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Chotard et Cie de Jean Renoir
Production
La société des Films Roger Ferdinand
Scénario
Jean Renoir, d'après la pièce homonyme de Roger Ferdinand
Dialogues
Roger Ferdinand
Assistant à la réalisation : Jacques Becker
Directeur de la photographie : Joseph-Louis Mundwiller
Opérateurs : Claude Renoir / René Ribault
Son : Igor B. Kalinowski / Roger Handjian (procédé Tobis Klangfilm)
Décors : Jean Castanier
Direction technique : Charles Ralleigh
Montage : Marguerite Houllé-Renoir
Scripte : Suzanne de Troye
Casting
Fernand Charpin : François Chotard
Jeanne Lory : Marie Chotard
Jeanne Boitel : Reine Chotard-Collinet
Georges Pomiès : Julien Collinet
Malou Tré-ki : Augustine
Dignimont : Parpaillon
Louis Seigner : Ducasse, le capitaine de gendarmerie
Louis Tunc : le sous-préfet
Max Dalban : le commis
Robert Seller : le chef de la police
Fabien Loris : un invité
Freddie Johnson : le musicien de jazz
Georges Darnoux : un employé de l'épicerie
Jacques Becker : un invité au bal costumé
Fabien Loris : un invité au bal costumé
Durée : 83 mn
Tournage : Studios Pathé-Natan de Joinville (novembre-décembre 1932)
Date de sortie : mars 1933
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D'un regard l'autre
Présentation des principales études et critiques consacrées à cette oeuvre. Tous droits réservés des auteurs des textes cités. Les sources bibliographiques sont rappelées afin de permettre au lecteur de se reporter au texte original.
André Bazin, citant en 1957 des critiques de Roger Régent et de Lucien Wall : "Personne aux Cahiers du cinéma n'ayant vu Chotard et Cie, et les critiques d'époque retrouvées n'apportant rien de constructif, nous préférons renoncer à tout commentaire. Citons seulement ces quelques lignes de Roger Régent dans Pour Vous du 29 juin 1933 : "Jean Renoir a tourné ce film avec toutes ses qualités techniques qui sont grandes. Mais la pièce de M. Roger Ferdinand n'était pas le sujet susceptible de convenir à l'auteur de La Nuit du carrefour". Et Lucien Wall : "Des revirements, une fête, de la verbosité, de la nonchalance volontaire, des tentatives de vrai cinéma qui visent un but spirituel etne l'atteignent pas... Nous aimons Nana et La Chienne mais M. Jean Renoir doit éviter décidément le genre comique...". Souhaitons que la Cinémathèque retrouve prochainement une copie de Chotard et Cie pour nous permettre de nous faire directement une opinion dont nous serions bien étonnés qu'elle entérinât celles de l'époque." (in Cahiers du cinéma, n° 78, Noel 1957, spécial Jean Renoir, p. 69)
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André Bazin (texte écrit en 1958) : "Chotard et Cie fait penser à une sorte de brouillon a posteriori de Boudu. Assez plaisant quoique beaucoup plus bridé que les autres par le cadre théâtral initial assez médiocre. L'unité de direction d'acteur n'es tpas trouvée, surtout entre Pomiès qui joue le poète et les autres comédiens. Le film est très plaisant tout de même par la fantaisie des détails et tout ce que Renoir ajoute de son cru à Roger Ferdinand, mais il faut dire qu'ainsi la pièce en tant que telle paraît encore plus mauvaise qu'elle n'est. Tout le film semble avoir été tourné très vite. Je n'ai remarqué aucune scène tournée en extérieurs mais j'ai aimé d'amusantes recherches formelles : un prodigieux et complexe travelling au début, présentant le magasin et les appartements Chotard, puis un travelling symétrique à la fin. Par contraste, dans beaucoup d'autres plans, les acteurs jouent face à la caméra, comme au théâtre, probablement pour respecter un plan de travail très serré." (in Jean Renoir, Janine Bazin et Editions Gérard Lebovici, 1989, p. 32)
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Claude Beylie : "Le bal du Commerce, avec ses travestis révélateurs et ses savoureux chassés-croisés, la "résistible ascension" du capitaine de gendarmerie (Louis Seigner), les pirouettes narcissiques du poète-danseur Pomiès reclus dans sa chambre, la mutation prévisible de Chotard (il se déguise en bourgeois gentilhomme puis le devient vraiment : autant dire que nul ne peut échapper à son destin (c'est-à-dire au rôle qu'il a à tenir), une sorte de renvoi dos à dos du poujadisme et de la "contestation" (dirait-on aujourd'hui), tout cela concourt à faire de Chotard et Cie une oeuvre curieusement à double fond, qui en tout cas ne s'enlise jamais dans l'ornière du théâtre filmé et où se retrouve intacte la verve de Tire-au-flanc et de Boudu sauvé des eaux ; l'ensemble répondant finalement assez bien au voeu de Renoir, lorsqu'il déclare avoir voulu "faire quelque chose d'assez comparable à une jolie comédie américaine". (in l'ouvrage d'André Bazin sur Jean Renoir, complété dans sa dernière partie en 1971 par les principaux collaborateurs d'André Bazin aux Cahiers du cinéma ; Janine Bazin et Editions Gérard Lebovici, 1989, p. 225)
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Claude Beylie : "Certes l'apologue n'a pas la force explosive de Boudu sauvé des eaux, et le cinéaste est ici bridé par la fidélité au texte. Pourtant, Pomiès campe un personnage insolite, très Renoir. Et surtout, du point de vue technique, il faut noter l'emploi judicieux de la profondeur de champ et des perpestives décoratives, esquissées dans le film précédent et développées ici avec brio. Quant à la séquence du bal travesti, elle annonce les "fêtes galantes" des futurs grands films de Renoir." (in Jean Renoir, Anthologie du cinéma n° 105, l'Avant-Scène Cinéma n° 254, mars 1980)
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Armand-Jean Cauliez : "Curieuse évolution que celle de Pomiès : le "fils à papa" de Tire-au-flanc, militaire riricule, malheureux en amour, devient l'écrivain heureux, gendre d'un épicier en gros, de Chotard et Cie. En ce qui concerne Renoir, le choc d'un film à l'autre n'en est pas moins brutal : il passe d'une lyrique bouffonerie et d'un éloge de la paresse (qu'on retrouvera sous d'autres formes), - avec Boudu sauvé des eaux - à ce vaudeville où l'on voit la littérature et l'épicerie se heurter, co-exister et sefondre... Seul Renoir pouvait conférer à cette pièce boulevardière un charme étrange. Le thème estconventionnel : Chotard, épicier en gros, refuse de donner sa fille à un "bohème". Mais lorsque le soupirant décroche le prix Goncourt, tout change. Le mariage est vite conclu. On isole l'écrivain dans une "cage dorée" afin qu'il produise. C'est alors que le gendre sent monter en lui la phobie de la page blanche. Il abandonne la littérature et se consacre à l'épicerie (...). A plusieurs reprises, on pense à d'autres films (soit de Renoir, comme Boudu sauvé des eaux, soit de Vigo). Le bal travesti, la visite du sous-préfet, les enfants des écoles, les bulles de savon, etc., offrent d'attrayantes trouvailles de mise en scène. La technique est sommaire mais quelques images sont travaillées et surprenantes." (in Jean Renoir, Editions universitaires, 1962, p. 40)
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Daniel Serceau : "A partir des années trente, Chotard et Cie est le seul film négligeable de Renoir (...). S'il est possible et même souhaitable d'oublier cette oeuvre de commande, l'un de ses aspects doit pourtant être signalé... où l'auteur pointe le bout de sa réflexion. Après Boudu sauvé des eaux - qu'il vient d'achever - Renoir opère ce que j'oserai appeler un "contre renversement des valeurs". Dans Boudu, il détruisait tout, ruinant d'une farce joyeuse un ordre social compassé et factice. Dans Chotard, à partir du thème éculé du gentil poète et des mauvais marchands, il remet notre philosophie sur ses pieds. Que le marchand devienne poète, la poésie s'avérant tout à coup rentable, et la société tout entière court à sa ruine. Le poète se fait alors marchand, assurant la continuité d'un monde soudainement menacé de mourir de faim. Comme quoi il est poète encore, et poète assumant sa fonction dans l'ordre de l'univers : il rappelle ses contemporains à la conscience de l'unité et de la relativité des choses. L'épicerie est aussi nécessaire à la vie q'une librairie. Julien Collinet est, à sa manière, un être dionysiaque. Il restaure ce qui était méprisé et banni ; il protège les hommes contre leur propre folie : la recherche et la valorisaton d'un monde où n'auraient droit de cité que des valeurs identiques". (in Jean Renoir, Filmo 12, Ed. Edilig, 1985, p. 55)
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Roger Viry-Babel : "Renoir n'a pas raté totalement son but. Il n'a certes pas pu se "dégager" de la pièce gentillette et boulevardière de Roger Ferdinand et digérer le sujet comme il l'avait fait avec celui de René Fauchois l'année précédente. Il est vrai que l'auteur était ici le commanditaire et que Renoir, dirons-nous, sous liberté surveillée... Il ne s'est également pas totalement débarassé de certains tics de langage hérités du cinéma muet : surimpression de titres de journaux sur un train lancé à toute vapeur pour signifier la rapidité de l'information par exemple. En revanche, il réalise certaines séquences qui contiennent en germe les audaces de La Règle du jeu : le bal costumé où l'habit fait réellement le moine et les plans où Georges Pomiès fait preuve de son talent de danseur. Enfin, les grands thèmes renoiriens s'ébauchent un peu plus précisément : l'amour de la fête, la haine de la médiocrité bourgeoise, l'opposition systématique de l'ordre au désordre avec passage de l'un à l'autre des personnages censés les incarner (le faunesque Collinet devient chef d'entreprise tandis que l'apollinien Chotard se laisse bercer par les charmes de la poésie), l'importance capitale de la nourriture (c'est autour d'une table que se prennent les grandes décisions et c'est aussi là qu'une jeune fille qui ne boit pas de vin pour préserver son teint ou qui ne mange pas pour préserver sa ligne, s'attire les foudres de son épicier de père). Il faut bien en convenir, la critique sociale est encore bien timide : le petit chef, homosexuel de surcroît, incarné par Max Dalban, est encore éloigné de ceux qu'il incarnera dans Toni et La Vie est à nous. Mais, à bien lire entre les images, Chotard et Cie n'est pas aussi sage que son modèle théâtral. Et la musique de jazz, dont Becker était fanatique, fait son entrée dans l'oeuvre de Renoir." (in Jean Renoir. Le jeu et l'image, Ed. Denoël, 1986, p. 66)
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