Die dreigroschenoper (1963) de Wolfgang Staudte
Retour en Europe, plus précisèment en Allemagne, avec un film de Wolfgang Staudte réalisé en 1963, Die Dreigroschenoper. Nouvelle version de l'Opéra de quat'sous trente après le film de Pabst tourné en 1931dans une double version, l'une allemande, l'autre française.
Wolfgang Staudte est né en 1906. Il acquiert (comme tant d'autres : Murnau,
Lubitsch, Dieterle, Preminger, Veidt, Jannings, Marlène Dietrich, etc.)
une solide formation théâtrale avec Max Reinhardt. Il passe ensuite
au cinéma et tient de nombreux petits rôles dans plus d'une vingtaine
de films. En 1945, il décide de s'installer en Allemagne de l'Est où
il réalise le remarquable Die Mörder sind unter uns (Les
Assassins sont parmi nous), premier film allemand sorti en Europe après
la chute du nazisme. Toujours pour la D.E.F.A., Wolfgang Staudte réalise
ensuite Rotation (1949) et Der Untertan.
Les relations entre Bertold Brecht et Wolfgang Staudte ont été complexes. Un projet de film (une adaptation de Mère Courage et ses enfants) avait été un temps envisagé mais ce projet n'aboutit pas. Sept ans après la mort de Brecht, Wolfgang Staudte, revenu entre-temps en Allemagne de l'Ouest, décide d'adapter la grande uvre de l'auteur, l'arrangement musical étant confié au compositeur Peter Sandloff à la demande expresse de la veuve de Kurt Weill.
Au générique : Curd Jurgens dans le rôle de Mackie, Gert
Froebe dans celui de Peachum, Hildegarde Knef joue Jenny, June Richtie, Polly,
Samy Davis Jr., Mackie et Lino Ventura apparaît dans le personnage du
préfet de police Braün.
Un tel choix d'adaptation ne pouvait qu'entraîiner des réactions passionnées de la critique. Respect ou non de l'esprit brechtien ? Le très influent Ulrich Gregor attaqua le film avec virulence dénonçant selon lui une dénaturation de l'uvre littéraire ("La cruelle satire d'une société décadente dégénère ici en un divertissement somptueux dont la drôlerie et la bonne humeur ne font plus aucun mal à personne"). D'autres y ont vu une réussite, le film faisant revivre par de multiples touches picturales un univers social en décomposition. A chacun d'apprécier sur pièce.