Onibaba (1964) de Kaneto Shindo
Voyage à l'autre bout du monde avec Onibaba de Kaneto Shindo. La situation du cinéma japonais en 1964 est très complexe. En quatre ans, la fréquentation des salles de cinéma a diminué de moitié. Malgré les réels succès commerciaux des films d'Inoshiro Honda, l'essor de la télévision et les politiques de gestion assez irrationnelles suivies par les grandes firmes de production (Daiei, Nikkatsu, Shochiku, Toho, etc.) ont conduit à une très grave situation de crise. Et pourtant, c'est durant cette période qu'apparaissent aussi sur les écrans les noms de Shohei Imamura,Yasuzo Masumura, Nagisa Oshima et bien d'autres Tous ont alors la trentaine.
Le bouleversement des mentalités conduit aussi les producteurs à abandonner un genre qui avait triomphé au cours des années cinquante, celui du drame historique. Une profonde modification des mentalités incite nombre de réalisateurs à s'engouffrer dans la voie de l'érotisme et de la violence. Il en résultera des chefs-d'uvre mais aussi des nanars vraiment fauchés.
En 1964, Kaneto Shindo est déjà considéré comme
un ancien bien qu'âgé de 52 ans seulement. Sa grande réussite
internationale il la doit à Hadaka no ju Kynsai (L'Ile nue, 1960).
Paradoxalement, aucun distributeur japonais n'accepta d'intégrer le film
dans le circuit commercial nippon. Kanedo Shindo est un cas très particulier
: en créant sans aucun moyen financier sa propre maison de production,
la Kindai Eiga Kyokai, il est devenu en quelque sorte le premier réalisateur
indépendant japonais.
Onibaba est sa quatrième réalisation au sein de la Kindai. Film à tout petit budget tourné en extérieurs avec une poignée d'actrices et d'acteurs. Dans un lieu métaphorique, une vaste zone marécageuse couverte de joncs, deux ouvrières du crime (la belle-mère et sa bru) assassinent et dépècent sans vergogne des soldats déserteurs ou égarés, sur fond de guerres incessantes et cruelles. L'arrivée d'un homme, objet de désir, avivera la rivalité entre les deux femmes. Animalité, création démoniaque, sadisme. Certains y verront des facilités d'écriture, une fabrication d'images d'épouvante. Mais il serait dommage d'ignorer ce film surprenant.