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La Nuit du carrefour de Jean Renoir
Production
Société Europa Films
Scénario et dialogues
Jean Renoir et Georges Simenon
d'après le roman La nuit du carrefour de Georges Simenon publié aux Editions Fayard en 1931
Photographie : Marcel Lucien / Georges Asselin, assistés de Paul Fabian
Décors: William Aguet, assisté de Jean Castanier
Son : Dugnon / Joseph de Bretagne
Montage : Marguerite Houllé-Renoir, assistée de Suzanne de Troyes et de Walter Ruttman
Casting
Pierre Renoir : commissaire Maigret
Winna Winfried : Else Andersen
Georges Koudria : Carl Andersen
Georges Terof : Lucas
Dignimont : Monsieur Oscar
Lucie Vallat : Madame Oscar
Jean Gehret : Emile Michonnet
Jane Pierson : Madame Michonnet
Michel Duran : Jojo
G. A. Martin : Grandjean
Jean Mitry : Arsène
Max Dalban : le docteur
Gaillard : le boucher
Boulicot : le gendarme
Manuel Rabby : Guido
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Verbatim
Entretien avec Jean Renoir, par Jacques Rivette et François Truffaut
" (JR et FT) - Nous avons revu tout récemment La Nuit du carrefour. Ce qui est frappant, c'est que c'est un film policier féerique. Vous ne recherchez jamais la terreur, mais une sorte de dépaysement, et en même temps c'est prodigieusement réaliste.
Jean Renoir - La féerie est venue malgré moi et simplement du fait qu'un carrefour à 30 km de Paris, sur une route vers le Nord, est un endroit féerique. Lorsqu'on se promène la nuit en automobile sur une route des environs de Paris, on est en pleine féerie. Puis, enfin, la réalité est toujours féerique. Pour arriver à rendre la réalité non féerique, il faut que certains auteurs se donnent beaucoup de mal et la présentent sous un jour vraiment bizarre. Si on la laisse telle qu'elle est, elle est féerique" (Cahiers du cinéma, n° 78, décembre 1957, p. 11 à 54, spéc. p. 27)
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Jean Renoir : "C'est un film assez différent de beaucoup d'autres films ; mais c'est d'abord qu'il y avait très peu d'argent pour faire ce film, et que les circonstances m'ont forcé à travailler dans certaines conditions. Jacques Becker était mon assistant à ce moment-là et nous avions des quantités de camarades qui étaient des amis très proches et qui, d'ailleurs, m'ont aidé dans beaucoup d'autres films : alors nous sommes allés tous vivre dans une espèce de grange à ce carrefour. Ce carrefour est à 40 km de Paris ; à peine, 30, 35, sur une route du Nord ; il y avait une espèce d'auberge-ferme inoccupée, et nous sommes allés vivre là-dedans. On se faisait faire un peu de cuisine, un peu de café chaud, nous dormions sur la paille ; de temps en temps, quand on n'était pas trop fatigué, on se réveillait, on tournait quelques scènes, n'est-ce pas, il n'était pas question des lois syndicales ; nous pouvions travailler quand nous le voulions, quand l'équipe n'était pas trop fatiguée ; alors on sortait et on travaillait dans le brouillard, dans la pluie, et il est évident que ce qui se plaçait devant la caméra dépendait autant de l'improvisation des acteurs que de ma propre volonté ; mais enfin, nous étions tous pénétrés du sujet... Il est évident que le résultat est un film assez incohérent ; d'ailleurs, il n'a pas pu être terminé faute d'argent, mais enfin, cette incohérence qu'on lui a tellement reprochée vient, je crois, surtout de la méthode employée pour le tourner, c'est-à-dire cette espèce de Commedia dell'arte..." (Propos de Jean Renoir recueillis par Jean-Louis Noames, Cahiers du cinéma, n° 155, mai 1964, p. 22 à 33, spéc. p. 23)
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Jean Renoir (à propos de Jacques Becker qui venait de décéder) : "Il est évident que, pour moi, le monde sans Jacques Becker n'est plus tout à fait le même (...). Je vais bientôt projeter devant des étudiants américains cette Nuit du carrefour qui reste dans mon esprit l'une des manifestations les plus évidentes de cette complicité. Que de souvenirs ! Je revois nos courses dans la nuit dans de vieilles bagnoles impossibles, à des allures folles. Il s'agissait de trouver un rouleau de pellicule pour Lucien ; lui aussi vient de partir... (ndlr : Jean Renoir évoque ici la personne de Marcel Lucien, directeur de la photographie). Mon frère Pierre avait émigré du royaume de Jouvet et était devenu notre complice. Quand la pluie nous pénétrait au point de paralyser nos mouvements, ou que la fatigue alourdissait par trop nos godasses, nous rentrions dans la maison du carrefour. Te souviens-tu que nous devions sa découverte à une crevaison ? Les pneus jouent un grand rôle dans le roman de Simenon, et cet incident nous avait paru un signe du destin. Dans la maison du carrefour nous vivions ds heures d'intimité délicieuse. Nous nous entassions autour du poële bien rouge. Les corps s'empilaient sur des matelas jetés à terre. Une fille préparait le vin chaud. Parfois nous fumions comme des chevaux après la course. Brusquement, on se levait et on se précipitait dehors. Ne fallait-il pas attraper ce plan de route avant le lever du jour ? " (Cahiers du cinéma, n° 106, avril 1960)
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