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Menaces (Edmond T. Gréville, 1939)

 

 

Honneur au cinéma français avec un film remarquable d'Edmond T. Greville, Menaces (1939). Les conditions dans lesquelles le film a été réalisé ont été très difficiles. Entrepris au lendemain des accords de Munich (son titre initial devait être Cinq jours d'angoisse) Menaces a été interrompu en raison de la perte d'une partie du négatif, puis repris après la mobilisation de 1939.

Une première version du film a pu sortir sur les écrans parisiens en janvier 1940, période délétère s'il en est. La version qui est présentée ici constitue une version de nouveau modifiée à la fin de la guerre. Des images de la libération de Paris et du défilé de la victoire ont été ajoutées. Tout comme la scène où Louis vient se recueillir sur la tombe du Professeur Hoffmann que l'on avait vu se suicider après l'annonce des accords de Munich. Le carton introductif du film constitue lui-même un ajout. Il serait passionnant de connaître les raisons précises de tous ces bouleversements effectués par le réalisateur qui ,d'après les sources de Maurice Bessy et Raymond Chirat, aurait choisi en définitive d'en revenir à la fin pessimiste initialement retenue.

Nous voici plongés au début du récit dans l'atmosphère d'un hôtel parisien de la rive- gauche où vivent de nombreux étrangers. Vision métaphorique d'une situation internationale de la fin de l'année 1938. Vies quotidiennes, aventures sentimentales, convictions de chacun. Avec une étonnante galerie de personnages : un mannequin (Mireille Balin qui joue durant toute la première partie du film le personnage d'une écervelée vivant un grand amour, une chanteuse américaine imprudente qui se fait voler une importante somme d'argent (ce qui donne prétexte à un micro-récit durant lequel les locataires de l'hôtel se constituent en tribunal de moralité pour exclure la brebis galeuse), un peintre transi d'amour (mais qui n'est pas loin de vouloir violenter l'objet de sa passion platonique...), un scientifique autrichien, un homme de nationalité tchécoslovaque vivant par la radio l'invasion de son pays par le Reich.

Le film alterne gravité et futilités et évoque l'inconscience d'un monde déjà en déroute. Le personnage du professeur Hoffmann (joué par Eric von Stroheim) est au centre du film ; avec ce masque de tragédie antique, qui métaphorise tout à la fois l'humanité et le chaos des âmes. Néanmoins la construction scénaristique et la cohérence des scènes souffrent des multiples modifications survenues sur le film. On relèvera enfin, ce qui est très rare dans le cinéma français d'avant-guerre, un dialogue à la tonalité très directe entre deux soldats mobilisés, l'un étant Croix de feu et l'autre "socialiste" (mais cette scène a-t-elle été tournée justement en 1938 ? La question peut être posée).
Au générique également, John Loder, Ginette Leclerc, Jean Galland, Henri Bosc,Vanda Gréville, Madeleine Lambert et bien d'autres, tous remarquables.

 

Ph. C-M. (tous droit réservés)