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House of the Damned (1963) de Maury Dexter

 

 

House of the Damned s'inscrit dans une lignée assez imposante en nombre de films de série B produits ou réalisés dans la mouvance de Roger Corman. C'est aussi un des derniers films du genre tournés en noir et blanc. Le cycle Edgar Poe était déjà en cours d'élaboration lorsque Maury Dexter entreprit ce film à tout petit buget après avoir obtenu l'année précédente un succès estimable avec The Day Mars Invaded Earth. De prime abord House of the Damned semble anodin : un lieu mystérieux (le château / forteresse), des disparitions et réapparitions, une petite dose d'étrangeté enfin avec la découverte au final de personnages semblant surgir de Freaks tourné trente ans auparavant par Tod Browning. Pourtant, le film éveille la curiosité tant il est représentatif d'une certaine conception du film d'horreur américain du début des années 60 où l'étrangeté a pour seule fonction de venir créer le doute, mais pour un temps seulement, sur l'efficience des valeurs profondément conservatrices de la société américaine.

Petit rappel de l'intrigue.En pleine nuit, Scotty Campbell, architecte de profession, reçoit un coup de téléphone d'un vieil ami, Joe Schiller, avocat, qui lui propose de manière incongrue de se rendre dès le lendemain dans une vaste demeure isolée pour y procéder à des " mesures " à la demande du propriétaire. Scotty accepte immédiatement. Accompagné de son épouse Nancy (leur mariage a tout juste un an), il se rend au lieudit, puis à l'agence immobilière après avoir pris conscience qu'il n'avait pas les clés. La nuit donne lieu à quelques frissons (portes entrebaillées, chat noir, ombres menaçantes).

Le lendemain, la femme de Joe, Loy, fait irruption et, très à son aise, en déshabillé puis en maillot de bain, décide de consacrer sa journée au bain de soleil en attendant son mari. Pendant ce temps, main dans la main, Scotty et Nancy s'activent à ouvrir autant de portes qu'il y a de pièces à mesurer (situation scénaristique assez curieuse s'il en est). Au hasard d'une énième ouverture de porte, Nancy tombe nez à nez avec Joe (dont on apprend qu'il n'est autre que son ancien prétendant). Mais voici que Loy disparaît. Tous trois partent à sa recherche. Hallucinations, coupures d'électricité, jeux de caméra subjective, toutes les recettes du petit film horrifique sont convoquées. En définitive, on apprendra que la demeure est habitée par de bien étranges personnages infirmes naguère employés dans un cirque et qui n'avaient pour seul but que de créer l'effroi des visiteurs pour sauvegarder leur retraite. Ceux-ci les rassurent quant à la compréhension dont feront preuve les autorités à leur égard. Au dernier plan du film les deux couples sont reconstitués face à la caméra.

Le film repose sur le principe de l'accumulation gratuite d'indices et de l'instauration de micro récits à peine ébauchés, les personnages étant selon, surcaractérisés (Scotty) ou bien simplement esquissés (Loy). Les effets visuels étant des plus sommaires (budget oblige), Maury Dexter joue avec les codes d'un sous-genre très apprécié alors d'une jeunesse américaine insouciante. La séquence finale de Freaks demeure bien éloignée de la petite morale qui conclut House of the Damned.

 

 

Philippe Chiffaut-Moliard (tous droits réservés)