The Prizefighter and the Lady (1933) de W.S. Van Dyke
(avec Myrna Loy, Max Baer, Primo Carnera, Jack Dempsey)
The Prizefighter and the Lady enthousiasmera les amateurs de films de boxe, les admirateurs de Myrna Loy et les aficionados de W.S. Van Dyke.
La boxe est sans doute le sport qui a connu la plus grande carrière cinématographique dans le cinéma hollywoodien. Déjà au temps du muet Charlie Chaplin, Buster Keaton, Alfred Hitchcock (en Angleterre cette fois), pour ne citer que ces immenses talents, avaient donné à ce sport ses lettres de noblesse. En 1931 les studios M.G.M. confient à King Vidor la réalisation de The Champ avec le remarquable Wallace Beery. En 1933, voulant rééditer le triomphe commercial de The Champ, les studios M.G.M. mettent en chantier un nouveau film sur la boxe avec la volonté cette fois, non plus de faire jouer des acteurs dans des personnages de boxeurs mais de faire passer devant la caméra de véritables champions du monde de boxe. Une idée de génie qui sera reprise par la suite, surtout à partir des années soixante (on songe à Requiem pour un champion de Ralph Nelson en 1962 avec Cassius Clay, mais il y eut depuis de nombreux autres exemples).
Mais scénaristiquement cette idée ne pouvait à elle seule permettre la construction scénaristique du film. Frances Marion et John Lee Mahin ont alors conçu une trame sentimentale dans laquelle le beau rôle a été donné à Myrna Loy (Belle Mercer), chanteuse dans une boite de nuit tenue par un grand malfrat au grand coeur, Otto Kruger alias Willie Ryan. Celui-ci accepte que sa belle le quitte pour le fruste Steve Morgan (au passage, W.S. Van Dyke, au mépris du code Hays, nous fait clairement comprendre que c'est avant tout l'activité sexuelle qui motive le choix de la charmante tourterelle). Mais gare au boxeur si celui-ci venait à la rendre malheureuse ! Bien évidemment l'hypothèse se vérifie, Steve Morgan étant un infatigable sportif en chambre. Willie Ryan imagine alors comme châtiment pour Steve Morgan de le confronter sur le ring à un redoutable poids lourd qui n'est autre que le champion du monde Primo Carnera en personne. L'argument étant demeurant encore fort mince le réalisateur se voit chargé de mettre en scène deux numéros de comédie musicale avec Max Bauer entouré d'une kyrielle de jeunes donzelles manifestement choisies pour leur petite taille. Cela nous vaut une chorégraphie assez réussie imaginée sur le thème de la gymnastique. Ouf ! Le scénario pouvait ainsi conduire le spectateur jusqu'à ces fameuses vingt dernières minutes du film qui nous offrent cette séquence d'anthologie qui a fait la renommée du film : le combat entre Max Bauer et Primo Carnera.
La petite histoire dit que ce dernier refusa de jouer un personnage de boxeur battu aux points et fit modifier le scénario afin qu'il puisse se présenter sur le ring comme le champion du monde en titre et que le combat filmique avec Max Bauer s'achève par une égalité. Ainsi, quand bien même il s'agirait d'un film, il conseverait son titre de champion du monde. La M.G.M. obtempéra et modifia en ce sens le scénario, l'égalité obtenue par Steve Morgan devenant alors un exploit en soi, le courage du boxeur faisant renaître au final la flamme de Belle Mercer. L'histoire de la boxe révèle que Max Bauer et Primo Carnera se sont effectivement rencontrés l'année suivante, en 1934, pour l'attribution du titre de champion du monde, et que Prino Carnera, malgré ces 122 kilos, a été cette fois bel et bien battu par Max Bauer.
Les amoureux de la boxe ne peuvent que prendre un grand plaisir à la vision de cette superbe séquence au début de laquelle la M.GM. présente devant les caméras les plus grands boxeurs américains du moment, et qui nous permet de voir Jack Dempsey en personne incarnant pour sa part le personnage de l'arbitre referee.
Philippe Chiffaut-Moliard, 26 mars 2004 (tous droits réservés)