. Une sorte de "diaspora artistique du groupe Prévert qui touchait dans le même temps, hors des réseaux professionnels, divers adolecsents formés à son contact direct, comme Marcel Mouloudji, ou indirect comme les premiers choristes des auberges de la jeunesse" (Pascal Ory, La belle illusion, 1991, p.336).
Verbatim : "Dès le début des années trente des opérettes sont directement importées de Marseille sur les scènes parisiennes. "Té... mon bon d'Antonin et Albert Bossy représentée à partir du 16 décembre 1932 au Théâtre de la Gaieté-Montaparnasse; en 1937, à l'Alcazar de Paris triomphe la revue, Ca c'est Marseille d'Antonin Bossy et César Labite, avec Raimu, Fortune aîné, Marguerite Chabert, Dréan. Mais c'est surtout Alibert qui orchestrera le mouvement, multipliant les opérettes, faisant de Dourmel et Gorlett des têtes d'affiches et les rois de l'histoire marseillaise à Paris. Alibert construit un empire important puisqu'il dirige, co-dirige ou contrôle plus ou moins directement différentes salles de spectacles : le Moulin de la chanson, la Lune rousse, les Noctambules, le Théâtre des Variétés, le Petit Casino, le Théâtre des deux ânes, ce qui ne l'empêche pas de passer dans d'autres salles et de multiplier les tournées en province, promenant revues et opérettes. En octobre 1932 est créé Au pays du Soleil au Moulin de la chanson avec Alibert, Jenny Hélia, Gorlett, H. Vilbert, Marthe Marty, Gerlata, Delmont, Marguett Villy, Jean Rioldo, Flamant et d'autres qu'on retrouvera souvent dans les génériques. Trois de la marine détache un instant les spectateurs de Marseille pour les promener dans Toulon dès le 19 décembre 1933 (Théâtre du Nouvel Ambigu dirigé par Fernand Rivers), Zou le Midi bouge ou Arènes joyeuses consacre la Camargue sur la scène de l'Alcazar en 1934. Puis ce sera Un de la Canebière aux Variétés en avril 1936" (in Claudette Peyrusse : Le cinéma méridional 1929-1944, éd. Eché; un ouvrage indispensable mais fort peu accessible).
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Les Gangsters du château d'If ou les derniers feux burlesques du film chanté provençal d'avant-guerre
Le film Les Gangsters du château d'If occupe une place à part dans les études consacrées au cinéma français des années trente, une place si originale que finalement il n'est fait qu'une très discrète allusion à cette oeuvre, au mieux poliment rangée sous l'étiquette "cinéma méridional", au pire rattachée à cette catégorie fourre-tout et bien française qu'est le "nanar". La cause de cet actuel désintérêt est assez délicate à définir. D'évidence, le cinéma des années trente étant déjà un cinéma souvent délaissé par les revues spécialisées, il y a une certaine cohérence, lorsque ce cinéma est abordé, à privilégier les oeuvres majeures aux oeuvres mineures et Les Gansters du château d'If est incontestablement une oeuvre mineure de l'année 1939.
Le film ne manque pourtant pas d'atouts et mérite qu'on s'y attache de bien plus près. Déjà le film étonne en ce que les choix stylistiques retenus sont à mille lieues de l'esthétique qui s'est assez précisément fixée en 1938 et qui a fait depuis la gloire du patrimoine cinématographique français de cette période. Il s'agit non pas d'une régression mais d'une persistance assumée d'un cinéma d'avant Carné, Prévert ou Trauner. D'un film qui s'inscrirait en quelque sorte dans un autre arbre généalogique proche du desséchement. Celui du film en chansons.
Ce genre n'a pas connu vraiment d'équivalent aux Etats-Unis. Il a bénéficié en France d'une double ascendance. Avec le cinéma allemand tout d'abord : depuis les premiers pas du procédé Tobis jusqu'aux superproductions U.F.A. avec Zarah Leander, nombreux sont les films fonctionnant sur ce registre et qui ont fort souvent donné lieu à des interactions surprenantes avec le cinéma français dans le cadre de multi-productions ou de coproductions. Mais aussi avec une très forte tradition méridionale qui a pris sa source dès la fin du 19ème siècle puis au début du 20ème siècle avec l'essor des spectacles de music-hall et de café-concert.
Les Gangsters du château d'If présente aussi la particularité d'associer l'élément burlesque au genre précité, empruntant à ce titre à une autre ramification qui prend sa source dans le cinéma de vaudeville et/ou de comique troupier. En 1939 le film en devient original.
A la recherche d'un nouveau succès.
Les Gangsters du château d'If est l'adaptation de l'opérette homonyme de René Sarvil et R. Vinci créée au Théâtre des Célestins à Lyon le 10 novembre 1936, puis montée aux Théâtre des Variétés à Paris en 1937 ainsi qu'à Marseille (avec comme distribution : Alibert, Pierrette Caillol, Rellys, Sarvil, Gerlata, Roger Pregor, Ginette Darey).
Il s'agit de la troisième collaboration entre Alibert et René Pujol. L'année précédente Un de la Canebière avait déjà permis de diffuser dans toutes les régions de France les rengaines composées par Vincent Scotto et chantées par Alibert et Germaine Roger. Un joli succès commercial pour Ralph Baum et la société N. Vandas Production mais aussi pour l'éditeur papier des chansons fredonnées par les passants et pour l'éditeur des disques 78 tours (ce facteur économique doit toujours être pris en considération pour apprécier l'impact d'un film en chansons, ce depuis la géniale entreprise de René Clair en 1930, Sous les toits de Paris).
Fort du succès de Un de la Canebière, Alibert et René Pujol envisagèrent de réaliser Sur la route bleue, un film dans lequel Alibert devait jouer le rôle d'un chauffeur de car sur la ligne Paris-Nice. Ce projet n'aboutit pas et le choix se porta sur Les Gangsters du château d'If.
Durant l'hiver 1938-1939, on se hâte de tourner quelques plans d'extérieurs à Marseille et à If, puis on réunit toute l'équipe dans les studios Paris-Studios-Cinéma à Boulogne-Billancourt. L'argent ne coule pas à flots. Jean d'Eaubonne, alors âgé de 35 ans et dont la notoriété n'est pas encore établie (il deviendra par la suite le très grand chef décorateur que l'on connaît en travaillant avec Jean Cocteau (Orphée, 1949), Jacques Becker (Casque d'Or, 1952), Max Ophuls (La Ronde, 1950, Le Plaisir, 1952), doit composer avec les moyens du bord. Les principales séquences se déroulent dans un appartement duplex où réside Jean Mariol (l'idée de l'escalier est exploitée figurativement jusqu'à son épuisement) et dans une cour (très improbable) du château d'If. Les séquences secondaires nécessitent des trésors d'ingéniosité pour "faire grand" alors même que le décor n'a que quelques mètres cubes de volumes.
Au générique, Henri Allibert, dit Alibert (pas tout à fait Marseillais puisque né près de Carpentras) et Germaine Roger, le couple qui a fait recettes l'année précédente dans Un de la Canebière. A leurs côtés des acteurs et actrices qui ont déjà eu l'occasion de travailler plusieurs fois ensemble. Pierre Larquey (génial Alfred Coccinelle dans le film de Bernard-Deschamp en 1938) jouait le personnage de Lacroustille dans Titin des Martigues et Aimos celui de Dix-de-der. Betty Stockfeld avait le rôle féminin principal dans Trois de la marine et dans Arènes joyeuses. Germaine Roger avait elle aussi triomphé aux côtés de Betty Stockfeld et d'Alibert dans Trois de la marine (1934). Le public la retrouva ensuite dans une opérette signée Léon Mathot, La Mascotte (1935) puis dans Train de plaisir de Léo Joannon (1936), La Petite dame du wagon-lit de Maurice Cammage (1936), Jacques et Jacotte de Robert Péguy (1936).
Etrange film provençal tout de même avec ce petit clan bordelais constitué de René Pujol, Jean d'Eaubonne et Pierre Larquey, avec cet Aimos, vrai titi parisien, Betty Stockfeld, "belle rousse aux yeux pervenche" (dixit Olivier Barrot in Noir et blanc. 250 acteurs du cinéma français 1930-1960, Ed. flammarion), mi-anglaise, mi-australienne. Heureusement pour l'accent marseillais il y a Germaine Roger, Andrex, un vrai marseillais de la Plaine (qui reprend ici l'accent alors qu'il l'avait abandonné depuis Toni réalisé par Jean Renoir en 1935) et le fidèle René Sarvil, grand nom de la comédie et de l'opérette marseillaise (dès 1927, René Sarvil avait créé à Marseille "Le Chat Rieur"), tout à la fois acteur et parolier (un site fort intéressant lui est consacré : http://sarvil.com).
La musique du film est bien sûr signée Vincent Scotto, un marseillais de Rive-neuve vivant durant cette période à Paris, Faubourg Saint-Martin. Compagnon d'armes de Marcel Pagnol au début des années trente (Pagnol lui demande de composer la musique de Fanny (1932), Angèle (1934), Merlusse (1935), César (1936) et lui offre en 1933 le personnage éponyme de Jofroi), Vincent Scotto est l'auteur de plus d'un millier de chansons parmi lesquelles La Tonkinoise, Qu'il était beau mon village, Quand on aime..., mais a été aussi un découvreur d'immenses talents (c'est Vincent Scotto qui présente Tino Rossi à Marcel Pagnol en 1934). La musique de Vincent Scotto acquiert la renommée aux Etats-Unis avec La Femme du boulanger en 1938.
Le directeur de la photographie demeure Nicolas Toporkoff tout comme dans Un de la Canebière. La production n'a pas le temps de changer une équipe qui gagne. Tout doit être bouclé pour l'été 1939 car personne n'est dupe : les accords de Munich sont ce qu'ils sont...
Une dernière remarque concernant le rythme de montage : environ 340 plans pour 80 minutes. C'est un rythme assez lent en comparaison d'autres films français de la même période. Mais René Pujol n'use quasiment pas du champ / contrechamp. Ceci peut expliquer cela. Ce petit nombre de plans est équilibré par le fait qu'une forte proportion d'entre eux donnent lieu à des mouvements de caméra discrets mais bien réels.
Un film en chansons à la mode de 1939.
L'opérette d'Henri Allibert comportait 9 chansons chantées en solo ou en duo. Seules cinq d'entre elles ont été retenues dans le film : Mon coeur vient de prendre un coup de soleil, Deux grands yeux noirs, Tout autour de la corniche, Youpi ou la valse du racati, Les mots d'amour que l'on dit à minuit (figuraient en sus, dans l'opérette : Le plaisir de la pêche, Les îles d'or et Puisqu'il faut nous séparer). En revanche on découvre l'air de Nine, Les Amoureux sont plus heureux... qui ouvre la deuxième séquence (voix solo avec accompagnement d'un choeur).
L'objectif majeur du film en chansons n'est pas seulement de faire découvrir de nouvelles rengaines au public des salles de cinéma. Celui-ci doit également être mis en mesure de se souvenir des airs principaux mais aussi des premières paroles des refrains (dans la mesure du possible le réalisateur glissera aussi un voire deux couplets). La contrainte scénaristique est très réelle. Ainsi, par exemple, pour un choix de six chansons, il faut escompter au moins entre 90 sec. et 150 sec. par rengaine ce qui occupe déjà plus de 10 minutes d'un film qui n'en comporte ici que 80. Il faut également songer à une répartition harmonieuse de ces plages musicalement chantées qui figurent habituellement dans la première heure de projection à l'exclusion des 20 dernières minutes plutôt réservées à l'action. Outre le fait que les airs chantés se doivent d'être habilement introduits dans le récit filmique, ce qui n'est pas une mince affaire scénaristique, le réalisateur a pour objectif d'échapper si possible au reproche d'une mise en scène répétitive.
Les six chansons du film interviennent dans l'ordre suivant : Mon coeur vient de prendre un coup de soleil (générique), Air de Nine (2'37"), Deux grands yeux noirs (1'23"), Youpi ou la valse du racati (1'03"), Tout autour de la corniche (2'38"), Les mots d'amour que l'on dit à minuit (1'27").
Les derniers feux burlesques d'un cinéma qui se meurt.
Les Gangsters du château d'If n'est pas simplement un film en chansons. Le film a été aussi conçu comme un film burlesque. Le fait est : la plupart des séquences sont travaillées par des gags et des gestuelles fantaisistes propres à chacun des personnages à l'exception, et c'est là un élément de réflexion essentiel, de Jean Mariol, alias Alibert, et de Nine, alias Germaine Roger. Ces deux personnages principaux, les deux seules vedettes qui chantent dans le film, n'opèrent pas dans le champ du burlesque.
Certes, Jean Mariol se présente d'emblée comme le prince des galéjeurs (la conversation téléphonique avec l'interlocuteur farceur) mais, exceptée cette première séquence durant laquelle Alibert se risque à quelques mimiques, l'acteur se démarque ensuite totalement du jeu de ses partenaires alors même que son personnage est omniprésent dans le récit. Aucune focalisation burlesque ne peut s'opérer sur son personnage. Cette remarque se vérifie plus encore avec le personnage de Nine qui demeure presque totalement étranger à toute construction burlesque (exceptée la séquence où Nine chante en duo avec Alibert tout en détricotant allègrement son ouvrage sans s'en rendre compte).
Or, le burlesque est, par essence, non pas un genre en soi mais un vecteur de contamination d'autres genres. Il suffit de songer à Charlot, Laurel et Hardy, Les Marx Brothers, Abbott et Costello, Jerry Lewis : comédie, western, film de guerre, film d'aventures, science-fiction, à chaque fois le burlesque vient génialement détruire les assises du genre visité. L'espace de cette contamination doit alors être entier : le burlesque, pour prouver son efficacité, doit pouvoir investir à tout moment le film quelle que soit la situation scénaristique en cours. Or, il y a bien ici ce quelque chose qui ne fonctionne pas, cette zone réfractaire au burlesque. Deux films en un en quelque sorte. D'un côté un film en chansons, de l'autre une série de micro-récits à la tonalité burlesque. C'est peut-être là un point faible de la réalisation.
Odette Paradis ou Comment s'en débarasser.
Les Gangsters du château d'If est un film au scénario exubérant. Aucun gangster mais pas moins de onze personnages : trois personnages féminins (Nine, Odette Paradis, Jérômine) et huit personnages masculins (Jean Mariol, Esprit, Stoquefiche, Papalouche, Bimbo, Dédé, Martin et le groom). Les principes du vaudeville de boulevard sont exploités avec un certain talent dans le cadre d'une structure théâtrale en quatre actes entremêlant les situations. La rupture entre Jean Mariol et Odette Paradis constitue le fil rouge du récit.
Curieux cas de figure au demeurant. Jean Mariol et Odette Paradis forment un couple illégitime (selon l'expression d'antan). Jean Mariol souhaite se séparer de sa maîtresse décidément trop coûteuse. Preuve en est : celle-ci réclame pour son départ (l'union libre serait-elle donc la source de tous les désagréments financiers pour l'homme ?) une somme rondelette que bien sûr Jean Mariol ne possède pas. Mais ce qui ne se trouve pas s'acquiert. Plus exactement, la fortune s'invente au moyen d'un MacGuffin : un roman qui vaudra son pesant de droits d'auteur malgré l'absence de talent de son auteur (Jean Mariol) mais grâce à un solide coup de publicité, un pseudo rapt du pseudo auteur du roman (Odette Paradis). Une fantaisie passablement compliquée et cousue de fil blanc mais qu'importe, le plan réussit dans sa première phase et René Pujol s'amuse à égratigner gentiment le petit monde de la presse à sensations. La situation n'évolue guère au cours des séquences suivantes si ce n'est que dans l'attente du poisson qui mordra à l'hameçon, Odette Paradis se retrouve prisonnière malgré elle, qui plus est, dans l'appartement de Jean Mariol, et ceci alors même qu'elle est désormais au courant des nouvelles aventures amoureuses de son ex-amant avec Nine. Tel est pris qui croyait prendre !
De la malice vénale à la fureur jalouse, le pas est vite franchi. Après avoir éconduit au cours d'un quiproquo le brave Martin descendu de Paris pour lui faire signer le fameux chèque, Odette Paradis se découvre soudainement intelligente et choisit, au risque de s'encanailler, de jouer Bimbo, le rival amoureux de Jean Mariol, contre celui-ci. Mais décidément les hommes ne sont guère à la hauteur et Dédé et Bimbo s'avèrent être des nervis à la manque. Odette Paradis pousse néanmoins son avantage et réinvente le coup du faux enlèvement pour faire chanter cette fois... Jean Mariol. Un tel imbroglio scénaristique ne pouvait conduire qu'à une joyeuse bagarre finale à l'issue de laquelle chacun reconnaîtra les siens : Odette aura son chèque, Jean Mariol s'unira avec Nine, Esprit retrouvera Jérômine, Dédé et Bimbo retrouveront les flics , Papalouche et Stoquefiche redeviendront célibataires en attendant la quinzième fugue de Jérômine...
Un scénario construit sur un jeu d'espaces.
Trois lieux principaux : le château d'If, Le Phare du vieux port et le bar de La Rascasse rouge. Trois terrains d'action fortement caractérisés.
Le château d'If est le territoire d'Esprit. C'est un lieu de fantaisie, pas tout à fait coupé du monde. Le ferry-boat (chez Pagnol on dirait "le ferryboate") Abbé Faria fait le lien entre le monde de la réalité et celui du rêve, de l'imaginaire.
Esprit a tout pouvoir sur les histoires qu'il raconte à ses visiteurs et qui sont déjà le fruit d'un roman. La vision du monde d'Esprit est chargée de toute la mélancolie de l'enfance. Ainsi, "la cellule aux sensations fortes" fait bien plus songer à quelques recoins protégés propices à des premiers baisers d'adolescents qu'à une maison de rendez-vous. Une fois chassés les "ectocataplasmes" (dixit Esprit), on peut y découvrir un gentil petit couple (Marcel Perez affublé d'un pantalon de golf à la Tintin, accompagné d'une sage demoiselle) ou bien un Stoquefiche infantile par nature, tout amouraché de Jérômine. Esprit, maître des esprits est aussi le maître des lieux, même si finalement il n'est pas dupe de la triste réalité de la vie. A peine Jérômine (provisoirement) revenue, il la fait sortir du puits comme d'un carton à chapeau pour mieux épater Jean Mariol et quelques secondes plus tard, lorsqu'il découvre Jérômine et Stoquefiche, il fait mine de ne pas comprendre tout en évoquant quelques fantômes menaçants. Plus tard, en réaction à la nouvelle de l'existence de possibles "gangsters", Esprit se lance dans le maniement des armes et entreprend de jouer les Guillaume Tell avec Jérômine, une tomate remplaçant la fameuse pomme.
Dans ce petit monde du merveilleux et des contes pour enfant, il fallait une princesse. Du haut des remparts, Nine chante gaiement. Point de prisonnière dans ce château imaginaire. Nine est toute râvie de ne pas avoir à franchir l'obstacle des flots. Elle préfère rêver à son gentil prince charmant.
Le Phare du vieux port nous rapproche du monde réel mais nous en rapproche seulement. La construction du lieu est fort ingénieuse. Une enfilade de portes conduit le visiteur dans une vaste pièce entièrement dédiée à l'ambiance des farces et attrapes : un meuglement de vache en guise de sonnette, une tête de sanglier en guise d'allume-cigare, un fauteuil qui pétarade, des allumettes qui explosent, des marches qui s'affaissent... Les adultes s'adonnent aux joies des enfantillages les plus stupides. La chasse, la pêche, les galéjades et surtout pas de politique, dixit Jean Mariol. A l'étage, les affaires se corsent. Cette fois, les personnages pataugent dans les choses de la vie. C'est là qu'ont lieu les scènes de ménage, c'est là qu'Odette Paradis ronge son frein. Un lieu à éviter.
Car même à la Rascasse Rouge, le bar des mauvais garçons, le réel ne parvient pas à s'immiscer dans ce petit monde en carton-pâte. Dédé et Bimbo campent des voyous d'opérettes. On fait mine d'imaginer des choses louches qui pourraient se passer à l'étage, on se reçoit de l'eau de Seltz en pleine figure, on se prend des crocs-en-jambe, on doit même offrir du whisky aux dames, un comble en cette bonne ville de Marseille.
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Arrêts sur images
(2) Le port de Marseille durant l'hiver 1938-1939.
(4) Le château d'If vu du large. Construite par François 1er entre 1524 et 1531pour la défense de Marseille. Il ne subit aucune attaque. La forteresse est utilisée comme prison d'Etat à partir de 1634. Dans les années 1680-1690 de nombreux protestants seront jetés dans les culs-de-basse-fosse. La forteresse "accueillit" au XVIIIème siècle femmes volages et des fils indisciplinés de bonnes familles tel Mirabeau. Alexandre Dumas a fait du château d'If le théâtre de son roman Le comte de Monte-Cristo. Il n'y eut probablement jamais ni de comte de Monte-Cristo ni d'Abbé Faria au château d'If. Mais la légende et sa part de rêve demeurent.
(3) Pierre Larquey alias Esprit. L'acteur réussit dans ce film une remarquable composition de personnage tantôt lunaire tantôt excentrique. Durant les années trente, Pierre Larquey c'est un peu l'archétype du français moyen. Mais gare ! Sa silhouette de bonhomme paisible et méticuleux peut cacher bien des secrets (cf. les films de Clouzot, L'Assassin habite au 21 (1942) et Le Corbeau (1943).
(5) On ne cesse d'aller et venir au château d'If. Ce petit ballet constitue un des paramètres essentiels du scénario. Vincent Scotto imagine même un petit motif musical pour marquer l'arrivée et le départ des visiteurs. Les raisons diégétiques de ces allées et venues sont nombreuses : Papalouche vient réclamer à Esprit ses honoraires de détective très privé, les journalistes viennent enquêter sur l'enlèvement d'Odette Paradis, Stoquefiche vient s'inquiéter de l'humeur d'Esprit, peu habitué qu'il est à vivre avec Jérômine une relation de cocufiage, Jean Mariol utilise tous les prétextes pour rendre visite à Nine qui est courtisée également par Bimbo...
Ces allées et venues donnent lieu à un effet de montage assez étonnant. Si l'on excepte le long travelling du générique, les quelques vues du château, et les six plans en extérieur utilisés dans la séquence chantée Tout autour de la corniche, le film a été tourné entièrement en studios. Ce plan du débarcadère, utilisé au demeurant à plusieurs reprises, n'a donc pas seulement une valeur diégétique. Comme plan de coupe, maladroitement conçu, il a valeur de suture entre deux espaces fortement différenciés, l'espace d'un monde réel (Marseille) toujours évoqué mais jamais montré, et l'espace de l'imaginaire (représentation en abîmes du château d'If).
(6) René Sarvil alias Stoquefiche (à gauche) et Alibert alias Jean Mariol (à droite) qui a désormais cinquante ans...
René Sarvil compose un personnage vraiment réjouissant. Stoquefiche est le Président d'honneur du Club des galéjeurs. Par définition un Président préside et comme il n'y a pas grand-chose à présider (par exemple ce fameux concours de pêche n'a jamais lieu car il est moins fatigant en définitive de tirer au sort le vainqueur...), Stoquefiche se propulse dans la création burlesque en exploitant le facteur régressif en hommage aux grands anciens (par exemple, d'une manière très chaplinesque il ne se départ jamais de son chapeau - cf. la visite fantomatique au château d'If (42) - et use de son couvre-chef pour effectuer des marques de salutation totalement décalées par rapport à son activité : il vide ainsi à répétition des coupes de champagne qui ne lui sont pas destinées en saluant son geste perturbateur d'autant de coups de chapeau). Stoquefiche s'invente un personnage de grand chasseur de tigre (noter que l'allusion à Tartarin de Tarascon réalisé en 1935 par Raymond Bernard est manifeste dès le premier plan où l'on voit plein cadre une tête de lion empaillée avec une voix off très fortement inscrite dans l'accent dit marseillais : "- Cà, pour une belle chasse, c'est une belle chasse !". Stoquefiche ne travaille guère : il a pour alibi un commerce de pêche et de bazar. Il n'a pas de femme non plus : le stade infantile sied mal à une relation de couple, surtout si Jérômine alterne les périodes de fracas de vaisselles avec celles de matronne.
Stoquefiche, élevé au grade de grand cocufieur, doit se sortir par deux fois d'une situation fort préoccupante. La première fois, c'est à cause d'une circulation d'objet à très forte connotation : la fameuse chemise à carreaux que Jérômine avait initialement choisie pour Papalouche puis qu'elle avait offerte lors de son retour à Esprit avant de repartir avec pour s'installer chez Stoquefiche. Objet fétiche et dérisoire s'il en est. C'est à Stoquefiche qu'il revient en définitive de porter pour la première fois cette chemise. Et les malheurs s'abattent aussitôt sur lui. A peine revêtu de la chemise, le voici confronté par un astucieux choix de scénario au double regard de Papalouche et d'Esprit (26). Petite fantaisie sur le mode de la psychanalyse racontée aux enfants... La seconde fois, la situation est encore plus inconfortable puisque, présent chez Jean Mariol, accompagné de Jérômine, il se retrouve nez-à-nez avec Esprit à la recherche de sa femme. Celle-ci prend la tangente (plus exactement gravit à toutes jambes l'escalier) pendant que Stoquefiche improvise avec Esprit quelques pas de danse de polka, histoire de détourner l'attention de celui-ci (33) avant de se réfugier à son tout au premier étage nons sans avoir trébuché sur cette fausse marche dont il connaissaît pourtant parfaitement l'existence : un comble pour le Président des galéjeurs (34).
Philippe Chiffaut-Moliard (2005, cine-studies.net, tous droits réservés)