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L'Atlantide de Georg-Wilhelm Pabst
Production
Nero-Film Berlin / Société Internationale Cinématographique
Assistants réalisateurs : Pierre Ichac et Herbert Rappoport
Scénario
Alexandre Arnoux, Jacques Deval et Laszlo Vajda
d'après le roman de Pierre Benoit L'Atlantide publié en 1919
Dialogues : Jacques Deval
Directeur de la photographie : Eugen Schüfftan
Chef opérateur : Joseph Barth
Décors : Ernö Metzner
Costumes : Pretzfelder et Pierre Ichac
Ingénieur du son : A. Jansen
Musique : Wolfgang Zeller
Montage : Hans Oser
Casting
Brigitte Helm : Antinéa
Pierre Blanchar : lieutenant de Saint-Avit
Jean Angelo : capitaine Morhange
Florelle : Clémentine
Georges Tourreil : lieutenant Ferrières
Vladimir Sokoloff : le comte Bielowsky, l'hetman de Jitomir
Tela Tchaï : Tanit-Zerga
Mathias Wierman : le norvégien Ivar Torstenson
Jacques Richet : Jean Chataignier
Georg Wilhelm Pabst a tourné dans le même temps une version allemande de ce film sous le titre Die Herrin von Atlantis. L'ordre de tournage de ces deux versions ne nous est pas connu. Selon Yves Aubry et Jacques Petat, G.W. Pabst, Ed. L'Avant-Scène, 1968, c'est bien la version française qui a été tournée en premier. Dans la version allemande, la distribution était quasiment identique à celle de la version française, à deux exceptions notables près, Gustav Diessl interprétant le personnage du capitaine Morhange et Heinz Klingenberg celui du lieutenant de Saint-Avit.
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A lire sur le net :
Une remarquable analyse de ce film, due à Françoise Marchand, est disponible à l'adresse suivante : www.cadrage.net/films/Atlantide/atlantide.html
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Dans son ouvrage De Caligari à Hitler. Une histoire du cinéma allemand 1919-1933, publié en 1946, Siegfried Kracauer considère L'Atlantide comme "une véritable régression des "conclusions sociales" (nb : de La Tragédie de la mine) à la pure évasion" (op. cit., p. 274, dans sa traduction française due à Claude B. Levenson, Ed. Flammarion, 1987; rééd. de l'ouvrage paru en 1973 aux Editions L'Age d'homme, Lausanne). Sans s'expliquer plus avant sur cette idée Siegfried Kracauer cite simplement la position de la critique anglaise Bryher qui, en septembre 1932, écrivit dans Close Up : "Ce n'est jamais fait à la manière de Hollywood et l'atmosphère du désert est absolument authentique. Mais je ne pouvais lire une nouvelle victorienne en ce temps de crise...".
L'Atlantide tourné par Georg Wilhelm Pabst au cours de l'hiver 1931-1932 peut se concevoir comme un film remake. En effet, en 1920-1921 Jacques Feyder avait réalisé une première version cinématographique de l'Atlantide, célèbre roman de Pierre Benoit. Un slogan publicitaire de l'époque, "Un homme a osé...", créa la sensation auprès du public car, à l'exception notable de Camille de Morlhon qui, dès 1911, avait tracé la voie en choisissant de tourner une série de neuf fictions en Algérie avec une équipe des studios Pathé (cf. sur cette production l'ouvrage essentiel d'Eric Le Roy, Camille de Morlhon, homme de cinéma (1869-1952), Ed. L'Harmattan, 1997, spéc. p. 31 et s.), aucun autre cinéaste (excepté peut-être Victorin Jasset en 1910) ne s'était risqué à traverser la Méditerranée et à s'engager dans le désert du Hoggar avec une équipe technique et une kyrielle de stars. Jacques Feyder osa et put réaliser son projet, non pas grâce à Gaumont mais avec l'aide de différents bailleurs de fonds dont la banque Thalman et Pierre Decourcelle (cf. Charles Ford, Jacques Feyder, Cinéma d'aujourd'hui, Seghers, 1973, spéc. p. 16 à 18).
Le succès du film fut à la hauteur des exploits réalisés dans la région de Touggourt par Jacques Feyder et par son remarquable directeur de la photographie George Specht. Stacia de Napierkowska incarnait alors Antinéa, Georges Melchior, le lieutenant de Saint-Avit, et Jean Angelo, le capitaine Morhange. Ce même Jean Angelo qui, dix ans après, réincarne ce personnage dans le film de Pabst.
La version de Pabst a été tournée également dans le Hoggar avec une équipe de spécialistes du Sahara.
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D'un regard l'autre
Yves Aubry et Jacques Petat :
"Au début du film, de Saint-Avit et Ferrières écoutent la radio. La voix d'Europe parle de "contrées que nul Européen n'a pu atteindre, dont nul Européen du moins n'est jamais revenu". D'emblée Pabst nous introduit dans une atmosphère de mystère et de dangers mais en faisant peser les menaces sur les seuls européens. La jeune journaliste américaine qui les accompagne au début de l'aventure continue avec le gros de la troupe. De Saint-Avit et Morhange restent seuls. "Nous autres, nous nous enfoncions vers l'inconnu". Par la suite, la dramatique rencontre du norvégien rejeté par Antinéa confère son véritable sens à l'histoire de Clémentine, fille de joie européenne, mère d'Antinéa. L'apparition (...) du comte Bielowsky (...) précise le sens de cette européanisation omniprésente : "- J'ai rendu habitable ce lieu sinistre à mon arrivée. Les négresses se divertissent maintenant à écouter le phonographe et les cocktails ont remplacé les affreuses décoctions de jadis. Vous êtes chez Antinéa, voilà le mystère". En fait, c'est Antinéa qui se définit ainsi, au-delà de cette européanisation. Qui est-elle ? C'est encore le comte Bielowsky qui nous fournit la réponse, celle qui peint l'envers du décor : " - Il y a plus de vingt ans, Clémentine la célèbre danseuse du cancan, fut grosse de mes oeuvres... Antinéa... Clémantinéa... Le père, c'était moi...". En insistant sur les origines européennes d'Antinéa, le film de Pabst s'éloigne du roman de Pierre Benoit. Bien au-delà de la simple transposition, l'Atlantide est devenue l'image panique d'une société déjà montrée dans son pourrissement dans La Rue sans joie. En fait, le bordel trouve ici son expression la plus intense et Antinéa apparaît comme le simple fruit d'amours de bordel, celui de la réussite "princière" d'une putain hissée d'un coup au sommet de la pyramide sociale. Inaccessible et sacrifiant ses amants les uns après les autres, elle reste un appel de plus en plus lointain. Elle entre déjà dans la légende aux confins du rêve et de la réalité. L'exotisme apparent de son domaine n'est qu'une rêverie de fils trop bien élevés d'une société finissante (...). Sa seule rivale, Tanit-Zerga, femme dévouée au mâle, est impuissante à sauver celui qu'elle arrache au danger imminent. Mais de Saint-Avit ne saurait échapper au souvenir du meurtre de Morhange. Cet ami qu'il frappait, c'était aussi son double qu'il assassinait par la seule volonté d'Antinéa. La perte d'Antinéa ôte tout sens à son acte. Il ne peut que retourner au fond du désert pour conférer de nouveau un sens à sa vie en échappant à l'enchantement du souvenir". (Ce passage est extrait de la monographie consacrée par les deux auteurs précités au réalisateur allemand pour la revue l'Avant-Scène, puis réunie dans le tome 4 de l'Anthologie du cinéma, 1968. Tous droits réservés des auteurs de ces textes.)