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Alice ou la dernière fugue (1976) de Claude Chabrol

(avec Sylvia Kristel, Charles Vanel, Jean Carmet, André Dussolier)

 

 

Alice ou la dernière fugue est à notre sens un très grand film de Claude Chabrol. Une audace de casting tout d'abord en confiant à Sylvia Kristel le rôle d'Alice qui permet à l'actrice d'offrir, outre sa plastique, des qualités rares d'émotion et de sensibilité. A ses côtés le formidable Charles Vanel et André Dussolier, si précis, si attentif au regard de l'autre. Alice ou la dernière fugue, une remarquable méditation sur la thématique de Through the Looking-Glass de Lewis Carroll et sur l'entre-deux-mondes qu'est le cinéma.

 

Approches critiques :

Joël Magny : "A l'inverse du cinéma hitchcockien et à l'instar de celui-ci de Lang, l'univers chabrolien obéit à la fois aux lois de la physique et de la pesanteur, ce qui est vu est toujours objectif, réel, tangible. Ce qui est subjectif, c'est la vision, l'interprétation qu'en a celui qui regarde(...). Dans Alice ou la dernière fugue, l'héroïne tente désespérément de s'échapper de la propriété où elle a été recueillie après son accident, en fonçant à tombeau ouvert, droit dans le paysage. A chaque fois, un obstacle l'arrête et la ramène à son point de départ, comme si elle ne pouvait franchir la paroi de verre qui la sépare de la réalité. Lorsque cette frontière, à la fois obstacle et protection, est brisée (dans la dernière séquence), il y a confusion entre l'imaginaire et le réel, l'intérieur et l'extérieur, donc mort" (in Joël Magny, Claude Chabrol, Ed. Cahiers du cinéma, 1987, p. 170-171).

Gérard Legrand (au sujet de l'épisode final) : Cette "double fin" nous surprend : que "s'est-il passé" dans le noir quand Alice a poussé la petite porte ? Le spectateur ne risque-t-il pas de lire a posteriori la "seconde partie" du film comme l'un de ces évanouissements où, paraît-il, on revoit sa vie tout entière en quelques instants ? Je préfère risquer une hypothèse purement esthétique avec l'aide, si j'ose dire, de Mozart. Nous entendons au cours du film deux mouvements du concerto de piano n°24 (K 491), concerto qui exprime "les épreuves et les combats que doit affronter l'homme pour maîtriser cette vie et lui donner un sens" (Jean Massin). Mais nous n'entendrons pas le troisième et dernier mouvement. Le double final du film est aussi un aveu d'incomplétude (qui contribue bien sûr à évacuer l'angoisse). Il tempère paradoxalement le pessimisme qui l'emporterait dans sa tonalité générale" (Gérard Legrand, in Positif n° 191, p. 66-69).