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Les démoniaques (1974) de Jean Rollin

 

 

Jean Rollin, depuis ses débuts dans la cinématographie, s'emploie à cultiver le goût du paradoxe. Comment est-ce possible voyons ? L'Itinéraire marin en 1963 avec des dialogues de Marguerite Duras et Le viol du vampire quatre ans plus tard, immédiatement suivi de trois autres réalisations sur cette même thématique vampirique totalement négligée par le cinéma français d'alors. Et voici Jean Rollin l'inclassable, au grand plaisir sans doute de ce dernier. Les grandes machines de la critique l'ignorent ou adoptent un ton condescendant, les petites chapelles d'amateurs de cinéma bis le placent dans la position de l'intellectuel venant donner des lettres de noblesse au cinéma de sous-genre. Jean Rollin, lui, écrit, filme, varie les formes d'expression. Les Démoniaques, réalisé en 1974, constitue à mon sens une fort intéressante entrée en matière pour ceux qui ne seraient pas encore très familiarisés avec le cinéma de Jean Rollin.

Le film sort à Paris au cours de l'été 1974 après l'échec commercial de La rose de fer en 1973. Le cinéaste s'orientera ensuite durant quelques années vers la pornographie avant de remettre sur le chantier les questions de représentation du fantastique érotique. Le film a pour sujet les naufrageurs (qui ne se souvient de Jamaica Inn d'Alfred Hitchcock en 1939 ou de Moonfleet de Fritz Lang en 1955). Mais d'emblée, la dimension anachronique est affirmée. Des naufrageurs à notre époque ? Cela n'est pas sérieux. De fait il ne s'agit pas d'un film d'aventures. Avec trente années de recul, on s'intéressera surtout aux multiples pistes formelles expérimentées avec plus ou moins de réussite (amateurisme et jeu d'acteur, non usage du dialogue, degrés limites d'expressivité). Sans oublier bien sûr la qualité des prises de vues réalisées sur l'île Chausey.

Scénario et dialogues : Jean Rollin. Photo : Jean-Jacques Renon. Musique : Pierre Raph.

Avec Joëlle Coeur, Lieva Lonne, Patricia Hermenier, John Rico, Louise Dhour, Willy Braque, Paul Bisciglia.

 

Philippe Chiffaut-Moliard (tous droits réservés)