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Hôtel Sacher (Erich Engel, 1939) et Kora Terry (Georg Jacoby, 1940)

 

 

 

Deux films allemands : le très rare Hôtel Sacher d'Erich Engel (1939) et la comédie musicale signée Georg Jacoby, Kora Terry (1940).

Hotel Sacher tout d'abord, avec la fascinante Sybille Schmitz et Willy Bergel, une des très grandes stars de la U.F.A. Sybille Schmitz semble toujours un peu absente de ses rôles. Découverte par Carl Th. Dreyer qui lui fit jouer le rôle de Leone dans Vampyr (1932), cette actrice au sourire mélancolique se suicidera en 1955 (cf. le très remarquable film de Rainer-Werner Fassbinder, Die Sehnsucht der Veronika Voss (1982) qui conte une histoire si proche de cette destinée). A ses côtés, Willy Bergel, archétype de l'homme distingué, mesuré, irréprochable.

Hotel Sacher nous conduit à Vienne le soir de la Saint Sylvestre de l'année 1913. Un complot se trame pour provoquer le soulèvement de la Ruthénie (on se souvient que dans le film d'Istvan Szabo le colonel Redl était aussi un ruthène), complot dont Stefan Schefczuk, haut fonctionnaire, sera la victime manipulée. Tout se joue au cours de la soirée à l'opéra puis du réveillon organisé à l'hôtel où se côtoient diplomates austro-hongrois, prussiens, français et russes. Le réalisateur, Erich Engel, participe de ce courant du cinéma allemand (avec Helmut Käutner par exemple) inscrit certes dans la production U.F.A. des années du nazisme mais sans aucune volonté de compromission avec le régime (Kitty und die Weltkonferenz réalisé la même année pourrait ainsi être rapproché de Hotel Sacher).

Il n'existe guère de point commun entre ce film et Kora Terry qui entre dans le sous genre de la comédie musicale allemande dite de quiproquos. La vision de cette réalisation constitue une occasion pour nombre de cinéphiles de découvrir Marika Rökk qui interprète là son troisième film avec Georg Jacoby, son époux depuis peu. Marika Rökk a été un temps la "prima ballerina" du cinéma national socialiste estampillé Goebbels. Mais, à l'exception peut être d'un public appréciant les postures martiales, Marika Rökk n'a pas obtenu la consécration qu'elle espérait. "Volcan gestuel" selon certains critiques allemands de l'époque, cette actrice offre surtout un jeu fait de rudesse et de vitalité franchement inquiétante dans le climat du troisième Reich.

Après guerre, Georg Jacoby et Marika Rökk reviendront ensemble sur les écrans avec Die Czardasfürstin (1950), Sensation in San Remo (1951) et Maske in Blau (1953).
Marika Rökk (avec à ses côtés Joseph Sieber et Will Quadflieg) interprète les deux rôles de Kora Terry et de Mara Terry (le scénario est tout entier centré sur la quasi parfaite ressemblance des deux personnages).

Néanmoins, pour certaines scènes, il fallait trouver un sosie à l'actrice. Klaus Kreimeier, citant lui-même une source apocryphe, raconte que ce rôle de doublure aurait été attribué à une prisonnière découverte dans un camp de concentration. A la fin du tournage, certains techniciens auraient réussi à la faire échapper à une réincarcération, ceci à la fureur de Goebbels. Histoire ou légende ? Une vision attentive des 25 premières minutes du film oblige à s'interroger.

Kora Terry a bénéficié de l'intervention d'un des plus grands décorateurs du cinéma allemand d'avant-guerre, Erich Kettelhut. Pour la petite histoire, signalons aussi que le Ministère de la Propagande n'appréciant pas du tout cette idée scénaristique d'un double rôle, avait exigé de Georg Jacoby qu'il tourne deux versions du film afin de laisser à l'administration du Reich la maîtrise du montage…En définitive, un film sulfureux en raison de son contexte. A noter un étonnant numéro de music- hall avec une démonstration de claquettes tête-bêche.

 

Philippe Chiffaut-Moliard